Allez les jaunes !

Cette comédie, qui pourrait s’intituler également: “La Soirée gâchée”, n’est pas une apologie de l’alcoolisme ou de l’adultère mais Jacky, mari de Véronique a bien décidé pourtant de se rendre à ce rendez-vous de 20 heures qu’il a obtenu de la jolie rousse, femme du boucher. A chaque tentative d’évasion du domicile conjugal, Véronique ou un événement, et quel événement… intervient, l’en empêchant. Quoi vous dire de cette pièce des plus cocasses dans laquelle on verra évoluer à chaque minute une situation désopilante. Avec le copain Fernand qui a commencé par arroser avant le match, la victoire de l’équipe de football dont il est supporter… avec l’ami Popaul, pas moins triste que le “Fernand”… avec un paquet de restants de viande et une lettre d’amour dont on inverse par erreur les destinataires, voilà une pièce dont chaque réplique va vous faire rire à sa lecture et qui mettra votre public en état d’hilarité continue. Montez sans réserves ce spectacle, où le ballon rond et les “Jaunes” sont à l’honneur.

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PREMIER ACTE

 

Au lever du rideau, Jacky compose un numéro de téléphone. La radio marche faiblement.

Jacky - Allô, Fernand ?… Salut ! c’est Jacky. Ça va ?… Bon, dis donc, tu comptes toujours passer à la maison ce soir ?… Dans combien de temps ?… Oui, j’ai quelque chose à te dire… Non, je peux pas te parler maintenant. J’ai la vaisselle à faire… Oui, t’as raison… Véronique va pas tarder à rentrer et, je te dis pas, mais ça va être ma fête si j’ai pas fini… Mais non je te dis, j’ai pas le temps !… C’est ça ! A tout de suite. (Il raccroche.) Bon. Alors maintenant, faut que je me grouille… Mais quand est-ce qu’on va acheter un lave-vaisselle ?… (Il prend un torchon et commence à essuyer la vaisselle.) Ah là là ! Quand je pense que dans la pub à la télé, y a des mecs qui font ça avec un sourire idiot en disant que c’est un plaisir avec Paic citron ! Ben qu’ils viennent, si ça les amuse !… Oh ! bon sang ! Sept heures moins vingt !… J’aurai jamais fini avant qu’elle arrive ! Quel con aussi ! Si j’avais commencé plus tôt !… Ah là là là ! Et cette saleté de torchon qui essuie plus rien ! (Il part en chercher un autre et revient. Il saute une assiette.) Bon, celle-là, je ferai comme si je l’avais oubliée ! Là… (Il prend un bol, le secoue, l’effleure à peine avec le torchon, le repose.) Bon. Celui-là, il est presque sec. (On sonne.) Qu’est-ce que c’est ? (On re-sonne.) C’est pas déjà Fernand ? (On re-sonne nerveusement.) Bougez pas ! J’arrive. (Il s’essuie les mains et fait tomber un bol qui se casse.) Et allez donc !… Qu’est-ce que j’en ai ras-le-bol de cette vaisselle. Ça me fait…

Voix de Véronique - Alors, tu dors ?

Jacky - Nom de Dieu ! Véronique !… Tout de suite, mon poulet. Je ramasse les… je veux dire je m’essuie les mains !

Voix de Véronique - Viens m’ouvrir, enfin ! J’ai les bras chargés de paquets !

Jacky - Encore ?!

Voix de Véronique - Mais qu’est-ce que tu fais ?

Jacky - Rien. (Il cherche où il va mettre les débris du bol.)

Voix de Véronique - Eh bien, si tu ne fais rien, qu’est-ce que tu attends, espèce de bon à rien ?

Jacky - Tu parles d’une vie !… Voilà !… Oh, puis zut ! (Il met les morceaux dans la soupière.) Je viens, mon minou. (Il accourt.)

Véronique (elle entre, des paquets dans les bras, jusqu’aux yeux) - Eh ben, dis donc, t’y as mis le temps ! Ma parole, t’étais avec ta maîtresse ?

Jacky - Hein ? Comment tu… Non ! qu’est-ce qui te…

Véronique - Alors ?

Jacky - Hein ?… Alors, voilà…

Véronique - Tu vas me débarrasser, oui ou non ?

Jacky - Ah ! oui, bien sûr… Tout de suite ! (Il tente de lui enlever son manteau.)

Véronique - Pauvre crétin ! Enlève-moi ces paquets ! C’est pas possible !

Jacky - Ah ! les paquets, bien sûr ! Oui, les paquets… Attends. (Il enlève une pile de paquets, les pose sur la table et fait tomber un autre bol.) MERDE !

Véronique - Je te le fais pas dire !

Jacky - C’est… c’est un bol… ou plutôt, c’est pas de bol !

Véronique (elle hausse les épaules) - C’est pas « un bol ». C’est « le » bol de maman auquel je tenais tant. Quel maladroit, celui-là ! Eh bien, remue-toi ! (Il se baisse et ramasse les morceaux.) Les balais, ça existe !

Jacky - Ah oui ! Le balai… Laisse faire, je m’en occupe. (Il balaie.)

Véronique - J’espère bien ! (Elle s’assoit dans le fauteuil.) Mais qu’est-ce qu’elle fait là, cette vaisselle ?

Jacky - Je vais t’expliquer, mon lapin…

Véronique - Pourquoi elle n’est pas rangée ?

Jacky - C’est…

Véronique - C’est pas vrai que tu n’étais qu’en train de finir la vaisselle ? A sept heures moins le quart !

Jacky - Qui ? Moi ?… Hoooo… non !… Enfin, voyons ! Qu’est-ce que tu vas chercher ?

Véronique - Parce que je te connais. Dès que j’ai le dos tourné, Monsieur prend ses aises, Monsieur lit « L’Equipe », Monsieur flemmarde ! Quand le chat n’est pas là, les souris dansent.

Jacky - Ben… Voilà… Justement, mon minou !

Véronique - Justement quoi ?

Jacky - Tu as deviné… Tu disais : « les souris dansent »…

Véronique - Et alors ?

Jacky - Et alors, justement, j’étais tranquillement en train de faire les carreaux. J’avais fait la vaisselle depuis longtemps, oh là là ! quand j’ai entendu dans le placard… tu vois… un drôle de bruit…

Véronique - Mon Dieu !

Jacky - Oui… c’est ce que je me suis dit.

Véronique - Après ?

Jacky - Après, j’ai ouvert le placard… Tu vois, je me suis approché comme ça, tout doucement, avec ma main… ma main droite…

Véronique - Oui, ça va ! Je sais comment on ouvre un placard. Et alors ?

Jacky - Et alors… mais là, j’ai été surpris, hein !

Véronique - Bon, est-ce que tu vas parler, oui ou non ? Moi qui ai déjà ma migraine !

Jacky - Oui… Eh ben, dans le placard… Mon Dieu ! des souris !

Véronique (se lève d’un bond) - Ah !… Où ça ?… (Elle regarde par terre et monte sur une chaise.)

Jacky - Non… t’affole pas ! Pas là ! Non ! C’est dans le placard que j’ai vu des souris.

Véronique - Oh ! que tu m’as fait peur ! Ça y est ! J’ai mes palpitations. On n’a pas idée ! Tu sais bien que j’ai horreur de ces bestioles !

Jacky - Ben oui, mais… c’est pas de ma faute…

Véronique - Reste pas planté là comme un piquet. Va me chercher mon natirose !

Jacky - Ton… Où il est déjà ?

Véronique - Vite ! J’étouffe ! (Il court à droite et à gauche.)

Jacky - Le voilà… Tiens, ma caille… Ça va aller mieux !

Véronique - Ah !… Ah… merci. (Elle paraît abattue. Il lui tapote les mains, les joues… et brusquement.) Et alors, ces souris ?

Jacky - Hein ?… Ah oui !… Eh ben, je les ai tuées. Et puis, j’ai sorti la vaisselle du placard…

Véronique - Mais… Il y en avait beaucoup ?

Jacky - De la vaisselle ? Ah oui !…

Véronique - De la vaisselle ! Quel idiot ! Des souris… il y en avait beaucoup ?

Jacky - Oh oui !

Véronique - Combien ?

Jacky - Oh !… Vachement ! J’ai pas compté, mais dix… douze… peut-être ! Tu penses, c’était le Club Méditerranée pour elles !

Véronique - Quelle horreur ! Comment elles ont pu venir là ?

Jacky - Ça, je sais pas… Une idée qui les a prises, peut-être !

Véronique (méfiante) - Et tu dis que c’était bien après que tu aies fait la vaisselle ?

Jacky - Oh là là, oui ! Tu penses !

Véronique - C’est que c’est sale, des souris !

Jacky - Ah ! je pense bien !

Véronique - Faudra faire quelque chose !

Jacky - Ah ! c’est sûr !

Véronique - Faudra refaire la vaisselle !

Jacky - Ah ! ça, d’accord !… (Réalisant soudain.) Hein ?!…

Véronique - Tu vas me refaire la vaisselle tout de suite !

Jacky - Tu crois ? C’est peut-être pas la peine ?

Véronique - Pas la peine ? Tu es fou ? Il est fou, ma parole ! Alors, des souris auraient trotté sur ma vaisselle, et on mangerait dans cette vaisselle ? Ah non !

Jacky - Bien sûr, mais…

Véronique - Tu es inconscient ou quoi ? Tu sais que cette saleté, ça peut transporter plein de maladies, des microbes, des virus, je ne sais quoi ! Tu trouves que j’ai pas assez de problèmes de santé comme ça ?

Jacky - Non… non…

Véronique - Hein ?

Jacky - Si… si…

Véronique - Des souris ! Ça peut ramener n’importe quoi, des souris ! Le choléra, le typhus… Le sida, peut-être, va savoir ! Ils en parlaient l’autre jour à la télé !

Jacky - Je dis pas mais… peut-être que rien qu’en l’essuyant, la vaisselle…

Véronique - Non ! Non ! Tu vas me refaire cette vaisselle pendant que je range mes courses. Comme ça, on sera tranquilles ! (Elle sort avec des paquets.) Et prends le tablier ! (Il prend un tablier de femme ; il est ridicule et se remet à la vaisselle.)

Jacky - Et voilà le travail ! J’en ai ras-le-bol de cette baraque, moi ! Je vais foutre le camp, un de ces jours, et pour de bon !

Véronique - Qu’est-ce que tu dis ? Tu parles tout seul ?

Jacky - Moi ? Non ! C’est la radio.

Véronique - Coupe la radio ! Tu sais bien que je ne supporte pas la radio ! (Elle revient chercher d’autres paquets.) Surtout quand j’ai mal à la tête !

Jacky - Et t’as mal à la tête ?

Véronique - Horriblement !

Jacky - Ben pardi...

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