Charlie et ses drôles de femmes

Charles invite sa nouvelle fiancée Clara, 25 ans plus jeune que lui à habiter dans son château. Le problème, c’est qu’il y héberge déjà sa première ex-femme. Il fait tout pour cacher la vérité à Clara, mais qui est vraiment le plus menteur des deux ?

Lire le texte intégral

ACTE 1

scène 1

(Ernestine est seule en scène. Elle passe le plumeau et range quelques affaires sur un petit fond de musique tout en chantonnant).

CHARLES (off) - Nénesse !

ERNESTINE - Ouais !

CHARLES (off) - Où es-tu ?

ERNESTINE - Au salon !

CHARLES (off) - Que fais-tu ?

(Charles entre sur scène en robe de chambre par la porte 2).

ERNESTINE - A ton avis Charlie, qu'est-ce qu'une « bonne » peut bien faire dans un salon quand « Monsieur » attend la venue de sa nouvelle « conquête » ?

CHARLES - Oh ! Je t'en prie, Nénesse, ne joue pas à ça avec moi ! Clara n'est pas ma nouvelle conquête. C'est la femme de ma vie que je compte bientôt épouser.

ERNESTINE - Ouais ouais ouais... Comme les onze précédentes !

CHARLES - Eh bien oui ! Je suis comme ça, moi. Un éternel romantique. Amoureux onze fois, marié onze fois.

ERNESTINE - Et bientôt divorcé douze. Mais c'est bien, mon Charlie, tu avais déjà une équipe de football féminin. Avec la nouvelle, tu commences à avoir des remplaçantes.

CHARLES - Ne te moque pas. Tu sais bien que je ne vis que pour l'amour.

ERNESTINE - Tu es vraiment un cœur d'artichaut ! Tu changes tout le temps. Quand la passion commence à se transformer en routine, tu arrêtes tout et tu passes à autre chose. Tu papillonnes, Charlie, tu papillonnes.

CHARLES - Pour moi, l'amour n'a pas de raison d'être sans passion. La vie est trop courte.

ERNESTINE - Il y a pas que la passion. Regarde, moi. Je suis avec la même personne depuis mes vingt ans, et je l'aime toujours. Seulement, il faut accepter d'être sage avec le temps, et que la passion se transforme en profonde tendresse. C'est ça, l'amour.

CHARLES - Très peu pour moi ! Je m'ennuierais tellement si je n'avais pas sans cesse ces papillons dans le ventre, ce cœur qui bat fort, cette fébrilité permanente, ce bonheur excitant...

ERNESTINE - T'es plus un ado, Charlie. Va falloir mûrir un peu.

CHARLES - C'est un peu tard, à mon âge.

ERNESTINE - Tu fais bien de parler d'âge. La petite nouvelle, elle a combien de moins que toi, tu m'as dit ? 30 ans ?

CHARLES - N'exagère pas ! Elle n'a que 25 ans de moins que moi.

ERNESTINE - Ouais ouais ouais. Moi, je trouve ça bizarre qu'une jeunette s'amourache d'un vieux riche comme toi. Comme on dit, il y a anguille sous cloche.

CHARLES - Sous roche !

ERNESTINE - Si tu veux. Et qu'en pense madame Brigitte ?

CHARLES - Je ne vois pas en quoi l'âge de ma douzième future femme regarde ma onzième ex-femme.

ERNESTINE - Comme ton ex-femme habite encore ici, ça l'intéresse peut-être de connaître celle avec qui elle va partager les lieux. D'ailleurs, ta promise, elle en pense quoi, elle, de cette situation ?

CHARLES - Rien.

ERNESTINE - Rien ?

CHARLES - Je ne lui ai encore rien dit.

ERNESTINE - T'es un lâche, Charlie !

CHARLES - Je t'en prie Ernestine...

ERNESTINE - Ernestine ? Quand tu m'appelles comme ça en privé, c'est que je t'ai piqué au vif.

CHARLES - Ce n'est pas une question de lâcheté, Nénesse. Il faut simplement trouver le bon moment pour en parler. Et je ne l'ai pas encore trouvé.

ERNESTINE - Si tu ne tires pas cette affaire au clair rapidement, ça risque de faire des étincelles.

CHARLES - Mais je n'ai rien à me reprocher. Tu sais bien que j'héberge Brigitte pour la dépanner. Seulement le temps qu'elle trouve un nouveau logement.

ERNESTINE - Ouais ouais ouais... T'es vraiment trop gentil avec elle. Un an que vous êtes divorcés. Et elle est toujours là. Je suis pas sûre que ta Clara va beaucoup apprécier.

CHARLES - J'ai un peu de temps pour préparer le terrain. Brigitte est sur le point de partir quelques jours et Clara n'arrive qu'en soirée.

ERNESTINE - Attention Charlie. Un jour, tes mensonges te perdront.

CHARLES - Ce n'est pas vraiment un mensonge. Clara le sait que j'ai été marié plusieurs fois.

ERNESTINE - Je parlais de madame Brigitte qui est toujours là. Et puis aussi, cette façon qu'on a de se parler. C'est du grand n'importe quoi. On se connaît depuis qu'on est gamins, mais dès qu'il y a quelqu'un avec nous, et vas-y que je te donne du « Monsieur », et que je te dise « vous » !

CHARLES - Mais Nénesse, on fait ça depuis toujours ! Tu ne vas pas tout remettre en cause. Tu sais bien, quand j'ai repris la fortune de mes parents, je t'ai prise comme employée de maison comme tes parents l'étaient pour les miens.

ERNESTINE - Ça n'empêche pas de nous parler normalement.

CHARLES - Les convenances, Nénesse, les convenances ! J'ai une image à conserver, moi !

ERNESTINE - Tu parles, Charles ! J'ai l'impression que tu es Zorro et moi Bernardo.

CHARLES - Je n'ai rien d'un héros masqué, et entre nous, tu es beaucoup plus bavarde que Bernardo.

ERNESTINE - C'est ça, moque-toi ! Je retourne à mon ménage puisque c'est comme ça.

(Elle sort par la porte 3).

CHARLES - Bien, je vais m'habiller.

(Il sort par la porte 2).

Scène 2

(Brigitte entre par la porte 4).

BRIGITTE - Ernestine ? Ernestine ?... C'est pas possible ! Charles ?... Charles ?... Décidément, ce château n'héberge que des fantômes. Il faut tout faire soi-même ici.

(Elle sort par la porte 3. On sonne. Un temps, puis on sonne à nouveau. Un temps, puis Brigitte revient par la porte 3 en portant d'une main un plateau avec une théière et une tasse. Elle ouvre la porte d'entrée à Clara).

CLARA - Je suis bien chez Charles ?

(Clara entre sur scène sans demander la permission).

BRIGITTE - Bonjour.

CLARA - Comment ?

BRIGITTE - Je dis « bonjour ». Quand on parle à quelqu'un, on dit d'abord « bonjour ».

CLARA - Ah ! Heu, si vous voulez. Alors, est-ce que Charles est là ?

BRIGITTE - Je n'ai pas entendu.

CLARA - Quoi ?

BRIGITTE - Le mot magique.

CLARA - (en aparté) Mais où je suis tombée, là ?

BRIGITTE - « Bonjour ».

CLARA - (renfrognée) Bonjour !

BRIGITTE - Voilà ! Bonjour !

CLARA - Alors maintenant, pouvez-vous me dire où est Charles ?

BRIGITTE - Ça dépend. Qui le demande ?

CLARA - On ne vous a pas mise au courant ?

BRIGITTE - Euh... Non !

CLARA - Quelle délicatesse ! Je suis Clara.

BRIGITTE - D'accord... Et ?

CLARA - Je suis la petite amie de Charles.

(Brigitte, sans voix, laisse tomber le plateau). Ça a l'air de vous faire de l'effet.

BRIGITTE - En effet, ça me fait de l'effet.

CLARA - Eh bien vous n'avez plus qu'à aller vous chercher un autre thé. Pour moi, ce sera un café. Je n'aime pas trop le pisse-mémé.

BRIGITTE - Pour qui me prenez-vous ?

CLARA - Eh bien ça saute aux yeux. Vous êtes la domestique.

BRIGITTE - Pardon ? PARDON ?

CLARA - La femme de ménage, si vous préférez.

BRIGITTE - Vous plaisantez ? Vous savez qui je suis ? VOUS SAVEZ QUI JE SUIS ?

CLARA - Ce n'est pas la peine de monter sur vos échasses.

(se résignant) Excusez-moi, je ne voulais pas vous vexer.

BRIGITTE - C'est loupé ! Et pour votre gouverne, chère madame, je ne suis pas la femme de ménage de Charles. Je suis son ex.

(Elle tourne les talons et quitte la scène par la porte 4).

CLARA - Eh bien, chapeau ! Je vois qu'on sait recevoir ici. En plus, qu'est-ce qu'elle fiche encore ici si c'est son ex-femme de ménage ?

Scène 3

(Charles entre habillé par la porte 2 et est surpris de voir Clara).

CHARLES - Clara ! Mais que tu fais là ?

CLARA - (renfrognée) Quel accueil ! Ça fait plaisir.

CHARLES - Ne le prends pas mal, ma chérie. C'est juste que je ne t'attendais que ce soir.

CLARA - J'ai pu me libérer plus tôt. Mais ça semble te déranger ?

CHARLES - Mais non, mon cœur, excuse-moi. Allez ! Un petit bisou pour me faire pardonner.

(Il s'approche de Clara avec l'intention de la prendre dans ses bras).

CLARA - Non Charles ! Tu sais bien ce qu'on s'est dit : pas avant le mariage.

CHARLES - Oui ma chérie, mais ça commence à faire long.

CLARA - C'est notre deal, Charles ! C'est à prendre ou à laisser.

CHARLES - Alors fixons la date au plus vite. Je vais demander à mon employé de maison de...

CLARA - (le coupant net) Ton employée de maison ? Ta « domestique » ! Cette espèce de créature sans aucune manière ?

CHARLES - Je préfère employée de maison. Mais qu'est-ce que tu racontes ?

CLARA - A peine je me suis présentée, ton employée a laissé tomber le plateau...

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Connectez-vous pour lire la fin de ce texte gratuitement.


Posté le 29 juillet 2026 par Eric Tessier

Eric Tessier
Eric Tessier

Auteur de chansons et de théâtre, mes pièces ont pour but de faire rire, avec des personnages cocasses dans des situations loufoques. J'espère que vous aurez plaisir à les jouer.

Voir le profil

0 commentaires

Ajouter à une liste
FacebookTwitterEmail
error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut