En Scene !!!
Le détective Paul X a toujours rêvé d’être comédien.
Lorsqu’il s’endort il se voit intervenir en tant que détective sur différentes scènes dans différents genres théâtraux : boulevard, farce, tragédie, comédie policière.
Mais sera-t-il accepté par les personnages de théâtre et/ou les comédien(ne)s ou sera-t-il considéré comme un élément perturbateur ?
Quel sera son rôle dans ces différentes scènes ?
Au cours de ses pérégrinations Paul X se demande s’il vit un rêve éveillé et si la réalité théâtrale est pure imaginaire.
Il s’agit dans cette pièce d’aborder différents genres théâtraux et de s’interroger avec humour sur l’art théâtral.
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DISTRIBUTION :
Distribution modulable :
- Certains personnages peuvent être joués par un homme ou une femme
- Un comédien ou une comédienne peuvent jouer plusieurs personnages
PERSONNAGES :
par ordre d’entrée en scène :
Paul X, détective privé (H)
SCÈNE I
Monsieur Un, Mademoiselle Unetelle, Joséphine, Jacques Z
(2 F et 2 H)
SCÈNE II
André, son amie (1F et 1 H)
SCÈNE III
Le roi D’Urubu, la reine D’Urubu, le capitaine Pitaine (2H et 1F)
SCÈNE IV
Le chevalier d’Éon, la comtesse, le comte (1 F et 2 H ou 1 H et 2 F)
SCÈNE V
Juliette, Roméo, Christophe, Lulu (2 F et 2 H)
SCÈNE VI
Oreste, Pylade, Racine, Electre (3 H et 1 F)
SCÈNE VII
Lydia, Eva, Luc, Joachim
(3 F et 1 H)
(Les serviteurs et les journalistes de la scène III peuvent être joués par d’autres comédien(ne)s de la distribution)
SCÉNE I
Paul X : (il répond sur son portable) Mais, mon vieux, c’est fini l’image du détective privé planqué derrière un buisson avec un appareil photo et un magnéto. C’est fini le détective avec sa loupe, fumant la pipe, vêtu d’un trench-coat et portant un stetson sur la tête. Aujourd’hui le détective privé est appelé «agent de recherches privé » ou encore « enquêteur ». Il porte un costume chic, noir de préférence, et se balade avec sa tablette. Il est expert en informatique et est capable de démembrer un ordi pour trouver une information cachée au fond d’un disque dur. Que veux- tu, mon temps est terminé. Mais si. Tu sais vraiment quel métier j’aurais voulu exercer ? Mais non, pas policier. J’aurais voulu être comédien. Oui, comédien, afin de pouvoir jouer différents personnages. Tiens, avec mon profil j’aurais pu être un détective théâtral et mener des enquêtes sur scène. J’aurais pu par exemple enquêter sur les assassinats dans la tragédie grecque ou sur un crime dans le théâtre de boulevard du crime. Ou pourquoi pas être le héros d’une comédie policière ? (déçu) Mais je ne suis que Paul X un petit détective privé qui ressemble à tout le monde. Pourquoi Paul X ? Mais je te l’ai répété des dizaines de fois : c’est pour garder l’anonymat sur toutes les affaires que je traite et pour que mes clients soient assurés de ma discrétion. (Un temps) Enfin mes clients… mes clients se font plutôt attendre ces derniers temps. En ce moment je n’ai aucune affaire en vue. Voilà. Allez, à bientôt, l’ami, merci de ton appel. Oui, oui, tu passes quand tu veux. (pour lui-même et au public) Ah, si j’étais comédien… (Il baille) on peut toujours rêver. Mais le théâtre n’est ce pas un rêve éveillé ? (Il baille) En attendant un éventuel client je vais roupillotter un petit peu. (Le noir se fait sur scène et on entend Paul X ronfler)
NOIR
SCÈNE II
Joséphine, Unetelle, Un, Jacques Z, Paul X
(Entrée de Joséphine, Unetelle, Un, Jacques Z)
Joséphine : Mais quand est ce qu’il va venir ?
Unetelle : Vous êtes sûrs que le casting a bien lieu ici et aujourd’hui ?
Un : Tout à fait.
Jacques Z : (montrant une feuille de papier) Voilà la convocation : cherche personnages pour ma prochaine pièce.
Un : (Il fait des effets de voix) AH ! AH ! AH ! AH ! AH ! OH ! OH ! OH ! OH ! OH !
Unetelle : Vous pensez que ce sont des personnages à voix qu’il cherche ?
Un : Pourquoi ? Vous êtes muette ?
Unetelle : Non, mais je ne suis pas une soprano.
Jacques Z : Chacun doit faire entendre sa voix auprès de lui, voilà tout.
(Entrée de Paul X)
Paul X : (un peu gêné) Bonjour.
Joséphine : Ah, voilà l’auteur !
Un : Enfin ! Ce n’est pas trop tôt.
Unetelle : Nous vous attendions.
Jacques Z : Avec impatience.
Paul X : (étonné) L’auteur ?
Unetelle : L’auteur de la pièce dont nous serons bientôt les personnages.
Un : Evidemment.
Paul X : Vous faites erreur. Je me suis perdu dans les couloirs de mes rêves et je cherche la sortie. Pourriez vous me dire où nous nous trouvons ?
Un : Mais nous sommes sur une scène de théâââtre, Monsieur, et nous attendons l’auteur. Je me présente : Un.
Paul X : Un ? Pourquoi Un ?
Un : Parce que j’étais le premier à arriver. Je devrais donc avoir le premier rôle.
Unetelle : Eh, doucement, c’est peut-être une première rôle que l’auteur a prévu.
Jacques Z : Ou un second rôle qui peut devenir un premier. Vous savez comme on dit souvent : les derniers seront les premiers.
Joséphine : (s’adressant à Un) Et, méfiez vous, les jeunes premiers peuvent devenir des vieux derniers. (Tous rient de Un, sauf Un et Paul X)
Unetelle : (à Paul X) Moi, je suis Mademoiselle Unetelle.
Paul X : Mademoiselle Unetelle ?
Unetelle : Oui, car je n’ai pas encore été distribué.
Paul X : Distribué ? Il y a une distribution ? Une distribution de prix ?
Jacques Z : Pas encore, bien que nous espérions tous obtenir un Molière un jour ou l’autre. En fait il s’agit d’une distribution de personnages et nous ne savons pas encore quel sera notre personnage.
Paul X : (étonné) Ah, oui ?
Joséphine : Moi, c’est Joséphine
Un : Tiens, vous, vous avez un prénom ?
Joséphine : Ben oui
Un : Qui vous l’a donné ?
Joséphine : Ça a toujours été mon prénom.
Un : Depuis quand ?
Joséphine : Depuis… depuis ma naissance
Un : Vous voulez dire depuis la naissance de votre personnage.
Joséphine : Euh… Oui, bien sûr.
Un : Vous connaissez l’auteur de vos jours ?
Joséphine : (gênée) N… Non, pas encore.
Un : Alors qu’est ce que vous racontez ? Il n’y a que l’auteur qui peut vous donner un prénom. Vous avez inventé votre prénom.
Joséphine : (émue) Puisque je vous dis que je m’appelle Joséphine.
Un : On verra ça, quand il sera là.
Paul X : Moi, je m’appelle X.
Unetelle : Vous n’avez pas de nom.
Paul X : Mon nom c’est X.
Unetelle : Mais X est une lettre.
Un : Anonyme…
Jacques Z : C’est normal qu’il s’appelle X, il est comme nous en quête d’auteur. L’auteur lui donnera bien un nom, comme à moi. Je n’ai pas été distribué non plus. Si vous êtes X, je serai peut-être Y ou Z. Pierre …Paul… Jacques
Paul X : Moi, c’est Paul X.
Jacques Z : Eh bien, je pourrai m’appeler Jacques Z ce sera à l’auteur de décider.
Un : (agacé) Il se fait tout de même attendre.
Paul X : L’auteur que vous attendez est il connu ou inconnu ?
Un : Je ne sais pas, je ne le connais pas.
Unetelle : Moi non plus.
Joséphine : Ni moi.
Jacques Z : Ni moi.
Paul X : Alors c’est un auteur inconnu.
Un : Vous vous moquez. Vous croyez que nous serions venus ici pour devenir les personnages d’une pièce d’un auteur inconnu.
Unetelle : Oui, c’est vrai.
(Un court temps)
Joséphine : Je ne sais pas si j’aurai la tête de l’emploi
Paul X : La tête de quel emploi ? Un emploi de bureau ? Un emploi commercial ?
Tous ensemble : Un emploi de théâtre, voyons.
Paul X : Un emploi de théâtre ? Habilleuse ? Ouvreuse ?
Joséphine : Mais non. Je parle des emplois d’ingénue ou de coquette.
Unetelle : Ou amoureuse. Ô comme j’aimerais jouer les amoureuses !
Joséphine : Vous ? Je ne trouve pas que vous ayez la tête de l’emploi.
Unetelle : Et quelle est la tête de l’emploi d’amoureuse ?
Joséphine : Plutôt la mienne.
Unetelle : Vous ? Vous ne ressemblez à rien. Vous avez un visage passe partout.
Joséphine : Vous avez beau faire, je ne me mettrai pas en colère. Mais un visage « passe partout », comme vous dites, permet de faire bonne figure. Moi, je ne suis pas une fille des rues qu’on appelle « Unetelle ». J’ai un prénom, moi.
Unetelle : Un prénom qui ne vous appartient pas.
Jacques Z : Allons, Mesdemoiselles, calmez-vous. Nous ne savons pas encore qui nous serons et pour l’instant nous ne ressemblons à rien c'est-à-dire à monsieur et madame tout le monde. Vous savez bien que c’est l’auteur qui déterminera nos emplois.
Un : C’est tout de même regrettable que ce soit toujours l’auteur qui décide des emplois et des rôles. Nous avons, nous aussi, notre mot à dire sur le personnage que nous devons incarner.
(Un temps)
Jacques Z : Vous avez raison, il faudra lui signifier, car nous sommes capables d’improviser si besoin est.
Tous : Tout à fait.
Jacques Z : Qu’il nous donne un emploi, d’accord, mais nous pouvons avoir notre propre vision de cet emploi.
Un : Bien sûr. Nous pouvons qualifier ces emplois, parce que nous avons de l’expérience tout de même. Nous portons la parole des auteurs, certes, mais l’encre des textes est irriguée de notre sang.
Unetelle : Les mots vivent par notre chair.
Joséphine : Les personnages ont notre cœur qui bat en eux.
Un : Il y a intérêt à ce que ces messieurs les auteurs n’oublient pas cela.
Unetelle et Joséphine : Tout à fait.
Jacques Z : Dites, Paul X, qu’est ce que vous faites dans la vraie vie, quand vous n’êtes pas un futur personnage de théâtre.
Paul X : Je suis détective.
Jacques Z : Détective. Le détective vient ici pour rechercher… un emploi théâtral ?
Paul X : Eh bien …
Un : Vous voyez, moi, qui suis UN aujourd’hui, je suis pourtant plusieurs à la fois : je suis moi-même, mais aussi mézigue, bibi et ego.
Jacques Z : (à UN) Vous devriez écrire votre autobiographie et en faire un spectacle comme on le voit si souvent aujourd’hui. (Rires)
Un : Vous voulez dire : devenir son propre auteur.
Jacques Z : Pourquoi pas ?
Un : Oui, après tout pourquoi pas. Pouvoir choisir son rôle et refuser de céder à l’auteur.
Unetelle : C’est quand même risqué. Je me vois mal devenir un personnage sans auteur.
Paul X : (réfléchissant) C’est tout de même difficile de s’imaginer dans la peau d’un autre. (aux autres) Mais, moi, j’ai une vie antérieure et une histoire intérieure, je suis détective et je mène des...