ACTE I
Scène 1
Juliette et Augustin, un livreur de vin puis Adélaïde et Paulo.
L’histoire se déroule en 1957 le jour du 14 juillet. Au lever du rideau, la scène est vide. C’est l’aube, les rayons du soleil commencent juste à illuminer la place on entend le chant du coq, l’Église sonne 6 heures. Juliette et Augustin apparaissent dans une lumière faible ils se tiennent par la main, s’arrêtent et s’embrassent.
Juliette : Oh mon Augustin ! Que cette nuit fut belle !!
Augustin : Hein quoi ! Ah oui une belle nuit, un ciel bien dégagé, on voyait toutes les étoiles ! c’était beau ! Pas un nuage ! Mon vieux une belle nuit !
Juliette(très amoureuse) : Oui, oui bien sûr les étoiles ! Que tu es romantique mon Augustin, mais je te parle de la nuit, de notre nuit , tous les deux dans la paille, dans la grange du Père Mathurin ...hum..quel fougue ! Quelle passion ! Augustin je t’aime !!
Augustin (pas à l’aise, se gratte partout) : Oui moi aussi Juliette moi aussi, je t’aime...oh bon sang ça me gratte...je dois avoir encore de la paille coincée dans ma culotte ….
Juliette (dans ses pensées) : Tu es si doux, si prévenant, si tendre, si romantique….
Augustin : Bon sang que ça me gratte le cul…..
Juliette : Augustin, mon Augustin, tu es l’homme de ma vie, je t’aime, tu veux bien m’épouser ? Mon Apollon, mon cupidon !!!
Augustin : Ah non Juliette…. moi c’est Augustin pas Cupidon !!!
Juliette : Mais enfin Augustin, je le sais bien... Cupidon c’est l’ange de l’amour ! Hein mon petit ange...mon Cupidon!!!
Augustin (qui n’a rien compris) : Ah d’accord l’ange de l’Amour !(fougueux d’un coup) AH, Ah viens ici ma Cupidonne !!!
Juliette : Ah non non Augustin, ce n’est pas possible, il n’y pas de Cupidonne !
Augustin ( ne comprend toujours pas) : Ah bon, y a pas de Cupidon fille ??...
Juliette ( très tendre avec lui ) : Mais non Cupidon c’est un ange, c’est une allégorie si tu veux …
Augustin : Une allé...go...quoi ????
Juliette : une image... qui représente l’amour, Cupidon c’est l’ange qui représente l’amour mais il n’est ni fille ni garçon, les anges n’ont pas de sexe, c’est bien connu enfin !
Augustin(interloqué) : Quoi les anges n’ont pas de sexe !!! bah comment font-i alors pour pisser ??
Juliette : Oui bon Augustin, on parlera de ça une autre fois, donc c’est d’accord hein on dit à nos parents qu’on s’aime et qu’on veut se marier ! Tu as bien compris Augustin ?
Augustin (embêté) : oui, oui j’ai compris mais avec la mère ça va pas être commode !! oh là là comment je vais lui dire ?...parce que la mère Adélaïde elle est pas facile tu sais ! Toujours à me gueuler dessus, allez Augustin au boulot, oh quel empoté tu fais, allez feignant plus vite le boulot va pas se faire tout seul…….(tout à coup une pensée l’inquiète, il devient tout blanc de peur)….et en plus Juliette on est pas majeurs on n’a pas 21 ans...il va falloir l’accord de nos parents….oh là là la tuile !!!
Juliette (maline) : T’inquiète pas pour ça mon Augustin, si je suis enceinte on aura pas de souci !
Augustin : Quoi déjà !!! en une nuit ! Eh ben mon vieux ça va vite !!!
Juliette : Mais non ce que je veux dire c’est que si je dis à mon père que je suis enceinte, on va aller tout droit chez le Père Loïc pour un beau mariage, une fille-mère à Baloche les Olivettes, t’imagines le scandale, et en plus la fille du maire !!!
Augustin : Ah bon, tu m’as fais peur, je pensais pas que ça allait aussi vite...(réfléchissant) quoi qu’une fois le père Mathurin il a mis qu’une une fois la noiraude dans le pré avec le taureau, le gros Marcel, et ben le 1er coup c’était le bon !!!!
Juliette(un peu gênée) : oui hum...hum….j’aime bien la comparaison Augustin, c’est bucolique….bon allez...(approchant ses lèvres d’Augustin, se cambrant)... un petit bisous avant de se quitter…
Augustin ( faisant de même cou tendu, lèvres avancées et cul en l’air)
Tout à coup un livreur de vin, avec son tricycle, percute le fessier d’Augustin pendant que les amoureux s’embrassaient.
Scène 2
Le livreur, Augustin et Juliette
Le livreur : Eh ben, Eh ben….attention les amoureux, eh dites donc faut me faire de la place c’est que je travaille moi !!!
Augustin : eh ben dites donc vous pouvez pas faire attention avec votre machine non, pour un peu il m’embrochait l’idiot ! Non !!!
Le livreur : Ah pardon mon petit gars, pardon, mais faut que j’aille livrer moi et je suis déjà point de bonheur !!!
Juliette s’en va vers la porte de la maison des Tourquendieu sur le seuil elle fait un petit signe de la main et lui envoyant des baisers, Augustin fait de même.(Ils ont l’air très niais).
Le livreur : Eh petit, tu me donnerais pas la main, c’est que c’est lourd ces bouteilles !!! et en plus elles sont pleines !!!
Augustin : Et bien oui il faut bien qu’elles soient pleines pour que mon père les vident dans le verre des clients….mon père il dit toujours….plein je te vide...vide je te plains….
Le livreur : Et ben dis donc c’est un poète ton père !
Augustin : P’tête bien, mais j’ai jamais rien compris à c’te phrase !!!! ( essayant de comprendre...en vain...) plein, je te vide, bon d’accord… mais vide je te plains, je te plains de quoi… ?? faudrait dire je te remplie non ???
Le livreur : Oui bon attrape ça mon garçon (lui tend une caisse) et laisse tomber la poésie c’est trop compliquée pour nos pauv’ cerveaux !
Augustin : OK chef !
Scène 3
Le livreur, Augustin, Adélaïde et Paulo
A ce moment Adélaïde sort du café. Un châle sur les épaules.
Adélaïde : Ah tu es là Augustin ! Qu’est ce que tu fais mon garçon ?
Augustin : Bah j’aide le môssieu à sortir les caisses de vin pour papa !
Adélaïde : Ah oui oui, très bien, bon cela dit le livreur il est payé pour ça hein ! Et ça m’étonnerait qu’il te donne la pièce, radin comme il est celui là !!
Regard noir du livreur qui baisse la tête.
Le livreur : Oui t’inquiète mon petit gars...pas ça va aller ! Je vais me débrouiller tout seul maintenant !
Adélaïde (d’un ton ferme) : oui je pense que c’est mieux hein !(changeant de ton) Mais tu es déjà levé toi Augustin ? D’habitude tu te lèves plus tard ?
Augustin : Oh bah oui je suis déjà levé c’te blague, pour la bonne et simple raison que je ne me suis pas couché !!(riant naïvement sans comprendre ce qu’il se passe) Ah ah ah…. ! Et ben non je me suis pas couché !
Adélaïde ( ton inquisiteur) : Comment ça pas couché ! Mais enfin ce n’est pas possible ! Où étais tu cette nuit ?
Augustin (toujours naïvement ) : Hein ??!!...bah j’étais dans la grange du père Mathurin …
Adélaïde ( de plus en plus inquiète ) : QUOI !!! dans la grange du Père Mathurin !!! toute la nuit !! et avec qui s’il te plaît ??
Augustin (de plus en plus piteux) : Avec qui ??? heu….heu….comment ça avec qui ???….
Adélaïde. : Oui avec qui !!!! ( elle crie) Y avait qui dans cette grange !!???
Augustin ( très naturel mais de plus en plus angoissé) : Heu bah en bas... y avait les moutons du père Mathurin ….
Adélaïde (de plus en plus énervée) : Mais bon sang de bon sang je ne te parle pas des moutons du père Mathurin….je m’en fous moi de ses moutons….et arrête de te toucher le kiki !!! c’est insupportable ! Elle va pas tomber non?? Bon alors j’attends !
Augustin : Bah quoi ?
Adélaïde. (autoritaire) : Avec qui as-tu passé la nuit Augustin ?
Augustin : Bah avec une fille tiens ! c’te blague !
Adélaïde : Non mais je rêve, une fille !!!...a tout juste 20 ans et ben c’est du propre !
A ce moment Paulo sort du café.
Paulo : Mais bon sang, qu’est ce que tu as à gueuler comme ça ce matin ! Tu vas réveiller tout le village !!!
Adélaïde (avec aplomb) : Ce que j’ai !!??? Ce que j’ai ??!!! et bien j’ai, mon cher mari, que ton fils a découché cette nuit voilà ce que j’ai , et il a passé la nuit avec une fille voilà ce que j’ai !!!
Paulo : Ooohhh c’est qu’ça ? oui, oui bon et alors, c’est pas une catastrophe non, faut bien qu’il s’amuse un peu non c’est de son âge !
Adélaïde : Qu’il s’amuse !! Non mais on aura vraiment tout entendu !!! Arrivés en 1957 pour attendre ça ! Qu’il s’amuse, ah ben c’est ça alors ! Amusons nous !!! Tu m’étonnes que tout part à vau-l'eau maintenant ! Non mais tout juste 20 ans et il s’amuse !!!
Paulo (l’œil malicieux) : Dis donc Adélaïde, tu veux que je te rappelle l’âge que nous avions nous deux quand nous sommes allés pour la première fois dans la grange du père Mathurin ???
Adélaïde (gênée) : Oui bon ça va... ça va, de toute façon ça n’a rien à voir….rien à voir….c’était une autre époque !
Paulo (souriant content de son coup ) : ouais c’est ça AH AH AH !!! une autre époque...ouais...ouais….
(puis il vaque à ses occupations entrant et sortant du café et montant à l’échelle pour aller à son enseigne mais qui est dissimulé sous un drap pour l’instant)
Scène 4
Adélaïde et Augustin
Augustin ( profitant que sa mère soit un peu plus adoucit) : Man ?
Adélaïde : oui Augustin.
Augustin : Je peux de poser une question s’te plaît ?
Adélaïde : oui vas y mon grand ! (en aparté) je crains le pire !….
Augustin : Comment qu’on qu’sait quand on est amoureux ?
Adélaïde ( toujours en aparté ) : Ah ouf….j’ai eu peur….(Haut).. Ah ça c’est une bonne question Augustin...comment sait-on qu’on est amoureux… ? Et bien tu vois ça se ressent plus que ça ne se décrit….(un temps, on voit qu’elle pense à elle, elle ferme les yeux)….On a des papillons dans le ventre, le cœur qui bat fort fort fort si fort qu’il pourrait sortir de la poitrine, on ne pense qu’à lui ou à elle toute la journée, toute la nuit, on aimerait être toujours serré l’un contre l’autre, on est heureux, on voit la vie en rose...tu vois Augustin c’est ce qui se passe quand on est amoureux…
Augustin ( pas sûr d’avoir compris) : Ah d’accord les papillons dans le ventre, la vie en rose…toujours serré….
Adélaïde : Oui c’est ça...c’est tout à fait ça…
Augustin (direct) : En plus ce qu’est bien quand on est amoureux c’est que ça arrête les fulgurances !
Adélaïde (ne comprend pas) : Les quoi ???…..
Augustin (naïf) : les fulgurances !!….(sa mère fait signe qu’elle ne comprend pas) bah oui les gaz, les pets, les ballonnements, les fulgurances quoi !
Adélaïde (venant de comprendre) : Ah les flatulences Augustin, tu veux dire les flatulences !
Augustin : Oui c’est ça les flatulences si tu veux, mais oh c’est pareil !!
Adélaïde (lui faisant la leçon) : Ah non mais ça Augustin ça n’a rien avoir avec l’amour !! Non, non et non !!! Ah non !!! c’est même antinomique !!
Augustin : Antino...quoi ??
Adélaïde : Oui non oublie...ce que je veux dire c’est que...(lyrique)…. l’amour c’est la brise qui souffle doucement dans les feuilles des arbres , c’est une rose qui éclos au soleil, c’est le blé doré dans les champs, c’est le chant des oiseaux, ce sont les anges qui….
Augustin (la coupant) : Ah oui les anges !! j’en ai déjà entendu parlé ….cul bidon ! Oui oui oui…
Adélaïde : Quoi ?! Qui ça ?
Augustin : Bah oui quoi ! Cul bidon ! l’ange de l’amour celui qu’a pas de sexe ! Je me demande d’ailleurs toujours comment il fait pour pisser c’ui là ! Cul bidon quoi !
Adélaïde(riant) : Cupidon ! Augustin ! Cupidon ! Pas cul bidon …
Augustin : Oui oh Cupidon si tu veux….
Adélaïde (gentille) : Et au fait j’y pense, comment elle s’appelle cette charmante jeune fille ? Elle doit bien avoir un prénom ?
Augustin (gêné) : Oh Man, ça va pas non ??!! c’est personnel ça !!!
Adélaïde (toujours gentille) : Quoi allez ! Tu peux bien le dire à ta mère ! Ce sera notre secret !
Augustin (direct) : Oh bah ce sera pas secret ben longtemps parce que elle veut s’marier avec moi alors !
Adélaïde(agacée) : Hein quoi déjà !!! Oui bah ça nous en reparlerons hein Augustin, ce n’est pas à l’ordre du jour !
Augustin ( direct et riant ) : Ah bah si c’est à l’ordre du jour, même qu’elle a dit que vous serez ben obligé d’accepter parcqu’elle est enceinte ! Et toc ! Et oui du 1er coup ! Faut le faire hein ! Comme avec la noiraude du père Mathurin ! Pas mal Augustin hein !??
Adélaïde (affolée) : Quoi ENCEINTE !!! tu en es sûr ENCEINTE !!! Paulo !!! Paulo !!! Viens vite !
Paulo (voix off passant la tête) : Quoi qu’est ce que tu veux encore !!!! suis occupé !
Adélaïde : Bon cette fois ci mon petit Augustin, l’heure est grave, je veux savoir tout de suite qui est cette fille tu m’entends !!! TOUT DE SUITE !!!!!
Augustin : Oh de toute façon tu le sauras un jour ou l’autre alors….c’est Juliette ! Voilà t’es contente !
Adélaïde ( un temps….elle est livide) : Juliette…..Juliette…
Augustin : Bah oui Juliette quoi !
Adélaïde (la voix blanche) : Juliette Tourquendieu de la Picaudière ? Juliette Tourqendieu, la fille du maire ?
Augustin : bah oui je connais pas d’aut Juliette….et oui c’est elle et du 1er coup hop !!!!!
Adélaïde ( faisant mille efforts pour ne pas sortir de ses gonds) : Juliette Tourquendieu !!! Oh non, c’est une catastrophe, Juliette Tourquendieu il n’y avait qu’une dans le village et il est tombé dessus !!!!
Augustin(ne comprend pas) : et ouais ! Pas mal hein !
Adélaïde(calme mais colère froide) : Mon petit Augustin, tu vas monter dans ta chambre et tu ne redescendra que lorsque je te le dirais tu m’a compris !!!
Augustin : mais…..
Adélaïde ( pète les plombs levant la main ) : Monte dans ta chambre je te dis !!! tu m’as compris imbécile !!!! Monte dans ta chambre et reste s’y !!!!
Augustin ne demande son reste et rentre à toute vitesse dans le café.
Adélaïde est comme assommée répétant à plusieurs reprises et à mi voix Juliette Tourquendieu, elle s’essuie le front puis se reprenant et se dirige vers la mairie.
Scène 5
Adélaïde, Henriette et Firmin.
Adélaïde frappe à la porte principale de la mairie.
Adélaïde : Eh oh !! ouvrez ! Ouvrez donc !!! y a quelqu’un s’il vous plaît !!! ouvrez c’est important !
La fenêtre de la demeure des Tourquendieu s’ouvre et la tête d’Henriette sort.
Henriette ( peu aimable ) : Et bien, et bien qu’est ce que c’est que ce raffut si tôt le matin ! Non mais ça va pas non ?!!!
Adelaide : c’est moi Madame Tourquendieu !!!
Henriette...