Apocal’oups !

Apocal’oups est une comédie qui se situe dans le sas des paradis des dieux, entre l’open space des employés et le bureau de la patronne, juste au-dessous des nuages paradisiaques. L’histoire commence alors que le secrétaire, Rémy, en période d’essai, voit arriver le cercueil d’un mort. Alors qu’il demande aux divinités des cieux si ce mort leur appartient, et que toutes déclinent, il se retrouve face à un cas encore inédit pour lui de mort sans dieu. La patronne lui apprend que dans ce cas, soit on le ramène six pieds sous terre, soit on tente de lui créer un dieu sur mesure, en faisant appel à un membre de l’équipe de conception. Ce que décide d’entreprendre Rémy. Eva, une employée conceptrices, va alors réveiller le mort, Paul Astéroïde, 70 ans, pour tenter de lui trouver un dieu. Mais Paul n’est pas très arrangeant, fier de son athéisme et ne voulant plus déranger personne. Lassée par les situations complexes qui s’enchaînent, Eva, l’employée, finit par craquer. Paul lui fait alors un câlin, ce qui déclenche chez les divinités une soudaine envie de convaincre le nouveau mort de rejoindre son nuage. Paul accepte de les écouter, sentant bien les conflits sous-jacents entre les différentes divinités, et n’est convaincu par aucune d’entre elles. Pendant qu’elles se battent, il demande donc à Rémy de le renvoyer six pieds sous terre. Ce que le secrétaire finit par faire. Eva lui demande de la renvoyer également, ce que Rémy fait, ignorant que son geste va provoquer l’apocalypse : tout s’effondre, les dieux et déesses tombent de leur nuage. La patronne, ivre, sort de son bureau, découvre la scène et renvoie son secrétaire après le chaos qu’il a engendré. Elle se déclare nouvelle déesse unique, avant qu’un orage la fasse chuter à son tour. Après son départ, les nuages sont enfin libres. Mais les bruits de chaos, de guerre, de tonnerre, demeurent.
Quand cela cesse, on retrouve les dieux et déesses empilés par terre, se relevant difficilement. Ils découvrent la tombe de Paul et décident de crier et de danser autour pour se venger et le réveiller – ce qu’ils parviennent à faire au bout d’un moment. Quand le mort s’en rend compte, il s’énerve et jure qu’il aurait dû se faire incinérer.

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Cinq nuages sont disposés sur scène, en demi-cercle, à hauteurs variables (derrière ces nuages, les comédiens et comédiennes jouant les dieux et déesses seront caché.es, assis.es sur des chaises plus ou moins hautes). Derrière, un grand drap bleu imite le ciel. A droite et à gauche il y a deux portes : sur celle de droite, une pancarte affiche : open space ; sur celle de droite : patronat. Devant, simplement disposées, une table et une chaise de bureau sont à moitié recouverts d’un nuage, aux pieds. Le secrétaire est assis à son ordinateur, il joue à un jeu vidéo de guerre pour chasser son ennui.

Le milieu de la scène est envahi par un nuage gris, qui tombe vers l’avant et dévoile cercueil au moment où la pièce démarre.

Scène 1. Le secrétaire

Quand le cercueil est dévoilé, un petit bruit simple retentit (comme un bruit de micro-ondes qui a fini de réchauffer un plat).

LE SECRÉTAIRE (sursaute légèrement et tourne la tête vers le cercueil) : Ah ! Alors… Voyons voir… ! (Il retourne à son ordinateur, clique plusieurs fois, s’énerve)… Le réseau, ici ! Faut pas être pressé, hein… Ah ! Voilà ! Alors : Paul Astéroïde. 70 ans… Un jeune homme, dis donc ! Cause du décès (il lit)… Rho ! Sérieux ? (Ne peut retenir un petit rire) C’que c’est bête !… (Enthousiaste) Alors, à qui dois-je envoyer ce maladroit ?!

Le secrétaire compose un numéro sur son téléphone. Ça sonne (sonnerie : musique de Rabbi Jacob).

Scène 2. Le secrétaire, Yhavé

Yahvé, le dieu du nuage au milieu à gauche se lève de derrière son nuage, un téléphone dans la main.

LE SECRÉTAIRE (enjoué) : Oui, bonjour monsieur Yahvé ! Comment allez-vous ?

YAHVÉ (blasé) : Bof. Vous savez ce qu’on dit, chez nous : dans l’amitié, ménage une place pour la brouille, et dans la brouille, une place pour la réconciliation. Et bien, ça c’est ce qu’on dit. Parce qu’en vérité, je vous le dis, j’en ai ras-le-bol de devoir toujours réconcilier tout le monde ! Faut dire qu’en ce moment, j’ai pas mal de boulot.

LE SECRÉTAIRE (hésitant) : Bon, euh, bah… Désolé de vous déranger en ce jour sacré.

YAHVÉ (blasé) : Encore un mort à m’envoyer, c’est ça ? Je parie qu’il a été tué par les mécréants de mon voisin ! J’en peux plus de tous ces morts, ça me déprime.

LE SECRÉTAIRE : Non, monsieur, il m’a même pas été tué par… Il est mort en … enfin bon, dites-moi plutôt si un certain Paul Astéroïde est chez vous ?

Yahvé regarde sur son téléphone, fait défiler son écran.

YAHVÉ : Non, pas chez moi. Désolé ! C’est un bon gars, ou pas ?

LE SECRÉTAIRE : Euh… Je ne le connais pas personnellement. Pourquoi ?

YAHVÉ : Non, comme ça. Pour savoir s’il valait le coup d’être sauvé. Bon, ben, je me rentre, hein. (Il bâille.) Puisse le doigt des dieux ne pas se fourrer partout ! Allez, salut ! (Il disparaît).

Scène 3. Le secrétaire, Allah

Le secrétaire raccroche puis compose un autre numéro. Ça sonne (sonnerie : musique de Lawrence d’Arabie). Allah, le dieu du nuage au milieu à droite, apparaît et décroche son téléphone.

ALLAH (solennel) : Allô ici Allah ! Allah ici allô !

LE SECRÉTAIRE (amusé) : Bonjour. Désolé de vous déranger en ce jour sacré, Sidi.

ALLAH : Les gens meurent tous les jours, c’est la vie. Toutes les dix secondes, quelqu’un décède ici bas (Il maugrée.) Mais si c’est encore un de mes fidèles, soldat, femme ou enfant, abattu sauvagement par les serviteurs de Yahvé, je vous jure que… (Il renifle, soupire et reprend son calme.) Allez, Allah t’écoute : c’est qui çui-là ?

LE SECRÉTAIRE (articule) : Paul Astéroïde.

ALLAH (en scrollant l’écran de son téléphone, marmonne) : Avec un nom pareil, je suis presque sûr que… (fort) Non, pas chez moi ! Désolé, rouya. Bon, j’y retourne, j’ai du boulot avec ces milliers de nouveaux venus. Passe une bonne journée, mon ami.

LE SECRÉTAIRE : Merci. Vous aussi, monsieur.

Allah s’en va.

Scène 4. Le secrétaire, Dieu

Le secrétaire raccroche et compose un nouveau numéro. Ça sonne (sonnerie : Jésus revient). Du nuage tout à droite, Dieu apparaît, un téléphone à la main.

DIEU (parle fort, sourd) : Allô ? Allô ?!

LE SECRÉTAIRE (articule, parle fort) : Bonjour monsieur Dieu ! Désolé de vous déranger en ce jour sacré !

DIEU : Non merci ! (marmonne, énervé) Marre de ces pubs à la con ! (Il s’apprête à raccrocher.)

LE SECRÉTAIRE (articule, parle fort) : Non, écoutez-moi ! C’est pour un mort ! Je voulais savoir si, par hasard…

DIEU : Quoi ? Je vous entends très mal ! Le réseau, ici… Les satellites ont beau se multiplier dans le ciel, quand ça veut pas…

LE SECRÉTAIRE (articule, parle fort) : Oui, c’est à cause du mode avion, ça coupe !… Alors, est-ce vous pourriez me dire si Paul Astéroïde est chez vous ?

DIEU : Chez moi ? (Il regarde autour de lui) Euh… je ne le vois pas, non ! Quel genre de bolide ?

LE SECRÉTAIRE (article et parle plus fort) : Non, pas un bolide ! Un nouveau mort : Paul Astéroïde !

DIEU : Ah ! Euh… Attendez, je vais...

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