Acte 1
Le rideau s’ouvre sur Yvon en robe de chambre en train de prendre son petit déjeuner et lisant le journal.
Yvon . Ouais ! Mais bien sûr, jusqu’à quand les Chinois vont nous prendre pour des cons en nous faisant croire que c’est un Pangolin qui a refilé à la terre entière ce virus. Et nous, on n’a pas trouvé mieux que de nous enfermer. Si le virus est dans l’air, ça ne va pas l’empêcher de se propager. En même temps si on ne prend pas des mesures on sera les premiers à gueuler. Et ça, en France, on sait faire.
Gisèle. (Débarquant en robe de chambre les cheveux en vrac). Bonjour mon chéri, bien dormi ?
Yvon. Oui, comme un Pangolin. Bonjour mamour,
Gisèle. Un quoi ? Un Loir tu veux dire.
Yvon. Je sais que l’on dit comme un Loir, mais comme je viens de lire Pangolin, l’animal qui selon les Chinois a propagé le virus du COVID.
Gisèle. Et tu y crois toi à cette pauvre bestiole ? Moi je n’y crois pas du tout ! Je crois plutôt à un docteur Maboul parkinsonien qui a laissé tomber une fiole contenant le virus et Pchitt (faisant un geste d’explosion) ça s’est propagé partout, voilà ce que je crois.
Yvon. De toutes manières ça nous dépasse, on attend que ça se passe en espérant qu’on ne le chope pas. Au fait ta fille est devenue une adepte de la grasse mat. Hier c’était 9h30, demain 10h00 et après…..
Gisèle. Ma fille, ma fille, au cas où tu es devenu amnésique, elle est aussi TA fille.
Yvon. D’accord, mais il y a un truc que je ne comprends pas. Elle ne fait quasiment rien de la journée et elle trouve encore le moyen de traîner au lit. De plus, concernant ses cours par correspondance, je ne sais pas où elle en est à ce jour, d’autant que les examens approchent et qu’à priori, la date est inchangée ce qui m’étonne vraiment vu le contexte.
Jeanne. (Qui émerge traînant ses chaussons, en chemise de nuit, et tenant à la main un gros doudou) ‘Jour tout l’monde ! (Elle se laisse tomber dans le canapé enserrant son doudou.)
Yvon.- Bonjour ma chérie (Regardant l’heure) Mademoiselle s’améliore, enfin une heure raisonnable pour petit déjeuner. Même si tu marches au radar.
Jeanne.-Gneingneingnein.
Gisèle.- Bonjour ma puce. Bien dormi ou pas assez dormi ?
Jeanne.- (Léthargique) Mamaaaaan arrête s’il te plaît avec «Ma puce» je ne suis plus à l’âge pour qu’on m’appelle ma puce même si c’est gentil de ta part. Je suis en âge de procréer, garde çà pour mon futur bébé.
Gisèle. (Qui s’était servi un café, le recrache, Yvon pose son journal et regarde sa fille interrogateur). Que, que, quouaaa ? Tu es ENCEINTE ?
Yvon. (Les mains sur les hanches et dodelinant de la tête) C’est qui l’enc...heu ..le salopard qui a profité de l’innocence de ma petite puce.
Jeanne. Hein ? Mais vous n’y êtes pas du tout, je ne suis pas enceinte. Relaaax, Coooool. Je veux dire, que ce genre de truc :«Ma puce, mon cœur » et j’en passe, réservez ça au bébé que j’aurai (Elle mime les parenthèses) Un jour.
Gisèle. Ah ! J’aime mieux çà. (Elle se rassoie et s’éponge le front avec une serviette)
Yvon. Moi aussi j’aime mieux çà, et entre nous si d’aventure ça arrive, il serait sympa de ta part que l’on fasse la connaissance du géniteur quelque temps avant, et non la veille de l’accouchement.
Jeanne. Rassurez vous mes parents adorés, je ne vous ferais pas ce coup là. Vu le contexte, comment voulez vous que je rencontre quelqu’un, hein? Dites moi ? Sur Tinder ? Avec ce confinement dites moi comment faire pour avoir un rencard ? En dehors du voisin ou de la voisine, je ne vois pas.
Yvon. Hein ? Marcel ? Ah! Le salaud ! Et Julie aussi ? Tu es bi ?
Gisèle. Ma fille est Bi. (les bras ballants sur sa chaise)
Jeanne. Franchement les parents, il y a un truc qui ne va pas chez vous ce matin, vous n’êtes pas du tout réveillés, vous interprétez tout de travers. Arrêtez de bouffer la nouvelle salade que vous avez planté, ça ne vous réussi pas du tout.
Yvon. Qu’est-ce que tu lui reproches à ma nouvelle frisée Marocaine ?
Jeanne. (Dépitée) Rien rien. Mais ouvrez vos chacras et prenez le temps de m’écouter sans partir dans des délires et vous vous en porterez mieux. Je ne suis plus une gamine, je sais me gérer.
Bref ! Pour parler d’autres choses, Maman as tu racheté du thé et des céréales.
Gisèle. Oui ma fille, et d’ailleurs s’il te manque autres choses dis le moi, je vais faire les courses en fin de semaine.
Jeanne. Yep ! (S’assoit, se met ses écouteurs, et prend son petit déjeuner en dodelinant de la tête)
Yvon. (Songeur et soliloquant) Mais c’est de la bonne cette salade Marocaine, je ne comprends pas.
La clochette du portail se fait entendre.
Gisèle. (Jetant un œil à la fenêtre) Tiens ! C’est Michel.
On toque à la porte. Michel entre, un masque sur le visage.
Yvon. Entre Michel, fais comme chez toi….sans oublier que t’es...
Michel. ...Chez moi. (Ha ha! Je la connais) Comment va la maisonnée ?
Gisèle. Très bien jusqu’ici pas de symptôme de quoi que ce soit, et si toi ça va, on te fait confiance enlève ton masque.
Michel. Merci, j’en ai ras l’pompon de porter çà. Déjà sans masque, j’excite les chiens, mais avec çà ils sont complètement fous.
Yvon. Je te comprends.
Jeanne. (D’un air détaché) Salut Michel ça farte ?
Michel. Cool, merci. (Il reprend avec Yvon) Et il y n’y a pas que les chiens. Pas plus tard qu’hier ton voisin Marcel, qu’on surnomme Adolf, hé ben, quand je lui ai porté un recommandé, il a sortit le 12 et m’a dit (prenant une grosse voix) « fais voir ta tronche sinon je n’ouvre pas ». Il s’est calmé quand j’ai enlevé le masque, mais quand même le métier de facteur est risqué en ce moment.
Gisèle. Mon pauvre Michel, les gens sont à cran, et ceux qui étaient déjà limite limite, ben ils s’arrangent pas. C’est triste.
Yvon. (A Michel) Tu prendras bien un p’tit kawa ? J’en prends un pour t’accompagner.
Michel : Volontiers.
Gisèle. Bon ce n’est pas tout, je vous laisse entre vous, je vais me pomponner. Ce n’est pas parce qu’on est bloqué à la maison qu’il faut se négliger n’est-ce pas Jeanne ? Ah ! Au fait j’ai donné de la salade à Pipo pour son petit déj.
Jeanne. (Enlève un écouteur) Hein ? Que dis tu ?
Gisèle. Rien ! Pense à débarrasser et va aérer ta chambre ça sent le cheval de course là dedans ! (Elle sort. Michel relève la tête vers Jeanne et semble gêné.)
Yvon. (A Michel) Tu as du courrier ?
Michel. (Qui semble absent) Hein ? Heu, non non, je passe comme d’hab pour voir si tout va bien, c’est la Mairie qui nous a demandé de passer chez les personnes seules, je suis passé chez Marcel, il grogne, donc il va bien. Et après je passerai chez Julie. Comme tu es au milieu, ça ne me dérange pas de m’arrêter chez vous. Si tu n’y vois pas d’inconvénient bien sûr.
Yvon. Bien au contraire, c’est agréable de voir un peu de monde, entre Marcel d’un côté, Julie de l’autre, ça change des rares pingouins masqués que je croise quand je fais mon heure de balade dans mon rayon d’un kilomètre avec mon attestation dûment remplie.
Michel. A ce propos, tu as déjà croisé les flics en te baladant ?
Yvon. Pas vu la queue d’un !
Michel. Sont pas commodes les Gendarmes, il y a Germaine qui s’est faite gaulée, elle n’avait pas d’attestation, enfin si, mais elle avait oublié de changer la date. Elle n’a eu qu’un avertissement parce qu’elle était juste devant chez elle. Le policier municipal est plus cool, lui.
Yvon. Ah oui ! Le Floc’h ! C’est vrai, depuis un an qu’il est là il connaît tout le monde, Il a le sens du contact. Il sait se faire apprécier. Il a déjà un surnom, Clint Eastwood.
Michel. Oui je sais, il semble bien intégré en effet. Tu risques de le voir prochainement. Il a aussi la consigne de rendre visite aux gens. Allez Salut la maisonnée, je poursuis ma tournée, peut être à demain si vous le voulez bien. Tchao ! (Il sort.)
Jeanne.(Levant à peine les yeux lui fait un petit signe) Ouaip ! A plus Michel, gaffe aux chiens.
Yvon. Sympa ce petit gars, très serviable, très poli, il ferait un bon gendre hein ? (Jetant un regard à Jeanne qui hausse les épaules). Rare de nos jours. Bon c’est pas tout, mais faut que je bosse aujourd’hui, d’abord douche, rasage, bref la totale matinale. (Il sort)
Jeanne seule, prend son portable et tapote un message et embrasse l’écran.
Jeanne. Il faut que je me bouge, si je n’ai pas aéré et fait ma chambre, nettoyé les crottes de Pipo, ça va encore virer au pugilat avec maman, et une douche me fera le plus grand bien. (Elle sort).
On entend Yvon chanter sous la douche. : «Ah ce qu’on est bien quand on dans son bain on fait de grosses bulles …...On joue au sous-marin....»
Jeanne. (Off) Papa arrête cette chanson débile, elle va nous trotter dans la tête toute la journée.
Clochette du portail, puis, on toque à la porte.
Jeanne. (Off) Bougez pas, je descends. C’est Michel, il a oublié de me donner mes cours par correspondance, et j’en profite pour lui rapporter mes derniers devoirs à poster. (Elle entre, va ouvrir à Michel).
Jeanne. Michel, qu’est-ce qui te prend !
Michel. J’ai bien réfléchi. J’en ai marre de jouer la comédie avec tes parents. C’est ridicule que je rentre dans ta chambre tous les soirs en passant par le toit du poulailler. Ils vont finir par le savoir, et ils le prendront très mal.
Jeanne. Enfin Michel, tu crois qu’ils le prendraient mieux si je leur disais, que finalement, j’ai rencontré quelqu’un et que ce quelqu’un c’est le facteur. Et qu’on se voit tous les soirs dans ma chambre ?
Michel. Ben quoi, il n’y a rien de déshonorant de sortir avec un facteur, d’autant que je suis fier de mon métier.
Jeanne. Je n’en doute pas une seconde, mais toi Michel, ils te voient presque tous les jours. Ils vont tomber des nues si on leur annonce que ça fait trois mois que tu me rejoins presque tous les soirs.
Michel. Bon d’accord, je veux bien attendre, puisque tu crains leur réaction. Mais ce ne sera pas mieux quand ils l’apprendront par hasard, et tôt ou tard ils l’apprendront. Et là ! Gare à leur réaction. Bon je file.(Pressé, Il lui porte un bisou.)
Jeanne. Tiens prends çà (elle lui tend une grosse enveloppe et à voix basse) C’est au cas où on t’observe de la haut. Tu me la rendras ce soir, je n’ai pas encore fini ce devoir, bisou.
Jeanne...