ACTE 1
Sylvie rentre avec Denis.
SYLVIE : Enfin contente de rentrer, vraiment, ce repas était d’un ennui.
DENIS : Comme chaque repas que nous faisons chez ma sœur malheureusement. Il n’y a rien de nouveau.
SYLVIE : Ah bin si il y a du nouveau. Elle héberge sa belle-mère maintenant !
DENIS : Bien fait pour elle, ça lui fera les pieds. Elle n’a qu’à s’imposer un peu plus face à son mari.
SYLVIE : Tu es dur avec ta sœur, la pauvre. Ça ne doit pas être facile. Tu te rends compte de l’effort qu’elle doit faire sans aucun compromis.
DENIS : C’est Luc, son idiot de mari qui lui impose ça. Et comme elle n’ose rien dire.
SYLVIE : On voit de qui il tient. Sa belle-mère a tout critiqué pendant le repas. « C’est trop chaud ! C’est trop froid ! C’est trop salé ! C’est trop liquide ! C’est trop difficile à mâcher »
DENIS : Elle n’a pas fait que ça ! Tu ne l’as pas entendue !
SYLVIE : Ah non, qu’a-t-elle dit encore ?
DENIS : Elle n’a rien dit, elle a juste pété à table. Ça sentait la mort, elle a accusé le chien d’avoir des gaz.
SYLVIE : Ah ! C’était elle cette odeur nauséabonde !
DENIS : En plus son dentier n’a pas arrêté de claquer toute la soirée. C’était écœurant ! Le pire c’est quand elle l’a enlevé pour nettoyer le camembert collé dessus. J’ai failli vomir.
SYLVIE : Arrête ! C’est dégueulasse.
DENIS : J’en ai encore des hauts le cœur.
SYLVIE : Elle s’est mêlée de toutes les conversations. Je n’ai pas du tout apprécié cette soirée.
DENIS : Tu as entendu quand elle a critiqué les chômeurs ! Elle a hurlé « mais qu’ils bossent au lieu de se plaindre ». Je lui ai rétorqué « mais justement ils aimeraient bien travailler ». Elle me répond, « Pff, Que des feignasses ! »
SYLVIE : C’est vraiment une acariâtre ! Dieu m’en préserve. Ce serait insupportable.
DENIS : Dis donc, c’est de ma mère que tu parles.
SYLVIE : Mais j’adore ta mère, tu le sais bien ! Mais vivre avec elle en permanence ! Je ne suis pas sûr d’y arriver. D’autant plus qu’elle a également un dentier. Je trouve que Betty a beaucoup de courage et de mérite de le faire.
DENIS : De faire quoi ? De faire le dentier ?
SYLVIE : Mais non ! D’héberger sa belle-mère ! Il parait que les nuits, c’est l’enfer. Elle l’appelle en permanence pour rien. « Betty, j’ai besoin d’aller aux toilettes ! » « Betty, je n’ai pas pu me retenir ! Les draps sont mouillés ». Pauvre Betty, j’ai vraiment de la peine pour elle. Elle va finir par craquer.
DENIS : Ça fait peur de vieillir ! Heureusement, nous n’avons pas d’enfants, ça évitera de leur faire subir cela quand tu seras vieille !
SYLVIE : Parce que tu crois que tu ne seras pas chiant quand tu seras vieux. Et puis je ne suis pas pressée.
DENIS : Encore, moi ça va, mais toi ! Quand je vois ta mère.
SYLVIE : Pardon !
DENIS : Tu sais qu’il parait que si tu veux voir ta femme quand elle sera vieille, et bien il suffit de regarder sa belle-mère. Ça promet !
SYLVIE : Bon, et tu en penses quoi ?
DENIS : Je ne sais pas trop ! Je suis mal barré pour l’avenir. J’espère que je ne serai plus avec toi.
SYLVIE : (en riant) Tu exagères quand même ! Tu ne trouveras jamais mieux que moi, et puis, ma mère elle t’aime beaucoup !
DENIS : Oui peut-être, mais quand même, je sais que ce ne sera pas facile pour les autres quand tu vieilliras.
SYLVIE : Parce que tu penses que se sera plus facile avec toi ?
DENIS : Je sais que je suis de bonne constitution et quand je vois mon père, je sais déjà que tu ne peux pas être déçue de ton futur vieillard.
SYLVIE : Mais bien sûr. Et si tu tirais du côté de ta mère. Tu sais celle qui me fait sans cesse des remontrances.
DENIS : Ma mère, mais elle t’adore.
SYLVIE : Alors pourquoi elle me dit que j’ai pris du cul à chaque fois qu’elle me voit !
DENIS : Mais elle plaisante !
SYLVIE : Tu crois ça ! On n’a vraiment pas le même humour !
DENIS : Evidemment. Et puis tu sais bien, ma mère c’est une femme forte et fière. Elle n’aurait jamais l’audace de venir s’installer chez un de ses enfants.
SYLVIE : On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.
DENIS : Ma mère ! Elle préfèrerait aller dormir sous les ponts plutôt que de venir s’installer ici.
SYLVIE : J’ai eu peur ! Me voilà enfin rassurée.
DENIS : Tu me déçois, je pensais que tu connaissais mieux ma mère que ça. Tu n’as vraiment aucun respect pour elle !
On sonne à la porte.
DENIS : Maman ! Mais que fais-tu ici ?
SYLVIE : Belle-maman ! Qu’est-ce qu’il se passe ? (en faisant de gros yeux) Et c’est quoi ces valises ?
ODILE : (En faux pleurs) Oh, je ne sais plus où aller. Je n’ai plus d’appartement. Une fuite d’eau a tout endommagé. Les voisins du dessus ont laissé couler l’eau de la baignoire et sont partis en weekend. J’ai cru que j’allais faire une crise de Titanic.
SYLVIE : Oh bin zut alors ! Et vous avez survécu !
ODILE : Qu’est-ce qu’elle dit ?
DENIS : Elle disait simplement, tu es la bienvenue !
SYLVIE : (parlant fort) On parlait justement de vous !
ODILE : En bien j’espère ?
SYLVIE : (parlant fort) On s’imaginait votre présence en permanence à la maison. (Baissant le ton) C’était apocalyptique.
ODILE : Ah, vous aviez envisagé de m’héberger quand je serai âgée ? Et vous avez peur de me voir en slip !
SYLVIE : Oui ! C’est presque ça ! Pourtant avec tous les ponts qu’il y a dans le secteur (jetant un œil à DENIS).
ODILE : Pourquoi ? Vous avez envie de vous jeter d’un pont pour vous suicider ! Attention, avec le cul que vous avez c’est votre coccyx qui va toucher le sol en premier.
DENIS : Maman, arrête !
ODILE : Quoi qu’il en soit, vous devez avoir des dons de voyances, car me voici. J’ai réussi à sauver ce que j’ai pu.
SYLVIE : Eh bien ! Vous n’avez pas sauvé grand-chose.
ODILE : Vous êtes adorables de m’accueillir chez vous. Je savais que je pouvais compter sur mon fils, un peu moins sur ma belle-fille. Promis je ne me promènerai pas en slip à la maison et puis moi, je ne mets que des gaines (riant), ça maintient bien le ventre et comme ça, y a rien qui tombe !
SYLVIE : (Faisant de gros yeux) Quelle vision d’horreur !
ODILE : Qu’est-ce qu’elle dit ?
DENIS : Elle dit, c’est un honneur. Ma pauvre maman. Tu es la bienvenue tu le sais bien. Je suis ravi que tu aies pensé à nous avant Betty.
ODILE : Je ne pouvais pas aller chez elle, elle héberge déjà sa belle-mère. Elle est déjà assez bien emmerdée avec cette vieille peau. Je ne pouvais pas m’imposer là-bas.
SYLVIE : C’est dommage ! Elle aurait pu ouvrir un EHPAD.
ODILE : Non merci, j’ai déjà mangé. Et puis j’espère que vous n’aurez pas que des pâtes à me proposer.
DENIS : Allez maman, viens, on va déposer tes affaires dans la chambre d’ami.
SYLVIE : Denis ! Tu disais quoi déjà ? Sous un pont, Ah oui c’est ça sous un pont !
DENIS : Oh arrête, ne commence pas !
ODILE : Qu’est-ce qu’elle dit ?
DENIS : Rien d’intéressant.
ODILE : Oui, comme d’habitude.
Odile et Denis sortent.
SYLVIE : Super giga méga géniale ambiance pour les prochains jours. Fais chier.
Entrée de Betty.
BETTY : Sylvie, je venais m’excuser par rapport au comportement de ma belle-mère.
SYLVIE : Ne t’inquiète pas, ça m’a donné un avant-gout de ce que je vais subir à partir d’aujourd’hui.
BETTY : Pourquoi tu dis ça ?
SYLVIE : Ta mère vient d’arriver chez nous. Son appartement est sinistré à cause des idiots du dessus qui ont laissé déborder l’eau du bain.
BETTY : Oh mince alors. Ma pauvre maman.
SYLVIE : Tu ne peux vraiment pas l’héberger. Car moi, je crois que je ne vais pas la supporter. Elle m’a déjà dit que j’avais pris du cul !
BETTY : Elle est trop franche, ça blesse les gens.
SYLVIE : Parce que tu approuves ce qu’elle a dit !
BETTY : Non, mais non.
SYLVIE : Alors, tu la prends chez toi ?
BETTY : J’ai bien assez de ma belle-mère. Tu as vu ce qu’elle me fait subir ? Sinon on échange. Je loge ma mère et tu récupères ma belle-mère, elle au moins elle n’osera jamais te dire que t’as un gros cul.
SYLVIE : Ah Non, dans tes rêves. Mais je posais simplement la question. Il y a de la place chez toi et puis tu n’es plus à une vieille près.
BETTY : Sylvie, tu es encore plus ingrate que je ne le pensais. (Riant).
SYLVIE : Disons que je sais rendre la monnaie quand on m’insulte. Et puis avec ce que j’ai vécu chez toi lors du repas, j’appréhende un peu ma vie ces prochains jours.
BETTY : Oh, ma mère n’est pas comme ma belle-mère, enfin je ne pense pas.
SYLVIE : Qui sait ! Elle est peut-être pire !
BETTY : N’exagère pas quand même. Je la connais trop.
SYLVIE : Ecoute, on découvre le vrai visage des...