Arrêtez vos sottises, élève Michu
Nous sommes en fin de réunion, ou presque, car les deux cas qui restent à traiter sont loin d’être les plus faciles et là, vraiment, on touche le fonds…
D’abord parce que les parents de l’élève Michu sont partis en vacances en oubliant leur fils à l’école, le dernier jour de classe de l’année.
C’est donc l’heure des règlements de compte. Et il va y avoir des révélations pas toujours très catholiques.
Il est vrai que l’élève Michu fait bêtise sur bêtise. Mais comme c’est le fils du directeur de la grosse usine d’à côté… et que de plus, il est surdoué, la situation est délicate à gérer.
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ACTE UNIQUE
Nous sommes dans la salle de réunion d’un collège. Donc il n’y a qu’une seule porte et une fenêtre qui donne sur la cour de jeu de l’établissement. La salle est pleine de choses rangées et qui ne servent pas : tables, chaises empilées, cartes, cartons, etc., tout ce qui a trait à l’école. Au centre, deux tables bout à bout dans le sens de la longueur avec cinq chaises. Martine est assise à l’un des bouts tandis que Jean est son vis-à-vis. Jean est le plus prêt de la fenêtre qui donne sur la cour.
A l’ouverture du rideau, Jean est resté assis, il compulse visiblement un dossier scolaire, crayon à la main et fait des annotations sur ce dossier tandis que Martine est en train de raccompagner un parent d’Elève. Ce parent d’Elève, on ne voit que son dos et il est sur le départ dans l’entrée de la porte. Il suffit d’utiliser l’un des acteurs existants et de l’habiller différemment (par exemple avec un chapeau, des lunettes et un par-dessus) pour donner l’illusion qu’il s’agit d’un acteur supplémentaire alors qu’en fait on aura pris soit Bernard soit Alain...
Martine (Qui raccompagne un parent d’Elève à la porte de sortie) – Allez, bonnes vacances monsieur Spencer (prononcer à la française pour ne pas perturber le spectateur). Mes amitiés et bon rétablissement à votre femme.
Martine, après avoir vite refermé la porte sur monsieur Spencer, vient s’asseoir à la table et reprend son travail.
Martine (Visiblement fatiguée) – Il est temps que tout ça se termine parce que je commence à être fatiguée. Ils ne se rendent pas compte du travail que ça demande ces abrutis de parents…
Jean – Toi tu as 23 élèves dans ta classe. Les parents, eux, n’en ont qu’un. C’est le seul qui les intéresse… N’oublie pas qu’ils ont tous chez eux le futur président de la République. Alors soigne leur progéniture… Avant, les parents disaient aux enfants qui avaient de mauvaises notes ‘‘ C’est quoi ces notes ’’ (A dire sur le ton très fâché). Maintenant ils disent la même chose, mais aux professeurs !
Martine – C’est pourtant la vérité. Tu exagères à peine Jean. En parlant de chiffres, tu sais que la France est le pays le plus mal loti en nombre d’élèves par classe : 23 ! Au Luxembourg, c’est 15.
Jean (Envieux) – 15 ! Wouah ! le rêve madame Aurora. Oh la chance ! (Puis après un petit moment et sur un ton très moqueur) Mais nous on a Michu. Et ça il n’y en a qu’un ! Et vl’an, il est pour nous…
Martine – Tu es dur Jean avec le petit Michu. C’est vrai qu’il n’a quand même pas de chance : ses parents se barrent en congés et ne s’aperçoivent qu’au bout de 100 km qu’ils ont oublié de le récupérer à la sortie des cours… (Riant et après un moment) Faut quand même oser !
Jean (Moqueur) – Pourtant, un gamin remuant comme ça, il ne doit pas passer inaperçu. A mon avis, quand ses parents partent loin, ils doivent le bourrer de suppositoires pour le faire dormir pendant le voyage…
Martine (Eclatant de rire) – Ce qui expliquerait qu’ils ne se soient rendu compte de rien… (Changeant de sujet) Bref ! Il nous reste qui à passer cher monsieur Mansel, au lieu de dire des âneries…
Jean – Plus que deux Martine. Mais ce ne sera pas forcément être les plus faciles… (Insister) On a le top du top. Le must. Le best of !
Martine (Soudainement inquiète) – Qui sont les deux derniers ?
Jean – D’abord nous aurons les parents de Thomas Belcher et pour terminer nous aurons les parents de Léa Gilmour. Comme tu vois : que du beau monde !
Martine (Perplexe) – Ah oui ! (Puis résignée) Il faut bien qu’ils passent aussi. Allons-y parce que j’ai hâte que tout ça se termine. Je vais chercher les Belcher.
Jean – Je reprends le dossier.
Martine (Se ravisant soudainement) – Attends deux secondes. Avant la famille Belcher, j’aimerais bien qu’on revienne sur le cas de Marc Spencer.
Jean (Dubitatif) – Il y a quelque chose qui te dérange dans le dossier ?
Martine – Ce qui m’ennuie dans le cas du petit Spencer… (hésitante) Marc je crois… Oui, c’est ça, c’est qu’on devrait lui donner sa chance tout de même.
Jean (Peu enclin à donner son accord) – Compte tenu de son environnement, est-ce bien raisonnable Martine…
Martine (Surprise) – Son environnement ? Que veux-tu dire Jean ? (A ce moment, on entend très nettement un bruit de vitre brisée) Ah ! Je suppose que notre ami Michu vient de faire des siennes !
Jean (Se recadrant) – Encore un carreau. C’est le proviseur qui va être content. Pour en revenir à Spencer, Martine, tu n’es pas sans ignorer que Marc Spencer est le dernier enfant d’une famille de quatre enfants…
Martine – Tant que ça ?
Jean – Son entourage familial n’est pas des plus rêvés pour...