Entre 2 étages
Laura, jeune architecte talentueuse et ambitieuse, est contactée par un certain Victor Duboirs au 63e étage d’une tour à Paris. Très en retard, elle s’engouffre dans l’ascenseur, sans se douter un seul instant que l’homme qui la suit n’est autre que Daniel, son ex. Lui aussi espère décrocher le contrat du siècle. La confrontation aurait pu s’arrêter là, mais le hasard – ou le destin – semble vouloir leur jouer un tour. L’ascenseur tombe en panne… Petit à petit, c’est tout un passé commun qui refait surface. Tous les non-dits vont sortir de l’ombre. Chacun avec sa blessure, sa souffrance, son combat, c’est un vrai choix qu’ils vont devoir faire : continuer ainsi à errer dans le doute ou bien prendre le risque d’aimer à nouveau. “Entre 2 étages” est une pièce de théâtre teintée de tendresse, de larmes, d’humour, d’amour, de haine, de cris. De la vie, quoi ! Entre réalité crue et onirisme déroutant, un duo volcanique s’affronte, dans un huit clos détonnant, posant une vraie question sur la complexité des rapports entre les êtres aujourd’hui.
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Un ascenseur.
Des gens montent, descendent, se croisent, s’ignorent, toussent, attendent et sortent. Cela dure quelques instants.
Dans l’ascenseur, une musique d’ambiance, style grand classique du jazz (« Summertime », « Cry me a river »…).
Une voix synthétique très féminine annonce les étages avant que les portes ne s’ouvrent : « Rez-de-chaussée, sortie, “ground floor”, “exit”… Vingt-cinquième étage, “twenty-fifth floor” », etc.
Scène 1
Plus personne ne se trouve dans l’ascenseur. Nous sommes au rez-de-chaussée. Une jeune femme entre, visiblement pressée, en tailleur-jupe classique, un grand sac sur l’épaule. Elle troque ses ballerines contre des escarpins puis, après s’être observée dans le miroir, fouille dans son sac à la recherche de son rouge à lèvres.
Elle. – Et merde !
Un jeune homme entre à son tour, essoufflé. Il porte un costume sobre mais classe, et dans sa main un attaché-case.
Lui. – Ouf ! (La jeune femme trouve enfin son rouge à lèvres, qu’elle se met discrètement. Il glisse un regard vers elle, mais elle ne le voit pas. Gêné, il tente d’attirer son attention.) Hmmm… Quel étage, mademoiselle ?
Ils se regardent enfin. L’étonnement se lit sur leurs visages.
Elle. – Et merde…
Lui. – Bonjour, toi.
Elle. – Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu fais ici ?
Lui. – Eh bien, comme toi, tu vois : je prends l’ascenseur.
Elle. – Très drôle. Je vois que tu as toujours ton merveilleux sens de l’humour. Non, mais sérieusement, Daniel, qu’est-ce que tu fais là ?
Lui. – J’ai un rendez-vous d’affaires. Et toi ?
Elle. – C’est dingue, ça ! Et il a fallu que ça tombe le même jour que moi, au même endroit !
Lui. – Eh bien, je n’y peux rien… Et toi ? Qu’est-ce qui t’amène ici ?
Elle. – Pareil. Rendez-vous d’affaires.
Lui. – Alors ? Quel étage ?
Elle. – Soixante-troisième.
Lui. – En plus, nous allons au même étage. Étrange…
Elle. – Non !
Lui. – Si.
Elle. – C’est dingue.
Il appuie sur le bouton, l’ascenseur monte. Instant de silence sur fond de jazz. Elle le regarde, et lui, impassible, reste les yeux rivés sur l’écran qui affiche les étages.
Elle. – En tout cas, t’as l’air ravi. Ça fait plaisir.
Lui. – Ne commence pas, Laura. S’il te plaît.
Scène 2
Puis, subitement, la lumière clignote, la musique s’arrête et l’ascenseur s’immobilise.
Elle. – Et merde ! C’est quoi encore ?
Lui. – Zen ! Ne t’inquiète pas. Ça va repartir.
Elle. – J’espère bien, parce que je suis déjà à la bourre, et là, tout de suite, maintenant, ce n’est franchement pas le moment ! (Il commence à appuyer sur tous les boutons.) Mais qu’est-ce que tu fabriques ?!
Lui. – Je sais pas. J’essaie. On sait jamais. Putain, rien ne fonctionne ! Et merde !
Elle. – Bon. Laisse-moi essayer.
Lui. – Ah ! attends ! Regarde !
Elle. – Quoi ?
Lui. – Là. On dirait une sorte de micro. Mais je ne vois rien pour le mettre en marche. Ils sont malins les types : ils te mettent un micro en cas de panne, mais absolument rien pour les contacter. C’est un système de sécurité complètement préhistorique !
Elle. – C’est peut-être à eux de nous contacter ? J’ai un client qui m’avait parlé de ce mécanisme. Au moindre problème, un signal leur est transmis et ils nous contactent. Ça doit être ça !
Lui. – Je sais pas.
Elle, sarcastique. – Tu m’étonnes…
Lui. – Quoi ?
Elle. – Tu n’as jamais été très doué en bricolage…
Lui. – Eh ! oh ! Ne commence pas, Laura, s’il te plaît !
Silence. Elle soupire. Un temps. L’exaspération se lit sur leurs visages. Elle, dans son angoisse du retard, se met à soupirer bruyamment et consulte plusieurs fois sa montre. Lui, effrayé à l’idée de devoir rester bloqué ainsi avec elle, se remet à appuyer nerveusement sur tous les boutons. Rien ne se passe. Il capitule.
Scène 3
Elle. – Ça va durer combien de temps ? Ils se foutent de nous ? (Elle se met à crier.) Eh ! oh ! Il y a quelqu’un ? Hou ! hou ! On est coincés dans l’ascenseur !
Lui. – La prochaine fois, je t’en prie, préviens avant de crier… Tu as de la chance : je ne suis pas cardiaque !
Elle. – La prochaine fois, pense plutôt à… Ah ! mais attends, je suis bête ! (Elle sort son portable.) Je n’ai qu’à appeler M. Dubois, il va nous envoyer q…
Lui. – M. Dubois ?
Elle. – Oui. Tu connais ?
Lui. – Victor Dubois ?
Elle. – Oui.
Lui. – Non !
Elle. – Si.
Lui. – Non !
Elle. – Eh bien, si.
Lui. – Ben ça alors ! C’est lui mon rendez-vous.
Elle. – Quoi ? Toi aussi ? Mais pourquoi ?
Lui. – Bon, appelle-le, on verra après.
Elle. – Ça va, ça va, je l’appelle.
Elle prend son portable et se met à fouiller dans son sac. Mais ce dernier est tellement encombré qu’elle est obligée de le vider en partie, ce qui agace Daniel au plus haut point.
Lui. – Et on peut savoir ce que tu cherches, au juste ?
Elle. – Mon agenda.
Lui. – Pourquoi, tu n’as pas enregistré son numéro ? Ah ! c’est malin ça ! Toujours aussi prévoyante, à ce que je vois !
Elle. – Dis donc « Môsieur je sais tout mieux que tout le monde », plutôt que de critiquer tu pourrais… Ah ! le voilà ! Alors… (Elle compose le numéro, patiente et…) Merde.
Lui. – Quoi ?
Elle. – Ça capte pas.
Lui. – Fais voir…
Elle. – Attends ! (Elle essaie de trouver un endroit où les barres s’affichent, mais sans succès. Exaspéré, il sort son portable à son tour et les deux tentent vainement de capter un signal, jusqu’à ce que Laura se retrouve allongée.) Ça y est ! J’ai trouvé ! (Elle tente de joindre Victor Dubois.) Zut ! Ça ne répond pas ! (Elle retente. En attendant, Daniel s’est installé près d’elle, dans la même position.) Personne. T’appelles qui ?
Lui. – Quelqu’un qui pourrait éventuellement nous aider.
Elle. – Qui ça ?
Lui. – C’est le répondeur.
Elle. – Oui, mais le répondeur de qui ?
Lui. – T’occupe ! (Elle essaie à son tour de joindre quelqu’un.) T’appelles qui ?
Elle. – L’arroseur arrosé ! (Elle rit de bon cœur.) Ah !… Ma chérie ? C’est moi ! Tu m’entends ?… Et comme ça ?… Là ?… Oui, enfin, c’est pas top, mais ça ira… euh… oui, enfin à peu près… Tu ne devineras jamais ! Figure-toi que je suis coincée dans un ascenseur avec… Enfin bon, je t’expliquerai. Bref, tu veux bien me rendre un immense service ?… Merci. Voilà. Donc, je suis au… Tu as de quoi noter ? Voilà. Donc, je suis au 157, boulevard de France,...