Bonne fête Suzette

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Prenez les ingrédients suivants : la belle Suzette et Bertrand son cardiologue de mari, Conchita leur jeune bonne espagnole, l’excentrique mère de Madame, Valentine et son ami Pepito ex-général mexicain, Charlotte, la maîtresse de Monsieur, Brigitte et Agnès les deux amies d’enfance de Madame, ajoutez-y Galopin, le plombier pas pressé, et n’oubliez pas le couple Fachoux, les inénarrables voisins. Maintenant mélangez bien jusqu’à obtenir une maison pleine à craquer, les uns ignorant la présence des autres, une plomberie défaillante, deux dames en nuisettes affriolantes, les retrouvailles des “Chochottes” vingt ans après, les coups de gueule et les exploits de Gertrude Fachoux, un accident de voiture et une très grosse surprise pour le plombier. Faites mijoter près de deux heures, vous avez tout ce qu’il faut pour savourer un excellent moment avec cette pièce très drôle et très enlevée : situations croustillantes et désopilantes, savoureux jeux de mots et rires en cascades. Le public a déjà largement plébiscité cette comédie écrite sur mesure et jouée de nombreuses fois par une troupe d’amateurs.

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Premier Acte

scène 1

Suzette, Bertrand, Conchita

 

Suzette, en déshabillé, est assise sur le canapé. Elle a devant elle, sur la table basse, un plateau avec le petit-déjeuner et elle mange en lisant une revue. Elle tournera le dos à son mari et ne lèvera la tête de sa revue quà lintervention de Conchita. Bertrand lui parle par la porte ouverte de la chambre.

Bertrand - Chérie, je ne trouve pas mon nœud papillon. Où est-il ?

Suzette - A sa place habituelle : avec les cravates, à gauche, dans la penderie. (Un temps.) Viens boire ton café, il va refroidir. Il te reste au moins une demi-heure avant de partir pour l’aéroport.

Bertrand entre en chemise et caleçon. On le sent fébrile.

Bertrand - Je sais, mais j’ai encore mes dossiers à mettre dans ma serviette. (Il va les chercher dans le bureau et les met dans la serviette qui est posée sur une chaise du living.) Il faut aussi que je téléphone à mon nouvel associé à la clinique pour lui recommander un de mes patients, puis que j’appelle ma secrétaire pour mes rendez-vous de mardi prochain…

Suzette - Je ne comprends pas, chéri. Ce déplacement à Zurich pour un énième congrès de cardiologie me semble tout à fait improvisé ! Je t’ai connu plus organisé. As-tu au moins ton billet d’avion ?

Bertrand (bafouillant) - Mon billet d’av… non… oui, oui… Enfin, je veux dire, bien sûr que je l’ai.

Suzette - Tu me parais vraiment perturbé : tu n’as pas cessé de te retourner en dormant cette nuit, je t’ai même entendu prononcer un prénom féminin et ce n’était pas le mien… Tu me trompes ?

Bertrand (sursautant et manquant de renverser le café qu’il buvait) - Te tromper ? Tu plaisantes ! Non, c’est sûrement le repas d’hier soir, je digère mal en ce moment, alors j’ai dû faire un cauchemar.

Suzette (d’un air entendu) - Un cauchemar qui s’appelle Charlotte…

Bertrand (bafouillant encore) - Co… co… comment, Charlotte ? Tu as mal compris, je devais parler des ca … ca… carottes, mal cuites d’ailleurs, que Conchita nous a servies hier soir. C’est ta faute aussi, tu la laisses décider des menus ! J’aimerais bien de temps en temps manger comme tout le monde une bonne paella, bien garnie.

Suzette - Je t’ai déjà dit que bien qu’Espagnole, Conchita déteste la paella.

Bertrand - Oui, mais moi, je l’aime !

Suzette - Tant pis, tu peux te passer de paella, mais moi je ne peux pas me passer de Conchita. Tu sais combien il est difficile de trouver du personnel à notre époque !

Pendant toute cette conversation, Bertrand, toujours en caleçon, a fini son café, passé sa veste mais oublié dans son trouble d’enfiler son pantalon. Suzette, qui lit toujours sa revue, ne s’en est pas aperçu. On entend un klaxon de voiture.

Bertrand - Déjà le taxi ? Il est en avance ! Finalement, je passerai mes coups de téléphone pendant le trajet. (Il embrasse sa femme distraitement, sort de la pièce avec un léger bagage et sa serviette, puis revient sur ses pas.) Au fait, embrasse ta mère pour moi. Tu passes toujours le week-end chez elle, tu n’as pas changé d’avis ?

Suzette (qui continue de lire) - Non, bien sûr, je serai partie dans une heure, de ce fait la maison sera vide. Conchita s’absente, elle va chez sa cousine, je lui ai donné son lundi.

Bertrand - Les clés et les papiers de la voiture sont sur la console, dans l’entrée. Sois prudente.

Suzette - Comme d’habitude, chéri.

Bertrand (au public) - Alors, saint Christophe, au travail !

A ce moment, la bonne, venant de la cuisine, entre en coup de vent dans la pièce. Elle parle français avec un fort accent espagnol.

Conchita - Señor, c’est le tax… (Elle pousse un cri et éclate de rire.) Le señor lance une nouvelle mode ?

Bertrand - Comment ça, une nouvelle mode ?

Conchita - Madre de dios ! (Elle rit de plus belle.) Le señor il est en caleçon !

Suzette (qui abandonne sa revue, se retourne et se met à rire également) - Enfin, Bertrand, qu’as-tu ce matin ?

Bertrand - En cal… Oh ! (Il se précipite dans la chambre et passe son pantalon.) C’est bien le taxi ? Merci Conchita ! (Il reprend son bagage, mais oublie la serviette dans laquelle tout à l’heure il avait mis des documents.) Au revoir chérie, à lundi. (Il va pour sortir.)

Suzette - Tu n’oublies pas de me souhaiter quelque chose ?

Bertrand (à moitié sorti) - Bon week-end !

Il sort.

Suzette (haussant les épaules) - Il a même oublié qu’on était le 11 août et que c’était ma fête aujourd’hui. Vingt années de mariage et voilà le résultat !

 

 

scène 2

Suzette, Conchita

 

Conchita (qui débarrasse et range) - Moi, je souhaite une bonne fête à la señora. La señora ne trouve pas le señor Tuillaux distrait en ce moment ?

Suzette - Vous avez raison, il est bizarre ! Trop de travail sans doute, et puis tous ces congrès qui se multiplient depuis quelque temps… (Un temps.) Conchita, vous pourrez partir chez votre cousine dès que vous aurez débarrassé.

Conchita - Je n’y vais plus, ses enfants ont la varicelle, elle m’a décommandée.

Suzette - Mais c’est très ennuyeux pour moi… (Elle se reprend.) Enfin, je veux dire pour vous ! Vous avez bien un autre endroit où aller ? Je tiens à ce que vous profitiez de ces trois jours de congé.

Conchita - J’ai déjà dit à la señora qu’à part ma cousine Carmen, toute ma famille est en Andalousie… et pour aller là-bas en trois jours… !

Suzette - Mais enfin, Conchita, vous n’allez pas rester ici ! Tenez, je vous offre une sortie où vous voulez. Le Futuroscope ? Le Mont-Saint-Michel ? Disneyland ?

Conchita (qui fait la moue) - Qu’est-ce que c’est tout ça ? Je préfère aller en boîte pour rencontrer des garçons et danser !

Suzette - Je comprends, c’est de votre âge. Mais ça m’ennuie vraiment beaucoup que vous restiez ici. Entre nous, j’ai fait un petit mensonge à Monsieur, je lui ai dit que j’allais voir ma mère, alors qu’elle est en vacances au Mexique, mais en réalité…

Conchita (ironique) - … La señora reste ici, comme les autres fois que le señor part en congrès, et c’est la première fois que ma cousine ne peut me recevoir pour que la señora…

Suzette (agacée) - Ne soyez pas impertinente Conchita, il est vrai que j’attends…

Conchita (avec sous-entendu) - … Hervé Ramonat, le nouveau collègue du señor Tuillaux…

Suzette (un peu gênée, se récrie) - … Pour une consultation ! Monsieur ne veut pas entendre parler de mes crises de tachycardie, il dit que je me fais des idées, alors qu’Hervé… je veux dire le docteur Ramonat… prend cela très au sérieux.

Conchita (ironique) - Je pense bien, puisqu’à chaque fois que le señor part, le señora se fait examiner. (Avec sous-entendu.) Elle fait bien de surveiller sa santé ! Si j’osais, je demanderais à la señora de parler au docteur Ramonat de mes petits malaises… J’aimerais bien qu’il m’examine aussi, il est si beau… il a de si belles mains…

Suzette (la coupant) - Voyons ! Vous n’avez rien du tout ! Soyez gentille, Conchita : allez où vous voulez, mais disparaissez pendant trois jours.

Conchita - Facile : je disparais si la señora me prête sa voiture, comme ça je pourrai rejoindre mes amigos qui vont à Deauville.

Suzette (surprise) - Vous conduisez ? Première nouvelle ! Vous avez votre permis depuis combien de temps ?

Conchita (très fière, qui sort le permis de sa poche de tablier) - Depuis une semaine !

Suzette - Et quand avez-vous pris des leçons de conduite ?

Conchita - Pendant les week-ends, quand la señora me demandait d’aller chez ma cousine… pour avoir ses consultations… particulières sans être dérangée…

Suzette - Une semaine de permis, ce n’est pas beaucoup, et la voiture est neuve…

Conchita - J’emmènerai mi novio, c’est un as du volant, il fait des rodéos avec ses copains en banlieue le samedi soir et c’est toujours lui qui gagne.

Suzette - Vous avez un fiancé ? Vous m’en cachez des choses, Conchita !

Conchita - La señora cache aussi bien des choses au señor Tuillaux…

Suzette - Hum… Bon, vous pouvez prendre les clés et les papiers qui sont avec, mais attention : revenez entière et ramenez-moi ma Porsche lundi soir sans une égratignure. C’est la deuxième voiture en un an et souvenez-vous que pour la première Monsieur ne voulait pas faire agrandir l’entrée du garage…

Conchita - Et que la señora en rentrant la voiture, elle est entrée dans le mur. Aïe aïe aïe ! La colère du señor Tuillaux ! Je promets tout ce que Madame voudra et je disparais tout de suite.

Elle sort en faisant une pirouette. Suzette se lève pour aller dans la chambre. Arrivée à la porte, se ravisant, elle regarde sa montre.

Suzette - Déjà cette heure-ci ! Il faut que je me dépêche de prendre un bain et que je me fasse belle pour Hervé, il ne va plus tarder.

Elle entre dans la salle de bains.

 

 

scène 3

Conchita, M. Fachoux, Suzette

 

La scène reste vide quelques instants, puis on entend la sonnette de la porte d’entrée. Conchita revient en pestant ; elle a enlevé son tablier et elle est prête à partir. Elle va ouvrir et introduit M. Fachoux, le voisin des Tuillaux. C’est un petit homme timide et terrorisé par sa femme. Il a quelques fleurs à la main.

Conchita - Señor Faché, bonjour, qu’y a-t-il pour votre service ?

  1. Fachoux - Pas « Faché », « Fachoux » ! Bonjour mademoiselle Conchita. Voilà, c’est ma femme, elle m’a dit : « Va donc chez le docteur et demande-lui de te prêter sa tondeuse. » La nôtre est en panne et ma femme elle n’arrive pas à la réparer. Alors elle m’a poussé et voilà ! Je ne voulais pas déranger, mais…

Conchita - La señora Faché ne pouvait pas venir la chercher elle-même ? Les corvées, c’est toujours pour vous !

  1. Fachoux - Ses cors aux pieds la font souffrir…

Conchita - Et c’est vous qui marchez ! Señor Faché, je vous aime bien, vous avez toujours un bouquet de fleurs de votre jardin pour égayer ma cuisine… (Il lui tend timidement les fleurs.)… mais la señora, que pelma !

  1. Fachoux - Vous allez me la prêter la tondeuse, n’est-ce pas ? Si je ne reviens pas avec, je vais manger de la soupe à la grimace à tous les repas pendant au moins une semaine.

Conchita - Bien sûr, prenez-la, vous savez où elle est… Il n’y a que vous qui vous en servez d’ailleurs, à croire que le señor Tuillaux l’a achetée pour éviter les scènes de ménage chez ses voisins !

  1. Fachoux - Merci mademoiselle Conchita. Je vous la ramène bientôt.

Conchita - Ne vous pressez pas señor Faché, gardez-la jusqu’à mardi, il n’y aura personne pour vous recevoir ici.

  1. Fachoux - Vous partez en week-end, mademoiselle Conchita ?

Conchita - Je vais à Deauville avec des amigos.

  1. Fachoux - Alors, amusez-vous bien. Et encore merci.

Ils sortent de scène. Suzette sort de la salle de bains.

Suzette - Conchita ! Conchita, où êtes-vous, et qui a sonné ?

Conchita (revenant) - Señora, je suis là. C’était le señor Faché qui venait, comme d’habitude, emprunter la tondeuse.

Suzette - Faché ? Qui c’est ça ? Ah oui ! Fachoux, le voisin ! Quel dommage qu’il ne soit pas plombier !

Conchita (riant) - Le señor Faché, plombier ! Le pauvre, il ne sait même pas planter un clou !… La señora peut m’expliquer pour le plombier ?

Suzette - Il y a une fuite au lavabo et en plus je n’ai pas d’eau chaude pour mon bain, vous vous rendez compte ? Appelez-moi quelqu’un tout de suite, je ne vais tout de même pas me laver à l’eau froide !

Conchita - La señora rêve ! Un plombier, un samedi !

Suzette - Appelez «...

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