C’est pas du Pipeau

7 personnages · 1 décor

Pendant le confinement dans un petit village. Chez la famille Le Drennec. Un lapin qui devient ingérable. La découverte d’une caissette contenant les lingots d’or. Un vol. Des voisins trop…voisins. Un binôme, Police Municipale et facteur, de circonstance. Tout cela transforme ce confinement en un sacré n’importe quoi.

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Acte 1

Le rideau s’ouvre sur Yvon en pyjama en train de prendre son petit déjeuner et lisant le journal qui lui cache le visage.

Yvon . Mais oui bien sûr…...covid encore covid ils ont rien d’autre à raconter ?…..Voyons la page des sports, ben non j’suis con y a plus de compétitions. Ha ! les avis mortuaires, là il y a de la lecture...Peut être une connaissance... tient ? La mère Chouniard a enfin quitté ce bas monde, une commère en moins.

Gisèle. (Débarquant en robe de chambre les cheveux en vrac). Bonjour mon chéri, bien dormi ?

Yvon. (Retirant le journal, Yvon porte un masque sur lequel il a dessiné un sourire) Oui, comme un bébé. Bonjour mamour,

Gisèle. (Le voyant elle pousse un cri) Haaa ! Mais qu’est-ce que t’es con, dès l’matin, ben dis donc la journée s’annonce bien.

Yvon. Une petite blagounette matinale pour bien commencer la journée. Au moins en dessinant un sourire, tu peux faire la tronche et on crois que t’es de bonne humeur. (Il remonte le masque sur son front).

Gisèle. N’empêche que sans ce truc on n’a pas le droit de se promener dans la rue et les lieux publiques. Remarque depuis j’économise mon rouge à lèvre.

Yvon. Et les fumeurs des clopes. Et les moches sont moins moches. On va lui trouver des avantages à ce masque finalement. Au fait pour changer de sujet, ta fille est devenue une adepte de la grasse mat. Hier c’était 9h30, aujourd’hui ?...Heu... 10h et après…..

Gisèle. Ma fille, ma fille, au cas où le covid t’aurait rendu amnésique, elle est aussi ta fille.

Yvon. D’accord, mais il y a un truc que je ne comprends pas. Elle ne fait quasiment rien de la journée et elle trouve encore le moyen de traîner au lit. De plus, concernant ses cours par correspondance, je ne sais pas où elle en est à ce jour, d’autant que les examens approchent et qu’à priori, la date est inchangée ce qui m’étonne vraiment vu le contexte.

Jeanne. (Qui émerge traînant ses chaussons, en chemise de nuit, et tenant à la main un gros doudou) ‘Jour tout l’monde ! (Elle se laisse tomber dans le canapé enserrant son doudou.)

Yvon.- Bonjour ma chérie (Regardant l’heure) Mademoiselle s’améliore, enfin une heure raisonnable pour petit déjeuner. Même si tu marches au radar.

Jeanne.-Gneingneingnein. (Voyant le masque sur le front de son père) Papa tu portes un bonnet de nuit ?

Yvon. Hein ? Ha non j’ai fais une blague à ta mère ce matin (Il remet le masque devant Jeanne)

Jeanne. (Désabusée) Ha...Ha...Ha...Très drôle.

Gisèle. Ton père c’est le contraire des autres qui dépriment pendant le confinement, lui, il déconne. Bonjour ma puce. Bien dormi ou pas assez dormi ?

Jeanne.- (Léthargique) Mamaaaaan il faudrait que tu arrêtes s’il te plaît avec «Ma puce» je ne suis plus à l’âge pour qu’on m’appelle ma puce même si c’est gentil de ta part. Je suis en âge de procréer, garde çà pour mon futur bébé.

Gisèle. (Qui s’était servi un café, tousse, Yvon pose son journal et regarde sa fille interrogateur). Que, que, quouaaa ? Tu es ENCEINTE ?

Yvon. (Les mains sur les hanches et dodelinant de la tête) C’est qui l’enc...heu ..le salopard qui a profité de l’innocence de ma petite puce.

Jeanne. Hein ? Mais vous n’y êtes pas du tout, je ne suis pas enceinte. Relaaax, Coooool. Je veux dire, que ce genre de truc :«Ma puce, mon cœur » et j’en passe, réservez ça au bébé que j’aurai (Elle mime les parenthèses) « Un jour ».

Gisèle. Ah ! J’aime mieux çà. (Elle se rassoie et s’éponge le front avec une serviette)

Jeanne. Franchement les parents, il y a un truc qui ne va pas chez vous ce matin, vous n’êtes pas du tout réveillés, vous interprétez tout de travers. Pour l’instant, je n’ai pas le cœur à batifoler, j’ai mes examens.

Yvon. C’est çà, concentre toi sur tes exams. Mais admet que tes parents s’inquiètent pour leur fille unique. Hein Gigi ?

Gisèle. Ben oui c’est normal.

Jeanne. Papa, Maman relaaax... coool, no stress, évitez de partir dans des délires et vous vous en porterez mieux. Je ne suis plus une gamine, je sais me gérer. Bref ! Pour parler d’autres choses, Maman as tu racheté du thé et des céréales.

Gisèle. (Pensive) Hein ? Heu oui ma chérie, (Ironique)çà j’ai le droit de le dire? (Jeanne acquiesce) et d’ailleurs s’il te manque autres choses dis le moi, je vais faire les courses en fin de semaine.

Jeanne. Yep ! (S’assoit, se met ses écouteurs, et prend son petit déjeuner en dodelinant de la tête)

Yvon. (Songeur et soliloquant menaçant) Celui qui lui fera un gosse y a intérêt que….(Il est interrompu par la clochette)

La clochette du portail se fait entendre.

Gisèle. (Jetant un œil à la fenêtre) Tiens ! C’est Michel.

On toque à la porte. Michel entre, un masque sur le visage.

Yvon. Entre Michel, fais comme chez toi….sans oublier que t’es...

Michel. ...Chez moi. (Ha ha! Je la connais) Comment va la maisonnée ?

Gisèle. Très bien jusqu’ici pas de symptôme de quoi que ce soit, et si toi ça va, on te fait confiance enlève ton masque.

Michel. Merci, j’en ai ras l’pompon de porter çà. Déjà sans masque, j’excite les chiens, mais avec çà ils sont complètement fous.

Yvon. Je te comprends.

Jeanne. (D’un air détaché) Salut Michel ça farte ?

Michel. Cool, merci. (Il reprend avec Yvon) Et il y n’y a pas que les chiens. Pas plus tard qu’hier ton voisin Marcel, qu’on surnomme Bruce Willis, hé ben, quand je lui ai porté un recommandé, il a sortit le 12 et m’a dit (prenant une grosse voix) « fais voir ta tronche sinon je n’ouvre pas ». Il s’est calmé quand j’ai enlevé le masque, mais quand même le métier de facteur est risqué en ce moment.

Gisèle. Mon pauvre Michel, les gens sont à cran, et ceux qui étaient déjà limite limite, ben ils s’arrangent pas. C’est triste.

Yvon. (A Michel) Tu prendras bien un p’tit kawa ? J’en prends un pour t’accompagner.

Michel : Volontiers.

Gisèle. Bon ce n’est pas tout, je vous laisse entre vous, je vais me pomponner. Ce n’est pas parce qu’on est bloqué à la maison qu’il faut se négliger n’est-ce pas Jeanne ? Ah ! Au fait j’ai donné le reste de salade à Pipo pour son petit déj.

Jeanne. (Enlève un écouteur) Hein ? Que dis tu ?

Gisèle. Rien ! Pense à débarrasser et va aérer ta chambre ça sent le cheval de course là dedans ! (Elle sort. Michel relève la tête vers Jeanne et semble gêné.)

Yvon. (A Michel) Tu as du courrier ?

Michel. (Qui semble absent) Hein ? Heu, non non, je passe comme d’hab pour voir si tout va bien, c’est la Mairie qui nous a demandé de passer chez les personnes seules, je suis passé chez Marcel, il grogne, donc il va bien. Et après je passerai chez Julie. Comme tu es au milieu, ça ne me dérange pas de m’arrêter chez vous. Si tu n’y vois pas d’inconvénient bien sûr.

Yvon. Bien au contraire, c’est agréable de voir un peu de monde, entre Marcel d’un côté, Julie de l’autre, ça change des rares pingouins masqués que je croise quand je fais mon heure de balade dans mon rayon d’un kilomètre avec mon attestation dûment remplie.

Michel. A ce propos, tu as déjà croisé les flics en te baladant ?

Yvon. Pas vu la queue d’un !

Michel. Sont pas commodes les Gendarmes, il y a Germaine qui s’est faite gaulée, elle n’avait pas d’attestation, enfin si, mais elle avait oublié de changer la date. Elle n’a eu qu’un avertissement parce qu’elle était juste devant chez elle. Le policier municipal est plus cool, lui.

Yvon. Ah oui ! Le Floc’h ! C’est vrai, depuis un an qu’il est là il connaît tout le monde, Il a le sens du contact. Il sait se faire apprécier. Il a déjà un surnom, Clint Eastwood.

Michel. Oui je sais, il semble bien intégré en effet. Tu risques de le voir prochainement. Il a aussi la consigne de rendre visite aux gens. Allez salut la maisonnée, je poursuis ma tournée, peut être à demain si vous le voulez bien. Tchao ! (Il sort.)

Jeanne.(Levant à peine les yeux lui fait un petit signe) Ouaip ! A plus Michel, gaffe aux chiens.

Yvon. Sympa ce petit gars, très serviable, très poli, il ferait un bon gendre hein ? (Jetant un regard à Jeanne qui hausse les épaules). Rare de nos jours. Bon c’est pas tout, mais faut que je bosse aujourd’hui, d’abord douche, rasage, bref la totale matinale. (Il sort)

Jeanne seule, prend son portable et tapote un message et embrasse l’écran.

Jeanne. Il faut que je me bouge, si je n’ai pas aéré et fait ma chambre, nettoyé les crottes de Pipo, ça va encore virer au pugilat avec maman, et une douche me fera le plus grand bien. (Elle sort).

On entend Yvon chanter sous la douche. : «Ah ce qu’on est bien quand on dans son bain on fait de grosses bulles …...On joue au sous-marin....»

Jeanne. (Off) Papa arrête cette chanson débile, elle va nous trotter dans la tête toute la journée.

Clochette du portail, puis, on toque à la porte.

Jeanne. (Off) Bougez pas, je descends. C’est Michel, il a oublié de me donner mes cours par correspondance, et j’en profite pour lui rapporter mes derniers devoirs à poster. (Elle entre, va ouvrir à Michel).

Jeanne. Michel, qu’est-ce qui te prend !

Michel. J’ai bien réfléchi. J’en ai marre de jouer la comédie avec tes parents. C’est ridicule que je rentre dans ta chambre tous les soirs en passant par le toit du poulailler. Ils vont finir par le savoir, et ils le prendront très mal.

Jeanne. Enfin Michel, tu crois qu’ils le prendraient mieux si je leur disais, que finalement, j’ai rencontré quelqu’un et que ce quelqu’un c’est le facteur. Et qu’on se voit tous les soirs dans ma chambre ?

Michel. Ben quoi, il n’y a rien de déshonorant de sortir avec un facteur, d’autant que je suis fier de mon métier.

Jeanne. Je n’en doute pas une seconde, mais toi Michel, ils te voient presque tous les jours. Ils vont tomber des nues si on leur annonce que ça fait trois mois que tu me rejoins presque tous les soirs.

Michel. Bon d’accord, je veux bien attendre, puisque tu crains leur réaction. Mais ce ne sera pas mieux quand ils l’apprendront par hasard, et tôt ou tard ils l’apprendront, même si la mère Chouniard est morte, elle a des disciples derrière. Et là ! Gare à leur réaction. Bon je file.(Pressé, Il lui porte un bisou.)

Jeanne. Tiens prends çà (elle lui tend une grosse enveloppe et à voix basse) C’est au cas où on t’observe de la haut. Tu me la rendras ce soir, je n’ai pas encore fini ce devoir, bisou.

Jeanne reste un moment à le regarder partir.

Gisèle. (Entrant) Tu regardes quoi ?

Jeanne. (Surprise) Hein ? Ah oui ! Je m’assure que Michel referme bien le portillon.

Gisèle. (Soupçonneuse) Ouais... Et tes cours ?

Jeanne. Quoi mes cours ?

Gisèle. Ben oui tu es descendue pour récupérer tes cours avec Michel.

Jeanne. Ah oui ! Mais non ! En fait c’est une erreur. C’est la même enveloppe que je reçois d’habitude, mais pas le même destinataire. Michel s’est trompé.Tu sais je ne suis pas la seule à suivre des cours par correspondance en ce moment ? (Elle remonte à l’étage).

Gisèle. (Pas convaincue) Sûrement, sûrement. Bon allons voir comment vont mes poules, j’espère quelques beaux œufs. (Elle prend une boite à œufs et va pour sortir)

La clochette du portail résonne.

Gisèle. (regardant par la fenêtre) Tiens Le Floc’h, que vient-il faire de bon matin ?

Toque à la porte.

Gisèle. Entrez, c’est ouvert !

Le Floc’h. (Un masque sur le visage) Bonjour Madame Le Drennec

Gisèle. Bonjour Monsieur Le Floc’h, vous pouvez enlever votre masque. Si vous êtes vacciné évidemment.

Le Floc’h . (Gonflant le torse et déambulant dans la pièce) Comme vous tous, je l’espère !

Gisèle. Bien sûr bien sûr. Mais que nous vaut votre visite Monsieur l’agent ?

Le Floc’h. (Rectifiant) Le Floc’h tout court.

Gisèle. Ah ! Ok monsieur Le Floc’h Toucourt.

Le Floc’h. Non, Le Floc’h tout simplement.

Gisèle. Mais oui bien sûr ! Et un prénom peut être ?

Le Floc’h. Pardon ? Nicolas. Bref passons. La mairie, me missionne pour rendre visite à tous les administrés qui vivent seuls. Je sors de chez Marcel Keruel qui va bien, il grogne comme d’habitude, et comme vous habitez entre chez lui et Julie Le Lenn, je me suis dit, tiens je vais rendre visite aux Le Drennec avant de passer voir Julie. Voili voilou !

Gisèle.Vous êtes certainement mieux à visiter les gens, qu’à coller des PV.

Le Floc’h. Pardon ? De ce côté là je suis tranquille vu les restrictions de circulation, bien que...

Gisèle. (Le coupant) J’apprécie que la mairie se soucie de ses administrés. Nous avons la chance d’habiter une petite commune, en ville vous ne pourriez pas assurer ce service.

Le Floc’h. Evidemment Evidemment ! Donc rien à signaler ? Tout va bien ? En dehors des chevreuils qui sont de plus en plus hardis. Ils viennent jusque dans les jardins. Votre voisin m’a dit qu’il y en a un qui a mangé quelques feuilles de salade dans votre jardin, il en est sorti en titubant. J’ai des doutes, mais bon. Il a même cru qu’il souriait. Très drôle n’est-ce pas ?

Gisèle. Ma salade dites vous ?

Le Floc’h. C’est ce qu’il m’a dit.

Gisèle. Marcel ? ça ne m’étonne pas, toujours un œil dehors celui-là. Un chevreuil qui rit ? la vache qui rit oui à la rigueur, mais un chevreuil ? N’abusons pas !

Entrée d’Yvon

Yvon. Tiens donc ! Voilà Clint Eastwood. Je plaisante, vous savez que c’est le surnom que les gens vous donnent. Que nous vaut votre visite ?

Le Floc’h. (Fier) Oui je sais ! A la différence que, Clint Eastwood est armé, pas moi. Pas pour l’instant en tout cas, mais quand on se retrouve devant un gars comme Bruce Willis, le Marcel d’à côté, sachant qu’il a un 12, on est à poil ! Pour répondre à votre question, visite de courtoisie parce que la mairie…...

Gisèle. (Le coupe net) Oui, oui, vous l’avez déjà dit….La mairie, visite, patati patata….

Le Floc’h. Veuillez m’excuser ! A force de répéter cette phrase partout où je passe, ça sort automatiquement. Heu ! Votre voisine Julie vous la connaissez bien ?

Gisèle. Gentille fille, célibataire, un peu chabada chabada, elle est là depuis peut elle aussi. On entretien de bonnes relations. Elle semble bien s’entendre aussi avec Marcel. Deux célibataires voyez ce que je veux dire hein ?

Le Floc’h. Heu non ! Depuis peu, dites vous ?

Yvon. Oui, elle est arrivée quelques semaines après Marcel, si je me souviens bien. Elle s’est mise au vert pour le confinement. C’est la résidence secondaire de ses parents. Ça lui change de son appartement en ville, elle est bien mieux ici.

Gisèle. Oui c’est çà, au moins ici, on respire et on est moins stressé. Les chevreuils le prouvent en tous cas.

Yvon. Quoi les Chevreuils ?

Gisèle. Marcel en a vu un dans notre Jardin.

Yvon. Ah bon ?(Il regarde par la fenêtre).

Le Floc’h. Je vous parlais de Julie Le Lenn. Et elle fait quoi de sa journée ?

Yvon. Comme beaucoup, elle télé travaille.

Le Floc’h. Et Marcel vous savez ce qu’il fait ?

Yvon. Lui ? Il travaille devant sa télé. Je déconne. Non franchement aucune idée.

On entend Jeanne crier en off

Jeanne. Y en a marre, je vais encore me rincer à l’eau froide. Papa tu exagères avec la douche.

Yvon. (A le Floc’h) Ma fille Jeanne. (A Jeanne) Hé dis donc, je te rappelle que ta mère est passée avant moi.

Gisèle. Pas gêné le monsieur qui se croit comme en thalasso sous les jets hydromassants hein ?

Yvon. Moi ? Mais non, tu exagères.

Gisèle. Si peu.

Le Floc’h. Ben moi la douche c’est rapide. Mouillage dix secondes. Savonnage, je frotte je frotte je frotte trente secondes, rinçage dix secondes et TERMINÉ. Pensons à la planète. (D’un seul coup autoritaire)Et est-ce que je sens mauvais hein ?(Il s’approche d’ Yvon et Gisèle en levant les bras.)

Yvon  et Gisèle. (Le sentent chacun de leur côté) Non ! Bien sûr que non. On n’a pas dit çà !

Gisèle. Hum ! Ça sent bon, c’est frais...c’est quoi ?

Le Floc’h. Amande salée de chez Herpès.

Gisèle. Bon je vais voir si mes poules ont pondu. (Elle sort avec une boite à œufs).

Un cri venant de l’étage.

Jeanne. AAAAAh Noonnn ! C’est pas vrai (Elle entre en trombe, paniquée une vieille couverture à la main, la jette sur le canapé )Pipooooo s’est échappé

Yvon. Quoi ?

Le Floc’h. Qui çà ?

Jeanne. Pipo mon lapin angora, il a sauté par la fenêtre .

Yvon. Calme toi ! Comment çà, il a sauté par la fenêtre, c’est pas un kangourou quand même. Tu as dû lui faire peur.

Jeanne. (Tombe dans les bras de son père en sanglots.) Bouhouhou Pipo est parti ! Je l’ai trouvé excité, il avait un drôle de regard, il tapait le sol comme s’il faisait de la batterie, puis sans prévenir, il a sauté sur le lit, le bord de la fenêtre, le toit du poulailler et il a disparu.

Yvon. Voilà calme toi, ce n’est rien, il va revenir calme toi, respire, tient assois-toi.

Le Floc’h. Curieux tout de même. Avez vous remarqué s’il souriait ? Je sais c’est idiot, mais comme on m’a rapporté que des chevreuils souriaient après avoir mangé de la salade, on a peut-être une nouvelle forme de COVID qui toucherait les animaux. Curieux, curieux, curieux. Je vais me renseigner.

Gisèle. (Entrant avec sa boîte à œufs) C’est quoi ce cri ?

Jeanne. (Fondant en larmes dans les bras de sa mère) Pipo s’est échappé ! Bouhouhou.

Le Floc’h. (Marmonnant) Un lapin qui saute comme un kangourou, des chevreuils qui se marrent. Bizarre bizarre.

Yvon. Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre.

Le Floc’h. Pardon ?

Yvon. Je plaisante, je faisais référence à la réplique d’un vieux film :«Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre »

Le Floc’h. Je vois que vous êtes cinéphile ?

Yvon : Ah ! Oui ! J’aime bien les chiens.

Le Floc’h. Non, je n’ai pas dit cynophile, çà c’est quand on aime les chiens. Vous aimez le cinéma donc on dit que vous êtes cinéphile.

Yvon. Oui c’est çà ! Ben en fait, j’aime bien les deux.

Le Floc’h. Mais pourquoi vous n’avez pas de chien ?

Jeanne. A cause de Pipo, parce que Papa voudrait un épagneul, un chien de chasse. Incompatible avec un lapin. En attendant Pipo a disparu et je crains pour lui, dehors, seul, sans défense.

La Floc’h. Effectivement c’est dommage.

Jeanne. Quoi dommage ?

Le Floc’h. Qu’à cause du lapin vous ne puissiez pas avoir un chien. Parce qu’un chien, vous le sifflez et il revient, mais un lapin, c’est pas trop…..

Jeanne. (Le coupant) Pas trop quoi ? Dites aussi que mon lapin, est un lapin crétin ?

Yvon. Calme toi ma fille, monsieur Le Floc’h ne veut pas dire çà.

Il veut dire…. qu’on n’a jamais vu un lapin de chasse, un lapin.policier, un lapin.de garde tu vois ce que je veux dire ? en c’est pas un chien.

Jeanne. (S’adressant à Le Floc’h) J’en ai assez ! Je vois que ça n’intéresse personne, mais s’il lui arrive quelque chose je porte plainte pour non assistance à lapin en danger. (Nez à nez avec Le Floc’h et appuyant sur les P elle postillonne) Si vous ne bougez Pas, j’y vais Perso, chercher mon Petit Pipo, jusqu’à PaimPol, s’il le faut. Pigé ?(Elle sort.)

Le Floc’h. (Stoïque, il claque des doigts) Kleenex !

Gisèle. Excusez la, c’est son côté excessif elle tient çà de son père. (Elle lui tend un kleenex) Et dans ces cas là, vaut mieux ne pas insister.

Yvon. Ben tiens ! Il y a longtemps que je n’avais pas eu de compliment.

Le Floc’h. (S’essuyant le visage) Ce n’est pas grave, j’ ai l’habitude, elle le retrouvera son lapin. (Montrant la boite à œufs) Dites Gisèle, vous permettez que je vous appelle Gisèle ? (Gisèle acquiesce) Avec tout ces animaux bizarres, manquerait plus que vos poules pondent des œufs d’or.

Gisèle. On pourrait dire çà, quand on voit la couleur du jaune, çà c’est de l’œuf bio. Je vous en mettrais de côté si vous le voulez.

Le Floc’h. Avec plaisir. Une bonne omelette avec une bonne salade, un régal.

Gisèle. J’en ai aussi, c’est une nouvelle variété, Yvon l’a achetée chez Mouloud, l’épicier.

Le Floc’h. L’épicier ?

Yvon. Oui ! Il en avait tout un étalage, avec un slogan écrit à côté «Avec la salade à Mouloud I feel Good». (diffusion du refrain de la chanson de James Brown) Et ben, franchement ! Franchement….

Le Floc’h. Franchement ?

Yvon. Ben ! Franchement ? Elle tient sa promesse.

Le Floc’h . Elle fait réellement du bien ?

Gisèle. (Pensive) Comment vous dire. Elle a un petit quelque chose que les autres n’ont pas. Difficile à décrire. Vous devriez la goûter.

Le Floc’h. Pourquoi pas. Bon ! Vu l’heure j’irai rendre visite à votre voisine plus tard. Si ma voiture redémarre, ce matin elle a eu quelques ratés. Pour revenir au lapin, (Il sort un carnet) pouvez vous me le décrire.

Yvon. Ben, un lapin quoi ! Blanc ! Avec de grandes oreilles, une petite queue touffue, très poilu.

Gisèle. (A Yvon) Tout ton portrait !

Yvon. C’est drôle.

Le Floc’h. Et il s’appelle comment déjà ?

Gisèle. Pipo (Appuyant sur les P elle postillonne) P.I.P.O. (Le Floc’h évite les postillons...

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Yvon Le Drennec Homme • Adulte
Jovial, spontané, a du mal à "canaliser" ses émotions.
Gisèle Le Drennec Femme • Adulte
Épouse d'Yvon, femme de caractère. Tempère la spontanéité de'Yvon.
Jeanne Le Drennec Femme • Adulte
Jeune fille de son époque. Étudiante.
Michel Homme • Adulte
Jeune facteur, petit ami de Julie. Sympa.
Marcel Homme • Adulte
Voisin immédiat des Le Drennec. Surnommé Adolf parce qu'il a une mèche de cheveux plaquée sur son front. Bougon, rarement drôle.
Julie Femme • Adulte
Fille de bonne famille. voisine immédiate des Le Drennec.
Le Floc'h Homme • Adulte
Policier municipal. Sympa, mais professionnel. Peut être interprété par une femme.
Intérieur d\'un salon salle à manger. Côté jardin, la table de la salle à manger 4 chaises, largeur vers le public au fond la porte de la cuisine. En fond de scène côté jardin la porte de la salle de bain, puis un buffet, la porte d'entrée vitrée au centre. A sa droite une fenêtre. Côté cour, au fond le couloir accès à l'étage, puis la porte du placard. Un canapé placé en biais avec une table de salon. Il faut que la porte d'entrée soit bien visible du public.

Posté le 7 mai 2026 par Ronan

Ronan
Ronan

Acteur amateur. Premiers pas dans l’écriture.

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