Coloc à tout prix !
Un salon parisien, une vue imprenable sur la Tour Eiffel, deux collocataires fauchés et une propriétaire qui débarque sans prévenir pour réclamer son dû… ou boire leur thé.
Quand Léna, infirmière exténuée, et Romain, acteur au chômage mais plein de bagout, réalisent qu’ils n’ont plus de quoi payer le loyer, Madame Annette, la proprio un brin fouineuse, décide de louer leur dernière chambre… sans leur demander leur avis !
Défilent alors une galerie de nouveaux “candidats” : un informaticien timide, un couple rêveur, une ex-mannequin prête à tout pour briller encore un peu. Entre mensonges, quiprocos et faux castings photo, la colocation tourne au chaos.
Dans ce vaudeville moderne, chacun se bat pour garder sa place… ou pour en trouver une.
Une comédie vive sur nos petites combines pour rester chez soi… à tout prix !
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ACTE 1
Scène 1 :
La scène s’ouvre sur Romain endormi sur le canapé. Des boites de pizzas et des gobelets un peu partout sur la table basse et sur le sol. On voit qu’il a reçu du monde la veille. Léna rentre du travail. Elle semble fatiguée. Elle porte un thermomètre visible dans sa poche de blouse d’infirmière.
Léna – Hello Romain ! Je suis rentrée !
Léna (soupire, au public, à mi-voix) - Je parie qu’il respire encore !
Elle s’avance vers lui le touche un peu mais Romain ne bouge pas.
Léna – Eh bien, la soirée a été bonne à ce que je vois ! C’est bien connu… quand le chat est à l’hôpital, les souris organisent un festival de la malbouffe, c’est ça ?
Elle ramasse un paquet de chips sur le sol.
Léna (regardant l’heure) – 9 heures ! Hum, ça me semble être l’heure idéale pour se réveiller cher colocataire… et pour me venger !
Elle fait éclater le paquet de chips près des oreilles de Romain, puis pioche dedans comme si elle était au cinéma.
Romain (se réveillant et ayant l’air déboussolé, il prend le premier objet qu’il voit à la main : une banane. Il la brandit telle une arme) – Ah ! Qui est là ? Ne bougez pas ou je tire !
Léna éclate de rire.
Léna – Ah, ah, ah !! Et tu comptes faire quoi avec ton arme pointée sur moi ? Une salade de fruits, un smoothie ou une compote ?
Romain (se prenant au jeu) – Attention Léna, un geste de travers et j’écrase tout ! Et crois-moi, personne ne veut éponger ça !
Léna (moqueuse, les bras croisés) – Des menaces, toujours des menaces. Très bien, mais cette fois-ci, vise au moins la poubelle !
Romain (agitant la banane comme une arme) – Ah ! Tu ne me prends pas au sérieux, hein ? Dernier avertissement… Attention, je compte jusqu’à trois… un… deux…
Léna (avance d’un pas provoquant) – Trois ! Vas-y, tire. Et après, quoi ? Tu manges toutes les preuves ?
Romain (ravi) – Ah enfin une bonne idée ! J’ai une de ces dalles, moi !
Romain déguste la banane.
Léna – Je te croyais plus téméraire que ça ! Alors, elles sont bonnes tes preuves ?
Romain – Oh oui, un délice !
Léna – A ce que je vois la soirée a été agitée et sûrement pas très productive !
Romain – Oh pas plus que ça ! Trois potes, des pizzas, des bières… On a refait le monde, tu connais…
Léna (ironique) – Ah bon, je ne m’en serais jamais douté ! Et la femme de ménage n’a pas pu rester jusqu’à la fin ? C’est ballot quand même !
Romain – Non, figure-toi qu’elle était d’astreinte et elle a été appelé tôt dans la soirée !
Léna – Oui, oui, c’est ce que je vois !
Romain (changeant de sujet) – Alors, ton service à l’hôpital s’est bien passé ?
Léna – Comme d’habitude : trop de monde, pas assez de temps et mon café qui m’attend toujours quelque part entre deux urgences… Mais, je suis encore debout… donc, ça va !
Romain - Ah parfait ! tu es donc d’attaque pour une petite séance de ménage alors !
Léna – N’abuse quand même pas, Romain ! Alors… tu as réfléchi un peu ?
Romain – Mais, je fais que ça réfléchir, moi ! Madame !
Léna (montrant de désordre) – C’est vrai qu’on ne peut pas dire que tu sois le roi de l’action !
Romain (un poil vexé, mais joue le jeu) – Ah ! Pardon ! Madame sauve des vies pendant que moi, j’use mon cerveau. On ne peut pas tout faire en même temps, voilà tout !
Léna (moqueuse) – User ta langue peut-être… mais ton cerveau ? Je t’avoue que je ne vois pas bien comment ! Excuse-moi, mais tu ne ressembles pas à quelqu’un qui a le cerveau en ébullition !
Romain (hausse les épaules, faussement fier) – Mon cerveau est comme moi… économe ! Ça pollue moins !
Léna – Te voilà écolo maintenant, c’est la meilleure ! Et puis, plutôt qu’économe… flemmard me semble être un terme plus approprié à ta personne !
Romain (se penche vers elle, plus tendre) – Flemmard… un peu, c’est vrai … mais surtout… toujours là pour toi !
Léna (s’adoucit mais pique encore) – Oh, c’est trop mignon ! Bon… Met ton corps en action et range-moi ce bazar ! Illico presto !
Romain – Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu attends du monde ou quoi ?
Léna – On peut dire ça !
Romain – Ah ! Laisse-moi deviner… Tu t’es enfin décidé à sortir avec Stéphane, l’ambulancier qui te fait du rentre dedans depuis des mois ?
Léna – Ah, non alors ! Tu sais bien que je ne mélange pas relations professionnelles et sentiments !
Romain – Tu as tord… ça pimenterait tes journées !
Léna – T’inquiète pas pour moi, mes journées sont bien assez épicées comme ça !
Romain – Moi, je dis juste que ça ne te ferait pas de mal d’avoir un homme dans ta vie !
Léna – Mais… je t’ai toi ! Pas besoin d’un boulet de plus !
Romain (vexé) – Sympa !
Léna – As-tu au moins réfléchi à notre dilemme du moment ?
Romain – Tu veux dire choisir entre purée, patates sautées et frites pour le dîner de ce soir ?
Léna – Je te l’accordes… C’est une façon comme une autre de mettre sur la table nos soucis financiers ! Mais, as-tu enfin trouvé une activité…
Romain – … Bien sûr mais j’hésite encore entre course à pied et vélo tout…
Léna (le coupant) – Une activité lucrative, Romain, lucrative !
Romain (revenant à la réalité) – Et bien oui ! J’ai fait quelques casting ce mois-ci, et… sans me vanter… je crois bien que je leur ai tapé dans l’œil ! Tu as devant toi le futur Badman !
Léna – Badman… tu dis ? C’est vrai que tu as la gueule de l’emploi... mais est-ce que tu as signé un contrat au moins ?
Romain (enjoué) – Pas encore, mais ça ne saurait tarder !
Léna – Ecoute Romain, je te l’ai déjà dit cent fois… tant que tu n’as pas de contrat, tu n’as pas d’emploi… et donc pas d’argent !
Romain – Tu es un peu dure sur ce coup-là !
Léna (agacée) – Tu sais ce qui est vraiment dur ? C’est de payer le loyer toute seule ! Alors, si tu veux rester ici, dans cet appartement, creuse-toi les méninges pour trouver un boulot et ramener de l’argent. Madame Annette ne va pas nous faire crédit tous les mois !
Romain – Ouai, je sais bien… Mais t’inquiète, je suis sur une piste !
Léna – Rouge ou noire ?
Romain – Non Léna, pas une piste de ski… une vraie piste, crois-moi !
Léna - Tant qu’on ne finit pas dans le décor, moi ça me va ! (Elle se renifle) Bon, tu sais quoi… je vais prendre une petite douche, je sens l’hôpital à plein nez, et j’ai l’impression que même cette plante verte commence à mourir d’asphyxie… Pendant ce temps, tu me fais disparaitre toutes les preuves de ton orgie en bande organisée d’hier… Et, promis, on discute de ta piste pour renflouer les caisses dans dix minutes ! Ça te va ?
Romain – Oui ! D’accord !
Léna sort de scène direction la salle de bain. Romain se met à ranger sans grandes convictions.
Romain – Bon… Futur Badman qui fait le ménage… Si ce n’est pas un scénario qui vend du rêve, ça !
Scène 2
Romain (faisant une pause, assis sur le canapé) – Ca m’ennuierait de devoir quitter cet appartement. Même si ça me fait mal de l’admettre, Léna a raison. Il faut vraiment que je trouve un moyen d’arrondir les fins de mois !
Soudain, on sonne à la porte.
Romain (au public) – Ah sacrée Léna ! Son rendez-vous est déjà là ! Voyons voir qui elle essaie de me cacher ?
Romain ouvre la porte et Madame Annette entre sans y avoir été invitée.
Romain (gêné devant le désordre et sur un ton sarcastique) – Bonjour Madame Annette, entrez donc, je vous prie !
Madame Annette – Bonjour, Romain !
Romain – Que me vaut le plaisir de vous voir aujourd’hui, Madame Annette ?
Madame Annette – J’ai toujours une bonne raison pour rendre visite à mes locataires !
Romain (en faisant des caisses) – Je n’en doute pas, mais… Laissez-moi deviner, Madame Annette, vous sortez de chez le coiffeur ? Je dois vous avouer que cette nouvelle coiffure vous sied à merveille ! Vous avez rajeuni d’au moins dix ans !
Madame Annette (pas insensible aux compliments) – Quel flatteur vous faites ! Mais non, je ne sors pas de chez le coiffeur !
Romain – Non ? Pourtant j’aurais pu le parier ! Alors… vous revenez de chez l’esthéticienne ? Votre teint est éblouissant !
Madame Annette (amusée) – Non plus ! Mais c’est vrai que je prends grand soin de ma peau !
Romain – Et c’est nous qui en profitons ! Quel bonheur vous nous faites là, Madame Annette !
Madame Annette (tout sourire) – Et vous, vous êtes un beau flatteur !
Romain – Mais c’est un honneur que de vous plaire !
Madame Annette (redevenant plus sérieuse) – Malheureusement, je viens vous voir pour une affaire plus sérieuse et pressante !
Romain – Sérieuse et pressante ? Dites-vous ? Permettez-moi de vous offrir une tasse de thé, Madame Annette ! Asseyez-vous, je vous prie ! Vous serez plus à votre aise.
Madame Annette – Merci, mon cher Romain !
Romain constate qu’il y a toujours du désordre, il essaie de ranger rapidement et discrètement pour faire une place à Madame Annette.
Romain – Voulez-vous, euh… une part de pizza, Madame Annette ?
Madame Annette (surprise) – Comment ?
Romain (se rattrapant) – Euh… une barre de nougat… Voulez-vous une barre de nougat, Madame Annette ? (Au public) Ca adoucit les fins de mois, parait-il !
Madame Annette – Oh, vous êtes trop bon, mon cher Romain… Mais mon diabète, lui, a déjà touché sa pension sucrée ! Alors je me contenterai de vous regarder le croquer…
Romain – Je ne peux pas croire qu’une femme aussi radieuse que vous puisse se faire attaquer par ce vilain diabète !
Madame Annette – Et pourtant, le vilain me traque depuis quelques années déjà !
Romain - C’est insensé de s’en prendre à une femme aussi douce, aussi bonne, aussi patiente, aussi compréhensive que vous, Madame Annette !
Madame Annette – Il est vrai, mon cher Romain, il est vrai !
Romain – Je ne vous propose pas de sucre dans votre thé, alors ?
Madame Annette – Sûr que non ! Avez-vous seulement du miel ?
Romain – Sûr que oui, Madame Annette !
Madame Annette – Servez m’en deux cuillérées, s’il vous plait !
Romain – Il me plaît, Madame Annette, il me plait de vous plaire (Au public, en souriant) Enfin, j’espère que ça me vaudra plus qu’un crédit en miel…
Romain lui sert son thé avec le miel demandé.
Madame Annette – Romain, vous savez que je vous apprécie grandement…
Romain (au public, tout excité) – Ça marche ! (A Madame Annette) – Mais tout comme moi Madame Annette…
Madame Annette - … mais, vous et Mademoiselle Léna, vous êtes en retard sur le paiement de votre loyer ce mois-ci !
Romain (Au public) – Moi qui croyais qu’un compliment coûtait moins cher qu’un virement… (jouant la comédie) – Vraiment ! Mais quelle honte ! Quelle infamie ! Ceci est une erreur regrettable ! Je vous présente mes plus sincères excuses et je vais de ce pas remédier à ce fâcheux malentendu !
Madame Annette – Je sais que votre métier de saltimbanque...