Arret Buffet

Karine et Oscar vont dîner chez Chrystelle et Stéphane. Ils ont choisi la marche à pied comme moyen de transport même si c’est un peu loin de chez eux ! Seulement voilà au milieu du parcours Oscar se tord malencontreusement la cheville. Plus question de faire un pas ! Coincés comme des naufragés à côté d’un banc dans un endroit quasi désert leur tête à tête va virer aux règlements de comptes aux reproches et aux rancoeurs. Alors Karine se décide à appeler Chrystelle afin qu’elle vienne les chercher en voiture mais Chrystelle ne répond pas ce qui n’est pas dans es habitudes surtout qu’elle est censée les attendre. Que s’est-il passé chez leurs hôtes ?

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Un banc sur lequel Oscar est assis, sans bouger.

Un temps assez long puis surgit Karine, revenant sur ses pas, nerveuse. Elle tient entre ses mains une plante verte volumineuse et enrubannée.

Elle a un sac à dos entre les épaules.

 

KARINE pas très aimable : Enfin qu’est-ce que tu fabriques Oscar ?

 

OSCAR avec une grimace de douleur : Je me suis tordu la cheville.

 

KARINE : Encore ?

 

OSCAR désolé : Ben oui !

 

KARINE : Mais comment tu as fait ton compte ?

 

OSCAR : Un trou.

 

KARINE : Encore ?

 

OSCAR même ton : Ben oui !

 

KARINE : Putain mais tu le fais exprès ou quoi ? Il faut regarder par terre quand tu marches. (Elle pose sa plante verte sur le banc) Fais voir ! (Elle remonte la jambe gauche du pantalon d’Oscar) Elle n’est pas enflée ta cheville !

 

OSCAR : C’est l’autre.

 

Karine remonte la jambe droite du pantalon d’Oscar.

 

KARINE : Elle n’est pas enflée non plus.

 

OSCAR : Pas encore mais ça va venir.

 

KARINE : Oh ! Toi alors, tu m’en fais de belles ! Et toujours au mauvais moment ! Bon. On ne va pas attendre que ça enfle, avec toi ça peut être long, je te connais. Tu es lambin ! (Elle regarde sa montre) Heureusement qu’on est en avance. (Elle farfouille dans son sac à dos) J’ai une crème miracle là-dedans, normalement.

 

OSCAR : Tu as toujours tout sur toi, toi !

 

KARINE : Plains-toi ! Il le faut bien. Je prends mes précautions. J’anticipe. Tu ne peux pas faire cent mètres sans avoir un problème de mobilité ! Une douleur au genou, un cor au pied, une crampe au mollet, un trou que tu ne vois pas, ou je ne sais quoi d’autre. Je finirai par t’offrir un fauteuil roulant pour Noël.

 

OSCAR : Je n’en suis quand même pas là.

 

KARINE : Non mais ça approche à grands pas…  Enfin quand je dis « à grands pas » … (Elle farfouille dans son sac à dos) Où est-elle cette foutue crème ?... Ah ! La voilà ! Elle coûte une fortune, en plus ! Mais au moins elle est efficace. Enfin c’est ce qu’ils disent dans la pub ! (Elle regarde vaguement sur le tube) Spécial trous.

 

OSCAR étonné : Spécial trous ?

 

KARINE : Oui.

 

OSCAR : Tu devrais mettre tes lunettes.

 

KARINE : Pourquoi ? Je ne suis pas encore mal voyante !

 

OSCAR : Je n’irai pas jusque-là mais puisque tu as des lunettes…

 

KARINE : Pas besoin.

 

Elle dévisse le bouchon du tube.

 

OSCAR inquiet : Tu es sûre que ce n’est pas de l’enduit pour les murs ?

 

KARINE : C’est ça prend-moi pour une idiote, en plus !

 

OSCAR : Ben quand même « spécial trous » !

 

KARINE regardant une nouvelle fois vaguement le tube : « Spécial trous » oui, c’est écrit. Et c’est pour soigner les chevilles d’un tas d’hurluberlus comme toi qui se baladent le nez en l’air.

 

OSCAR : Le nez en l’air !

 

KARINE : Parfaitement. Et qui se payent les nids de poule qui sont pourtant signalés par des cônes en plastique de couleur criarde pour qu’on ne les loupe pas !

 

OSCAR souligne : Il y a très longtemps que je n’ai pas mis le pied dans un trou...

 

KARINE : Peut-être, mais ça t’est arrivé.

 

OSCAR : C’est vrai.

 

KARINE : Plusieurs fois.

 

OSCAR : Peut-être.

 

KARINE : Mais à quoi tu penses mon pauvre Oscar, à quoi tu penses quand tu te déplaces en chaussures ?

 

OSCAR : Je ne sais pas. A tout. A rien.

 

KARINE : A tout c’est trop et à rien ce n’est pas assez. Il faudrait trouver un juste milieu. Te concentrer sur ton trajet si tu veux arriver en vie. Les rues sont devenues de vrais parcours du combattant !

 

OSCAR : Il faut regarder où alors ?

 

KARINE : Ça ne s’explique pas. C’est instinctif. C’est le cerveau qui fait le travail.

 

OSCAR : Mais tu regardes où, toi ?

 

KARINE : Je n’y pense pas, ça se fait tout seul. Je fais confiance à mon cerveau.

 

OSCAR : Tu as de la chance.

 

KARINE : Oui, pour une fois. Ce n’est pas souvent. Heureusement que j’ai un cerveau.

 

OSCAR sur un ton un peu révolté : Moi aussi.

 

KARINE : Il y a des jours où je me le demande ! En tout cas il a besoin d’une sérieuse révision.

 

OSCAR : Tu exagères !

 

KARINE : A peine.  Fais voir ta cheville !

 

Elle lui prend la jambe droite et la met sur ses genoux, elle remonte son pantalon.

 

OSCAR : Aïe !

 

KARINE : Oh je t’en prie, n’en fais pas trop !

 

OSCAR : J’ai vraiment mal.

 

KARINE : Ça ne va pas durer tu vas voir. Avec ce traitement de cheval !

 

Elle lui masse énergiquement la cheville avec sa crème.

 

OSCAR : Aïe !

 

KARINE : Tu l’as déjà dit ! (Elle jette un coup d’œil sur le tube) Ils conseillent d’en mettre plusieurs couches en croisant, je me demande bien ce que ça veut dire !

 

OSCAR : Mais Karine…

 

KARINE impérative : Ne parle pas, ça va tirer sur ta cheville et tu vas encore te plaindre. Je vais en mettre une deuxième couche, par précaution. Ne bouge pas !

 

Elle lui remasse énergiquement la cheville.

 

OSCAR inquiet : Tu es vraiment certaine que ce n’est pas un enduit pour les murs ?

 

KARINE : Tu me prends pour une écervelée décidément, Oscar !

 

OSCAR : Non. Mais comme tu t’es mis en tête de colmater le soubassement de la clôture du jardin et que tu es passée ce matin au magasin de bricolage…

 

KARINE : Tu n’as pas confiance en moi ?

 

OSCAR : Si mais tout de même… Ton sac à dos est un fourre-tout. On ne sait jamais !

 

KARINE : Ah !  Surtout ne me déconcentre pas !

 

OSCAR : Ok. Je me tais.

 

KARINE : C’est ça. Déjà qu’il faut que je me débrouille avec les moyens du bord pour sauver ta foutue cheville, ne me saoule pas en plus avec des babillements inutiles ! … (Elle râle) Ce n’est vraiment pas facile à étaler ce truc ! Il faut que je relise le mode d’emploi.

 

OSCAR : Tu vois…

 

KARINE le coupant, sèche : Tais-toi ! (Elle sort ses lunettes de son sac à dos et les met sur son nez puis regarde à nouveau le tube) Ah ! D’accord ! (A Oscar) Ils conseillent de l’étaler à la truelle !

 

OSCAR s’écrie : Tu vois que c’est bien pour les murs !

 

KARINE : Oui, peut-être. Je me suis trompée de tube. Et alors ? Ce n’est pas très grave. Tu ne vas pas en faire un fromage !

 

OSCAR : Mais si… enlève-moi ça tout de suite !

 

KARINE : Mais non au contraire, ça va finir par durcir et comme ça tu n’enfleras pas ! Ça va retenir tes chairs. (Elle regarde ses mains) C’est malin j’en ai plein les mains ! (Elle farfouille dans son sac à dos et en sort une bouteille d’eau minérale et un torchon. Elle se nettoie les mains énergiquement) J’ai les doigts qui se raidissent. C’est de ta faute. Heureusement ça s’en va à l’eau.

 

OSCAR inquiet : Et ma cheville ?

 

KARINE : Une cheville c’est raide de nature. On ne joue pas de piano avec. Laisse tomber !

 

OSCAR : Peut-être…  Mais tout de même…

 

KARINE : Ça enfle ?

 

OSCAR regardant sa cheville : Non.

 

KARINE : Eh bien tu vois ça fait effet alors arrête de pleurnicher.

 

OSCAR : Je ne pleurniche pas mais j’ai mal.

 

KARINE : Il fallait éviter ce trou. Je l‘ai bien évité, moi.

 

OSCAR : Tu l’as vu ?

 

KARINE : Non. C’est mon cerveau qui a fait le boulot. Il a dû modifier ma trajectoire sans que je m’en aperçoive, surtout que je ne voyais rien devant moi avec cette foutue plante verte !

 

OSCAR : C’est vrai. Je me demande bien pourquoi tu as acheté cette horreur.

 

KARINE : C’est pour Chrystelle.

 

OSCAR stupéfait : Pour Chrystelle ?

 

KARINE : Oui.

 

OSCAR : Mais elle déteste les plantes vertes !

 

KARINE : Justement. La dernière fois qu’elle est venue chez nous elle m’a apporté des nougats et je déteste les nougats. Un point partout.

 

OSCAR : Et toc !

 

KARINE : Voilà.

 

OSCAR : Vous êtes étonnantes, vous les filles !

 

KARINE : Tu ne peux pas comprendre. Tu es un gros lourdaud de mec. On s’adore Chrystelle et moi. Et c’est comme ça qu’on se le prouve ! (Elle jette un coup d’œil sur la cheville d’Oscar) Ça n’enfle toujours pas ?

 

OSCAR : Non ça durcit.

 

KARINE : C’est normal, ça prend en quelques minutes, c’est ce qui est écrit sur le tube.

 

OSCAR inquiet : Mais j’ai l’impression que ça cherche à enfler en dessous. Ça pousse.

 

KARINE : Ça a beau pousser ça n’enflera pas. Avec les deux couches que je t’ai étalées ta cheville va baisser les bras. Et on va pouvoir repartir.

 

OSCAR regardant sa cheville, inquiet : Ça commence même à craqueler.

 

KARINE : Tu dis n’importe quoi Oscar. Qu’est-ce qui te prend ? Tu fais obstruction ? C’est un prétexte ? Tu ne veux pas aller dîner chez Chrystelle et Stéphane ?

 

OSCAR : Bien sût que si.

 

KARINE : Bon. Alors on attend encore cinq minutes le temps que tu récupères puisque tu es douillet comme une petite fille. Et après on y va ! On n’est plus qu’à deux kilomètres !

 

OSCAR : Tant que ça ?

 

KARINE : C’est toi qui as voulu qu’on y aille à pied.

 

OSCAR : Bah ! On ne pouvait pas faire autrement, ils habitent au bout du monde et il n’y a pas de transport en commun qui soit en mesure de nous amener jusqu’à chez eux !

 

KARINE : Peut-être mais c’est un coin huppé.

 

OSCAR : Un coin huppé au bout du monde !

 

KARINE : C’est pour ça que c’est huppé. Autrement ça serait situé entre le marché au poisson et l’usine désaffectée qui abrite tout un tas de trafics pas nets. C’est-à-dire exactement là où on habite.

 

OSCAR soupire : Deux kilomètres, quand même ! On n’est pas rendus !

 

KARINE : Il fallait prendre la voiture !

 

OSCAR stupéfait : On n’en a pas !

 

KARINE sous son nez : La faute à qui ?

 

OSCAR : Bon, tu ne vas pas recommencer !

 

KARINE : Celle des...

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