Impuissant
Jacques, un homme mascu et volage, montre une volonté d’assumer sa réelle personnalité après avoir rencontrer l’amour. Mais après la rupture, ce dernier perd une chose essentielle: son érection.
Accompagné de sa meilleure amie Eliana, une quête d’identité et de remise en question l’attends. Saura-t-il s’avouer ne pas être l’homme qu’il a toujours été ?
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Acte 1
L’action se passe de nos jours, au début du printemps à Orléans.
Scène 1 : Jacques
(Jacques est dans une chambre. Il est minuit passé. Il est assis sur un lit. La lumière n’éclaire que lui. La musique « I’m a man » des Black Strobe est jouée en fond.)
Jacques : Ce qui m’ennuie, c’est d’être un homme. Un homme dans la version sociétale du terme. Pourquoi un homme doit-il forcément être un homme ? Ma référence masculine ça a toujours été Dwayne Johnson, alias The Rock. Un amas de testostérone au sourire paternel, au crâne luisant de virilité et un corps comme un cocon dans lequel on a envie de se nicher.
(Une femme passe devant lui, il la regarde, elle va se positionner un peu plus loin pour se recoiffer et se remaquiller.)
(Jacques reprend avec vigueur)
Oui j’ai un pénis, non je n’ai pas de seins.
J’agis et réfléchis comme mon éducation me l’a appris.
Je ne partage pas mes émotions, je suis performant (au travail comme au lit), athlétique, indépendant, rassurant et respectueux des femmes. Un Gentleman.
Un défaut, mon royaume pour un défaut !
Charlotte : Jacques ?
Jacques : Oui ?
Charlotte : Tu m’appelles hein. (Elle sort.)
(Jacques s’adoucit après avoir entendu la voix de Charlotte.)
Veut-elle que je l’appelle parce qu’elle m’apprécie aujourd’hui ? Qu’adviendra-t-il lorsqu’elle aura appris à me connaître ? Je ne saurais dire. Son nom est Charlotte, elle aura de l’importance dans cette histoire.
Elle me perturbe car elle me plaît plus que je le voudrais. Elle pourrait peut-être accepter mon vrai moi. Non ?
Depuis quelques années maintenant, je sais que la binarité des genres n’existe pas. Que même en étant un homme, il est normal d’être féminin. Sans être non-binaire, simplement un homme, vivant comme tout être humain, en quête du bonheur. Et ce, peu importe comment la société le voie.
Je suis un homme mais je veux me maquiller, je veux mettre certains vêtements créés pour les femmes parce qu’ils me vont bien ! Je veux me comporter comme je le désire et non comme ce qu’on m’impose de désirer !
Ces envies-là ne sont pas récentes, déjà petit, j’imitais les filles dans les clips, seul dans ma chambre. J’utilisais des fêtes costumées comme excuse pour m’habiller au féminin.
Mais en tant qu’enfant élevé par des parents, ouverts certes, mais eux-mêmes élevés selon leur genre, je n’échappais pas aux remarques assassines. Et puis j’ai fait du foot, ça n’aide pas non plus.
Maintenant je suis un homme, sculpté dans sa version la plus caricaturale. (Honnête) J’ai envie d’exprimer cette féminité, je vous jure ! Mais… J’ai peur. Je crains les moqueries, les railleries, les regards, les autres…
Enfin... Je suis un homme. Et putain ça me fait chier !
Scène 2 : Jacques, Eliana
Jacques : Oh, faut que je te raconte, j’ai rencontré une fille l’autre jour !
Eliana : Quel scoop !
Jacques : Non, cette fois c’est différent, je crois bien que je suis amoureux.
Eliana : Tu les aimes toutes Jacques.
Jacques : Pendant un moment oui, mais là c’est différent je te dis.
Eliana : En quoi ? Elle t’a fait un truc que tu ne connaissais pas quand t’as couché avec ?
Jacques : Alors. Il y a ça, et puis aussi tout le reste ! Elle est drôle, cultivée, mature, elle me fait me sentir autrement que comme un objet de désir !
Eliana : Excuse-moi mais tu ne donnes pas vraiment une autre image.
Jacques : T’es une femme vraiment drôle Eliana, tu le sais ça ?
Eliana : oui.
Jacques : Non mais plus sérieusement. Je vais l’inviter à boire un verre avec moi ce soir.
Eliana (choquée) : Quoi ? Tu vas la revoir ? Ça devait être un coup incroyable… Ça me donne presque envie de coucher avec.
Jacques : Tutut, garde tes fantasmes dans ta tête. Mais sérieusement, ce n’est pas que du cul. Je veux constamment être avec elle, j’te dis, en ce moment mais sentiments c’est un bordel.
Eliana : Tu veux devenir l’ombre de son chien ?
Jacques : En quelque sorte.
Eliana : Et elle s’appelle comment cette belle inconnue ?
Jacques : Charlotte.
Eliana : Pas mal.
Jacques : Elle est ce que le monde a pu offrir de plus beau ces dernières années. Sa beauté me transcende, son esprit m’émeut, son corps me rend amnésique.
Eliana : Vu comment tu en parles j’espère qu’elle ne s’amusera pas avec toi.
Jacques : Comment ça ?
Eliana : T’as jamais pensé qu’il pouvait y avoir une version féminine de toi ?
Jacques : C’est à dire ?
Eliana : Tu sais les femmes aussi font l’amour sans sentiment, elles peuvent, tout autant que les hommes, dissocier amour et sexe.
Jacques : Je le sais ça. Qu’est-ce que ça à voir avec moi ?
Eliana : Tu chopes à tour de bras, t’as jamais eu de vraies relations saines, tu confonds passion et amour constamment, tu ne sais pas être amoureux Jacques.
Jacques : L’amour ça ne s’apprend pas, ça se ressent, tout le monde sait être amoureux, seulement certains ont besoin de plus de pratique.
Eliana : C’est plus de la pratique qu’il te faut mais un stage intensif de 12 ANS ! Et puis toi tu pratiques essentiellement le cul.
Jacques : Mon passé n’a pas d’importance, c’est mon futur avec elle qui va tout changer !
Eliana : Comment tu peux être aussi sûr de toi ?
Jacques : (il rigole) L’assurance. J’ai de l’assurance. Non mais regarde-moi, je suis la quintessence de la masculinité : je suis grand, viril, musclé. Je suis intelligent, drôle, attentif. Je saurai la rassurer comme il se doit. Avec moi elle n’aura plus à s’en faire, je travaillerai pour elle, je lui offrirai la vie dont elle a toujours rêvé. Elle sera ma princesse !
Eliana : On est en 2020, pas dans un Disney de 1940. Les femmes travaillent, se font plaisir toutes seules. D’ailleurs, elles sont plus efficaces qu’un homme dans ce domaine. Bref, elles sont totalement autonomes. Alors calme toi Clark Gable.
Jacques : Merci, je sais ! Mais un vrai bonhomme se doit d’être rassurant envers sa femme, il se doit de la préserver, la combler, l’entretenir. On a beau dire, la fragilité de la femme est quelque-chose d’intemporel.
Eliana : Ce ne sont pas tes mots.
Jacques : A qui d’autres ? Tu devrais le savoir mieux que moi, tu es biologiste. Un mâle, un vrai, doit protéger la personne avec qui il partage sa vie. Il doit travailler énormément pour subvenir aux besoins de sa famille, c’est l’évolution, l’homme a été créé plus fort pour une bonne raison.
Eliana : Physiquement, oui, il peut y avoir une différence, mais c’est tout ! Et puis tu me parles d’évolution mais dans une grande partie du monde animal, c’est la femelle qui domine dans le couple. Et dans tous les cas c’est elle qui choisit son partenaire reproducteur. Sans déconner faut arrêter de se foutre la pression comme ça les bonhommes, oublier vos couilles deux minutes !
Jacques : Tu ne peux pas comprendre, un homme a d’énormes responsabilités lorsqu’il s’engage, c’est pour ça qu’on a si peur.
Eliana : Quand tu pars sur ce discours tu deviens complètement con donc je vais arrêter de parler parce que je vais finir par être mauvaise.
Jacques : Désolé mais tu ne me changeras pas. Je file me préparer, je suis sûr que tu vas adorer Charlotte.
Eliana :(à part : c’est ce qu’on verra) Si elle maintient le sourire que tu as en ce moment, je peux que l’adorer.
(Jacques sort, Eliana reste sur scène)
Scène 3 : Jacques, Charlotte, Eliana
(Jacques est à la table d’un bar avec Charlotte. Ils rigolent tous les deux. Le bar est bruyant. Jacques fixe Charlotte, béat. Charlotte papillonne, elle se lève, danse, boit. Eliana est au second plan, observe Charlotte et Jacques sans qu’ils la voient.)
(Ils se lèvent, le bar retrouve le...