Jour de neige
Quatre meilleures amies se réunissent dans le chalet de leur enfance, à la neige, à l’occasion du mariage de l’une d’entre elles. La future mariée débarque la veille au soir du grand jour pour leur annoncer qu’elle ne se marie plus. Elle a quelqu’un d’autre dans le cœur. Un “quelqu’un d’autre” auquel on ne pouvait vraiment pas s’attendre… “Jour de neige”, c’est un peu comme une incursion dans le cœur des filles.
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Lever de rideau.
On découvre l’intérieur de la pièce principale d’un chalet avec une cheminée, des photos des quatre copines enfants, un canapé et une table basse.
Liz entre dans le chalet avec des skis. Éva est déjà à l’intérieur, dans la salle de bains.
Liz - Éva !… Je sais même pas si on va pouvoir continuer à skier avec ce temps… Il fait un froid, j’ai mal aux oreilles… Éva !
Éva (off) - Attends ! Je sors de la douche, je m’habille… J’arrive !
Liz - Tu peux m’expliquer l’intérêt d’un mariage à la neige ? Quatre jours dans ce chalet… Je sens qu’on va être très vite limitées au niveau des activités… Mais qu’est-ce qu’on va faire ?
Éva sort de la salle de bains.
Éva - Plein de trucs… Moi, je suis trop contente d’être ici ! En plus, ça fait une paye que j’ai pas foutu les pieds dans ce chalet… Han ! Tu sais ce que j’ai retrouvé cet après-midi ? (Elle tire un carton rempli de disques.) Tous les disques de quand on était petites !
Liz - C’est pas vrai ! Génial !… T’as quoi ?
Éva - J’ai quoi ? (Elle cherche dans les disques.) Elsa : « Jour de neige »…
Éva et Liz (chantant) - « Jour de neige, dans un grand pull qui me protège, premières neiges, vertiges en moi comme un manège… »
Éva - Oh ! j’ai aussi son ex, Glenn Medeiros ! J’étais trop folle de lui… Hé, Éva, Medeiros… (Geste « en haut de l’affiche ».)… comment ça claque !
Liz (énervée) - N’importe quoi ! Elsa, elle est jamais sortie avec Glenn Medeiros… J’en ai marre de ces rumeurs-là…
Éva regarde Liz et va s’asseoir près d’elle.
Éva (chantant) - « Nothing’s gonna change my love for you… » (Liz chante avec elle, puis continue à chanter faux et en « yaourt » toute seule. Elle la coupe.) Tu te rends compte ? Tous les disques de quand on était petites… Tu vois que c’est sympa d’être toutes réunies à la neige, comme ça… Et puis, un mariage à la neige, c’est tellement romantique…
Liz (un peu ironique) - Oh oui ! T’as raison ! C’est vrai que c’est une super belle preuve d’amour que de porter une robe pareille avec ce froid de canard…
Éva (se levant pour aller chercher un pull) - Oh ! elle est styliste Eloïse, elle sait ce qui est à la mode, quand même…
Liz - Oui, enfin… à « La halle aux vêtements » !
Éva (découvrant une robe d’avocat sur le portemanteau) - Ben, t’as apporté ta robe d’avocat ?
Liz (un peu gênée) - Ah oui…
Éva - Ben, pourquoi ?
Liz (un peu gênée) - Oui, j’ai entendu dire que la robe… ça faisait fantasmer les hommes…
Éva (ironique, étonnée) - « Fantasmer les hommes » ?
Liz - Ben, quoi ? J’en ai marre d’entendre à tous les mariages, enterrements, baptêmes et communions : « Oh ! Liz, une fille aussi jolie et intelligente encore seule… Si c’est pas malheureux… » À chaque fois que j’entends ça, j’ai l’impression que je décède.
Éva (retournant vers les disques) - Oh ! t’as raison ! Et moi j’ai l’impression que j’ai le cancer de la solitude !
Liz (devant la cheminée) - J’ai chaud au cul, moi !… En attendant, c’est vrai : j’ai vingt-neuf ans, mes cinq frères et sœurs et mes quatre-vingts cousins sont tous mariés… Faudrait juste que je trouve un mari avant que ma mère ne meure… Oh ! pardon…
Éva (se retournant vers Liz) - Mais non, mais c’est pas grave… Ça fait deux ans maintenant qu’elle est morte, maman… Et puis, j’te comprends : moi aussi j’aurais tellement voulu qu’elle assiste à mon mariage…
Liz (la taquinant tendrement) - Mais bon, heureusement, y’a ton p’tit papounet adoré…
Éva (aux anges) - Ouais, j’ adore mon père…
Liz - Hum… ça sent bien l’Œdipe…
Éva - Ben, quoi ? C’est pas d’ma faute si c’est l’homme idéal, hein…
Liz (la charriant) - Oui, ben, c’est bien ce que je dis : ça sent bien l’Œdipe…
Éva (comme un bébé) - N’importe quoi ! C’est l’homme idéal, j’te dis… Mon père, il s’est toujours tellement bien occupé de sa famille… Tu sais quoi ? Pendant dix ans, il a pas raté un seul de mes ballets de danse rythmique… Ouais, ouais… Et avec ça, j’te parle même pas de ma mère qu’il traitait comme une princesse… Pff ! Qu’est-ce que je dis… une princesse… une reine !
Liz (un peu naïve) - Ah bon ? Une reine ?
Éva - Ouais, une reine, j’te dis ! Ça a duré trente ans !… L’homme idéal, quoi… Non, mais franchement, t’en connais beaucoup des hommes comme ça, toi ?
Liz (rêveuse) - Ben non… C’est vrai… C’est ton père, l’homme idéal…
Éloïse, future mariée, entre en trombe dans le chalet, en mini robe de mariée et Moon Boots.
Liz (surprise) - Ben, Élo ! Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu devais pas dormir chez ta mère ce soir ?
Éva - Oh ! Élo… Comme t’es trop mignonne… T’es trop pressée de te marier demain, alors t’as voulu la garder pour dormir, ta robe… ta mini robe…
Liz - Oh oui ! T’es trop mignonne !
Éloïse (en souriant, enthousiaste, sans réfléchir à ce qu’Éva vient de dire) - Oui… (Réalisant.) Non !… Non, en fait, si je suis venue, hein… en fait… c’est parce que j’ai un truc à vous…
Éva (la coupant) - Han ! Élo, tu sais ce que j’ai retrouvé cet après-midi ? Tous les disques de quand on était petites ! Regarde, y’a même la bande originale de « Dirty Dancing » sur laquelle on a fait notre choré, tu sais, au cours de danse de Sylvie Pâtissier !… Oh ! la choré… Hé, on la refait, on la refait… Je suis sûre qu’on se rappelle de tous les pas ! (Elle va mettre le disque.)
Liz (tirant Élo par le bras) - Oh oui ! Allez, viens, on la refait !
Elles font toutes les trois la chorégraphie sur la musique « The time of my life ». Alors qu’Éva et Liz sont à fond, Élo la fait machinalement et à contrecœur.
Éloïse (arrêtant la musique) - Bon, pouce ! Patrick Swayze, eh ben, il me fait plus du tout le même effet…
Liz - Pardon ?! Éva, s’il te plaît, rappelle-moi qui signait tous ses courriers « Éloïse Swayze » ?
Éloïse - Oui, peut-être, oui… Mais, franchement, moi, le côté jean moulant en vrai skaï, là… (Elle monte sur la table, imitant Patrick Swayze.) « On laisse pas bébé dans un coin ! » C’est bon, j’ai passé l’âge… C’est qu’en fait, j’ai un truc à vous dire… En fait, je… je… je… (Elle se regarde dans la glace.) J’me suis pas fait la moustache, dis donc…
Éva (se levant, allant vers Élo) - Quoi ? Tout ça pour ça ? (Elle va s’asseoir.)
Élo part dans la salle de bains.
Liz - Ah ! mais ça c’est pas grave, ça… Noémi arrive, elle va te la faire…
Éva (tout fort) - Mais qu’est-ce que t’as, Élo ? T’es bizarre ce soir… Et puis, t’es assortie à ta robe, t’es toute blanche…
Élo sort avec du décolorant blanc au-dessus des lèvres.
Éloïse - Oui, ben, c’est parce que tout ne se passe pas exactement comme je l’imaginais, en fait… je…
Éva (la coupant et se levant) - Oui, mais t’es marrante, toi aussi…
Liz - Il est question qu’on mange à un moment donné ? (Elle lui montre qu’elle a du blanc au-dessus des lèvres. Elle parle plus doucement.) T’as vu, t’as un truc là. (Elle montre ses propres lèvres.)
Éva (à Liz) - Y’a deux heures, donc H-17 avant son mariage, elle a décidé de raccourcir nos robes de demoiselles d’honneur… enfin, nos paquets cadeaux rose bonbon, devrais-je plutôt dire… de… (Gestes.)… quatre-vingt-dix centimètres… (Elle montre sa mini robe.) Des mini robes, quoi ! Alors que la couturière soit un peu énervée, c’est normal ! (Elle se rassied.)
Liz - Oui, c’est normal… Enfin, je vais quand même voir s’il y a un truc à manger ! (Elle va à la cuisine.)
Éloïse - Non, c’est pas la couturière, c’est qu’en fait, je… (On entend une sonnerie ringarde de téléphone.) Liz !!! Téléphone !!!
Éva (montrant ses lèvres) - T’as vu, t’as un truc là…
Liz (revenant en courant de la cuisine) - Appel masqué… J’adore les appels masqués… Ça m’excite ! (Elle décroche et prend une voix sensuelle.) Allô ! (Elle reprend une voix normale.) Oui ? Allô ! (…) Maman, je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler en masqué… (D’un trait.) Oui, on est bien arrivées ; oui, on a bien mangé ; oui, je suis saine et sauve. Autre chose ? (…) Non ? Alors à plus tard ! (…) Bisous ciao bye. (…) Bisous ciao bye. (…) Bisous ciao bye… (Elle raccroche. Puis, à Éva et Élo.) C’était ma mère !… Vous avez pas faim, vous? Moi, j’ai tout le temps faim ici. (Elle retourne vers la cuisine) En plus, y’a pas de pain !
Éloïse (très énervée) - C’est vrai, ça ! Merde ! Y’a jamais de pain dans cette maison… Putain !!! C’est pas vrai… Bon, j’y vais… (Elle va vers la porte et trébuche puis bouscule Liz dans la cuisine.)
Liz (ressortant de la cuisine avec un plateau) - Elle est un peu beaucoup nerveuse, quand même, ce soir.
Éva - C’est normal, elle se marie demain… Bon, on mange quoi ?
Liz - Nous avons… des pâtes… ou… des pâtes…
Éva - Oh non ! (Elle se lève et va vers le miroir.) Non, pas de pâtes, pas pour moi, pas ce soir… Je sais pas ce que j’ai en ce moment, je...