Good Boy

Que se passe-t-il lorsqu’une seule personne a une liaison ? Et combien de vies peuvent être bouleversées par un secret que l’on pensait pouvoir garder pour soi ?

À travers une histoire d’infidélité, GOOD BOY explore les différentes formes que peut prendre l’amour : l’amour romantique, conjugal, familial, amical, mais aussi celui que l’on se porte à soi-même. La pièce s’intéresse à ceux qui aiment, à ceux qui mentent, à ceux qui pardonnent et surtout à ceux qui subissent les conséquences de décisions qu’ils n’ont jamais prises.

Entre humour, mauvaise foi et moments de vulnérabilité, cette tragicomédie pose une question assez simple : jusqu’où peut-on aller dans sa propre quête du bonheur sans faire celui des autres voler en éclats ?

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PROLOGUE — THOMAS & KEVIN

une pièce de Stijn Hillebrant

© 2026 Stijn Hillebrant

NOTE GÉNÉRALE DE MISE EN SCÈNE — FREEZES ET SOUVENIRS

Lorsque la réalité se fige, le personnage actif peut sortir de la scène et s’adresser directement au public. L’interprète ne doit

pas nécessairement rester à sa place : il ou elle peut se déplacer librement dans la situation figée, observer les autres

personnages ou les intégrer physiquement au jeu tandis qu’ils restent immobiles.

Les mouvements concrets et leur mise en jeu physique pourront être approfondis pendant les répétitions par les interprètes

et la mise en scène.

Dans les souvenirs, la réalité se transforme davantage. Les personnages déjà présents sur le plateau peuvent

momentanément prendre vie comme des projections du souvenir. Leur jeu peut devenir plus petit, plus doux ou presque

irréel lorsqu’ils ne sont pas les propriétaires du souvenir.

THOMAS et KEVIN entrent. Ils viennent de terminer leur partie de padel hebdomadaire. Ils ont encore leur

raquette à la main et sont essoufflés.

KEVIN se laisse tomber sur un banc, visiblement satisfait. THOMAS s’assied à côté de lui.

KEVIN : Voilà. Encore gagné.

(regarde Thomas, satisfait)

KEVIN : Trois semaines d’affilée, maintenant. Tu perds la main.

THOMAS : Tu t’améliores.

KEVIN : Ou alors t’avais pas vraiment la tête au jeu.

THOMAS ne réagit pas. KEVIN le regarde. Le ton change presque imperceptiblement.

KEVIN : Thomas… ça fait trois mois que t’as plus vraiment la tête au jeu.

KEVIN : Ni à grand-chose d’autre, d’ailleurs.

THOMAS : Je vois pas de quoi tu parles. Je suis juste crevé. J’ai beaucoup de boulot.

KEVIN : Mec. Ça fait combien de temps qu’on se connaît ?

THOMAS : Kevin—

KEVIN : Depuis la maternelle. Ça fait combien de temps qu’on joue au padel ensemble ? Tu me bats toujours.

Toujours. Et là, ça fait trois semaines que je gagne et t’as même pas l’air de te rendre compte que tu perds.

KEVIN : Y a un truc qui va pas.

THOMAS : Y a rien.

KEVIN : Thomas.

THOMAS détourne le regard.

GOOD BOY — Stijn Hillebrant — 1THOMAS : Allez. On va juste boire une bière.

THOMAS fait mine de se lever.

(ferme)

KEVIN : Non.

THOMAS le regarde.

KEVIN : On va pas boire une bière. Tu vas rester assis sur ce banc et tu vas enfin me dire ce qui va pas.

THOMAS : Kevin, j’ai vraiment pas envie de parler de ça.

KEVIN : J’ai eu Céline au téléphone cette semaine.

THOMAS se fige.

KEVIN : En pleurs.

Silence.

KEVIN : Elle dit que ça fait trois mois que t’es plus toi-même. Elle pense que t’as une liaison.

THOMAS : Elle pense que j’ai une liaison ?

KEVIN : Oui. Elle pense que t’as une liaison. C’est quoi, la prochaine étape, Thomas ? Qu’elle engage un détective

privé pour enfin savoir ce qui se passe dans ta tête ?

THOMAS : Kevin—

KEVIN : Ton mariage est en train de partir en vrille. Tes enfants vont peut-être devoir vivre dans deux maisons.

C’est ça que tu veux ?

THOMAS : Bien sûr que non.

KEVIN : Alors commence déjà par laisser entrer quelqu’un.

THOMAS ne dit rien.

KEVIN : Même si c’est juste moi.

Long silence. THOMAS fixe le sol devant lui.

THOMAS : J’ai merdé.

KEVIN : Quoi ?

THOMAS : J’ai vraiment merdé.

Il passe ses mains sur son visage.

THOMAS : Et j’arrive pas à en parler.

KEVIN : Pourquoi ?

GOOD BOY — Stijn Hillebrant — 2THOMAS : Parce que… c’est juste trop difficile.

THOMAS : J’arrive même pas à le dire.

Silence.

THOMAS : Ça fait des années que je me bats avec ça.

KEVIN le regarde. Sa colère retombe un peu.

KEVIN : Ok.

KEVIN : On va pas en faire une grosse séance de thérapie. Mais dis-moi juste un truc : qu’est-ce qui a changé il y

a trois mois ?

THOMAS évite son regard.

KEVIN : Parce que tout le monde le voit. Céline le voit. Tes enfants le voient. Moi, je le vois.

KEVIN : Qu’est-ce qui s’est passé ?

Long silence.

THOMAS : J’ai pas de liaison.

KEVIN le regarde.

Silence.

THOMAS : Plus.

KEVIN se fige.

KEVIN : Fuck, Thomas.

KEVIN : Une liaison ?

THOMAS ne dit rien.

KEVIN : What the hell, mec ? T’as une belle vie. Céline est géniale. Vous étiez tellement amoureux. Qu’est-ce qui

s’est passé ? Qu’est-ce qui te manquait ?

THOMAS se penche en avant, les coudes sur les genoux, les mains dans les cheveux. Il n’arrive pas à regarder

KEVIN.

THOMAS : Avant Céline…

Il s’arrête.

KEVIN : Quoi ?

THOMAS : Avant Céline, ça m’est arrivé de…

THOMAS : …faire des trucs avec des garçons.

Silence.

GOOD BOY — Stijn Hillebrant — 3KEVIN : Avant Céline ?

(essaie de comprendre)

KEVIN : Thomas, t’es avec Céline depuis que t’as dix-huit ans.

THOMAS hoche à peine la tête.

KEVIN : Attends.

KEVIN : Le petit de la boulangerie ?

THOMAS le regarde enfin.

THOMAS : Kevin.

KEVIN comprend. La plaisanterie disparaît.

KEVIN : Attends.

KEVIN : Ça veut dire que t’as eu une liaison avec un homme ?

THOMAS détourne à nouveau le regard.

THOMAS : Oh, mec…

Il baisse la tête.

THOMAS : Qu’est-ce que je suis en train de foutre avec ma vie ?

KEVIN le regarde. Puis la stupeur laisse place à la colère.

KEVIN : What the fuck, Thomas ?

THOMAS relève les yeux.

KEVIN : On se connaît depuis qu’on a quatre ans. Je suis le parrain de ton fils. Quand Céline a accouché la

première fois, j’ai passé douze heures dans cette salle d’attente. Et pour mon filleul, encore huit. Quand tes

grands-parents sont morts, je t’ai aidé à organiser leurs funérailles.

KEVIN : J’ai toujours été là pour toi.

THOMAS n’arrive pas à le regarder.

KEVIN : Et ma sœur est lesbienne. T’étais à son mariage.

KEVIN : Mais ça ?

(désigne Thomas)

KEVIN : Ça, tu pouvais pas me le dire ?

THOMAS : Ça n’a rien à voir avec toi.

KEVIN : Alors ça a à voir avec quoi ?

GOOD BOY — Stijn Hillebrant — 4THOMAS : Avec moi.

Silence.

THOMAS : Je voulais pas le savoir moi-même.

Ça touche KEVIN. Il détourne un instant le regard, puis regarde à nouveau THOMAS.

KEVIN : Ok.

KEVIN : Donc t’as eu une liaison avec un mec.

THOMAS : Oui.

KEVIN : Quel mec ?

THOMAS : Ça n’a pas d’importance.

KEVIN : Apparemment, ça en a putain d’importance. Qu’est-ce qui s’est passé il y a trois mois ?

THOMAS se tait.

KEVIN : Pourquoi t’as complètement craqué d’un coup ?

THOMAS : Kevin—

KEVIN : Quoi ? Tu peux pas faire comme les autres mecs qui ont une liaison et jouer tranquillement sur les deux

tableaux ?

THOMAS : Il m’a bloqué.

Silence.

KEVIN : Quoi ?

THOMAS : Il m’a bloqué.

THOMAS : Je sais pas pourquoi.

KEVIN le fixe.

KEVIN : Ah.

Il se lève.

KEVIN : Ok.

La colère revient.

KEVIN : Donc toute cette déprime… tout ce bordel… Céline qui m’appelle en pleurs, ton mariage qui est en train

de voler en éclats, tes enfants qui comprennent même plus ce qui arrive à leur père…

KEVIN : …tout ça parce que t’as le cœur brisé à cause d’un autre mec ?

THOMAS : C’est pas aussi simple que ça.

GOOD BOY — Stijn Hillebrant — 5KEVIN : Ah non ? Parce que vu d’ici, ça a l’air quand même assez simple.

THOMAS : Tu sais pas—

KEVIN : Ta femme m’appelle en pleurs parce qu’elle pense que son mari l’aime plus. Tes enfants marchent sur

des œufs. Et toi, ça fait trois mois que tu te détruis parce qu’un mec avec qui tu couchais t’a bloqué ?

THOMAS : C’était pas seulement—

KEVIN : Non.

KEVIN ramasse sa raquette.

KEVIN : Et tu sais quoi, Thomas ?

KEVIN : Personne ne bloque quelqu’un sans raison.

THOMAS le regarde.

KEVIN : Peut-être que tu devrais commencer par te demander sérieusement pourquoi il voulait plus te voir.

KEVIN : Fini les conneries, Thomas. Tu vas tout raconter à ta femme, ou c’est moi qui le ferai.

THOMAS le regarde.

THOMAS : Kevin—

KEVIN : Je suis tellement déçu de toi que j’arrive même plus à te regarder.

KEVIN se détourne.

KEVIN : Et pour la bière, tu peux oublier.

KEVIN s’en va. THOMAS reste seul sur le banc.

Ailleurs sur le plateau, CÉLINE apparaît. Elle range ses affaires avec détermination, presque avec colère. Ses

gestes sont plus durs et plus rapides que nécessaire.

Elle quitte l’espace sans adresser un mot à THOMAS.

THOMAS reste assis.

BLACK-OUT.

OUVERTURE — SOUVENIR DE SVEN

Le plateau baigne dans une douce lumière rose. Pas une lumière réaliste de chambre : quelque chose de chaud,

d’intime, clairement lié à un souvenir.

Sven est seul dans son lit. Son téléphone à la main.

Il regarde l’écran.

GOOD BOY — Stijn Hillebrant — 6Il le verrouille.

Le pose à côté de lui.

Silence.

Il le reprend.

Le...

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Posté le 20 octobre 2026 par Stijn Hillebrant

Stijn Hillebrant
Stijn Hillebrant

Auteur débutant, il transforme une situation personnelle compliquée en pièce de théâtre. Dans la vie comme dans l’écriture, il affronte les émotions et les doutes par l’humour.

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