C’est pas permis !

Toutes les troupes d’amateurs qui ont pris plaisir à jouer “Clercs de l’urne” seront ravies de retrouver La Gustine et la Tonine, la première toujours aussi remuante, bavarde et peu futée, la seconde toujours abominablement sourde. Cette fois, elles font une irruption pittoresque et inattendue à l’auto-école, en plein cours de code, alors que le moniteur a déjà fort à faire, malgré sa patience, avec des “élèves” assez peu doués et farfelus, à l’instar de cette Mme Laplume qui tente de passer son permis pour la… douzième fois ! Bien sûr, la Gustine et la Tonine ne comprennent rien à ce “conduit de permire” qui ne s’achète pas, ou plus exactement comprennent tout de travers, ce qui engendre de cocasses malentendus. Ni les explications théoriques, ni les travaux pratiques ne parviennent à les “mettre dans le coup”. Désespérant ! Sauf pour les spectateurs qui se régalent ! Les gags et les quiproquos s’enchaînent en effet à un rythme ébouriffant jusqu’au coup de théâtre final que vous découvrirez à la lecture. Sachez simplement que le moniteur s’est bien épuisé pour rien. Le public sera, lui aussi, épuisé, mais de rire !
N.B : Trois rôles importants. Le nombre et le sexe des rôles, relativement secondaires, peuvent être modifiés en fonction de l’effectif de la troupe.

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Au lever du rideau, plusieurs candidats et candidates au permis de conduire (cf. liste des personnages) sont installés sur des sièges dans la « salle de cours » de l’auto-école. Sur la droite, face à eux, le moniteur, placé près du projecteur de diapos, une baguette à la main, explique d’un ton très pédagogique… Sur l’écran est projetée la diapo n° 1 « stationnements ».

LE MONITEUR : Alors, lorsque la réglementation concernant le stationnement s’applique à toute une zone, la signalisation est implantée dans chaque rue à son point d’entrée dans la zone… (Manifestement, ces propos ne semblent guère inspirer les « élèves ». Le moniteur s’en aperçoit.) C’est compris Mademoiselle Moulin ?

Mlle MOULIN : Euh !… oui… oui. Enfin…

LE MONITEUR : La signalisation n’est pas répétée le long des rues de la zone concernée qui peut s’étendre à la totalité d’une agglomération. Faites-y bien gaffe, à ça ! N’est-ce pas Madame Créfond ?

(Mme Créfond, inattentive, était en train de vérifier son maquillage.)

Mme CREFOND : (surprise) Ouais, ouais !

LE MONITEUR : Vous me dites bien « ouais-ouais » mais la dernière fois, ça ne vous a pas dérangée de stationner devant une porte cochère !

Mme CREFOND : Ben… L’Inspecteur m’avait dit de m’arrêter.

LE MONITEUR : Mais il le fait exprès pour voir comment vous réa-gissez !

Mme CREFOND : Ben oui, mais…

LE MONITEUR : (coupant court) Ah ! Autre chose ! (Il éteint le projecteur et s’empare de son Code Rousseau.) Les dépassements. Revoyons un peu les cas où l’on ne peut pas dépasser. Monsieur Bonnenfant ?…

  1. BONNENFANT : (hésitant) D’abord, quand y a le panneau…

LE MONITEUR : Bien sûr ! Et puis ?

  1. BONNENFANT : En haut d’une côte.

(Les autres approuvent d’un hochement de tête.)

  1. GERAUD : (subitement inspiré) Dans un virage… Quand c’est qu’y a une ligne continue.

LE MONITEUR : Oui, bien ! Et puis ?… (Silence) Mademoiselle Morillot ?

Mlle MORILLOT : …

LE MONITEUR : Alors, Mademoiselle Morillot, quand est-ce qu’on ne peut pas dépasser ?

Mlle MORILLOT : (c’est visiblement la cruche de la bande) Ben… quand on va pas assez vite !

(Les autres rient.)

LE MONITEUR : Ah ! Ça !…

Mlle MORILLOT : (on tente de lui souffler) Ou alors, quand c’est que la bagnole qu’est devant, elle va trop vite et que…

(On frappe.)

LE MONITEUR : Entrez ! (Entrée de Mme Laplume, très excentrique et qui, de plus, n’a pas inventé l’eau chaude.) Ah ! Madame Laplume ! Alors ?…

Mme LAPLUME : (l’air ennuyé) Ben…

LE MONITEUR : Ben quoi ? Ça fait la onzième fois que vous le passez ce permis ! Vous n’allez pas me dire que vous l’avez encore loupé ?

(Les candidats pouffent plus ou moins ouvertement.)

Mme LAPLUME : Ouais, mais… C’est la faute à l’Inspecteur, aussi ! (Elle prend un air indigné.)

LE MONITEUR : Ah oui ?… Encore ?

Mme LAPLUME : Au début, ça allait super ! Pourtant j’étais « cripsée » ! Alors il m’a dit comme ça : « Détendez-vous, Madame ». Alors je me suis « détendée ». Et c’est vrai, ça a démarré vachement bien. J’ai juste éraflé un fourgon bleu avec mon rétro, là, devant la boucherie, en allant vers la poste.

LE MONITEUR : (stupéfait) Mais… avec votre rétro de gauche ?

Mme LAPLUME : Oui, mais à peine, hein ! Parce que j’avais pris le virage, juste avant, un peu… un peu large.

LE MONITEUR : Ah, ben ! Je me doute ! Et c’était quoi comme fourgon ?

Mme LAPLUME : Ah ! Je l’ai bien reconnu. C’était celui des flics. (Tout le monde s’esclaffe. Mme Laplume croit que c’est le mot « flic » qui choque) Enfin, des gendarmes, si vous préférez.

LE MONITEUR : (catastrophé) Oh la la la la !… Et l’Inspecteur, qu’est-ce qu’il a dit ?

Mme LAPLUME : Pareil que vous : « Oh la la la la ! » Mais c’est pas grave ! Les gendarmes l’ont pas vu. Ils étaient au bistrot. J’en suis sûre, je les ai vus, juste après, quand mon pare-chocs a renversé les pots de fleurs devant le Bar des Sports. (Les « élèves » de l’auto-école rient de plus belle.) ça a fait du bruit, alors ils sont sortis pour voir.

LE MONITEUR : Oh la la la la !… Mais c’est pas vrai !

Mme LAPLUME : Si ! Mais c’est après que l’autre, il m’a fait tromper, là ! Il m’a dit : « Tournez là, à gauche. »

LE MONITEUR : Où ça, « à gauche » ?

Mme LAPLUME : Dans la petite rue, là où qu’y a la crémerie d’un côté et la marchande de légumes de l’autre.

LE MONITEUR : (de plus en plus sidéré) Et vous n’avez pas vu le panneau ?

Mme LAPLUME : Ben si !

LE MONITEUR : Et comment il était fait, ce panneau ?

Mme LAPLUME : (mimant) Rond, comme ça… Rouge, avec un trait blanc en travers.

LE MONITEUR : Et ça, vous ne savez pas que ça veut dire « sens interdit » ?

Mme LAPLUME : Ah ! ben… Vous êtes marrant, vous ! J’ai pas eu le temps de calculer.

(Mlle Moulin éclate de rire.)

LE MONITEUR : Mademoiselle Moulin, je vous en prie. On va vous voir à l’œuvre bientôt. (A Mme Laplume) Et alors, là, l’Inspecteur…

Mme LAPLUME : Quand il a vu le gros camion en face qui faisait des appels de phares et qui klaxonnait, il m’a fait arrêter et il est descendu.

LE MONITEUR : Je comprends ! Et qu’est-ce qu’il a dit ?

Mme LAPLUME : Rien du tout. Il était tout blanc. Il avait pas l’air dans son assiette… Il est parti mais vous savez, la feuille rose que vous disiez… Eh...

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