Décor de cabinet de psy. Des livres de psycho dans la bibliothèque. Une photo de Freud (avec des moustaches, des conneries dessinées dessus). Un jeu d'échecs, des poufs (coin cosy), un bureau (sur lequel il y a des dossiers, un agenda, un téléphone fixe) et des fauteuils.
Le psy entre en furie dans la pièce.
Psy : Désolé ! Mille excuses, je suis en retard !! J'ai horreur d'être en retard pour la première consultation ! Les bouchons, les travaux, vous savez ce que c'est ! … (remarque qu'il n'y a personne) Ah... ben oui manifestement elle sait ce que c'est ! ...Bon... alors, on va s'installer tranquillement. (s'installe à son bureau, regarde son agenda) Alors programme du jour : cette fameuse nouvelle patiente, puis.. oh non pas elle ! Bon... tant pis... va falloir que je trouve un moyen de la faire avancer plus vite, elle ! Ou alors, je l'adresse à un confrère... (illumination) Aaaah mais c'est pour ça que David me l'avait refourguée ! Ah le saligaud ! Comment je me suis fait avoir ! Il est trop fort en persuasion PNL, ce David ! Il aurait dû faire commercial au lieu d'être psy, lui ! … Allez ! Au travail mon grand ! (va ouvrir la porte et ne voit toujours personne dans la salle d'attente.) Qu'est-ce qu'elle fout ?! Bon, j'ai le temps pour un coup de fil alors. (compose un numéro) Oui bonjour Mme Feuillet, c'est le psyyyyy ! Vous allez bien ? … Je vous rappelle suite à votre rappel suite à mon appel d'il y a deux jours ! Ouiii ! On arrive enfin à se parler de vive voix ! Alors, pour répondre à votre question : je crains que cela va être difficile... Mme Feuillet, comprenez bien : vous venez me voir pour traiter votre dépendance à vos enfants et vous me demandez s'ils peuvent assister à notre consultation parce que vous avez peur de les laisser dans la salle d'attente... vous comprenez le problème ? … Non ? Ben, je vous laisse méditer là-dessus et on se revoit la semaine prochaine, Mme Feuillet. Bonne journée, Mme Feuillet. (raccroche) Ses mômes dans la salle de consultation ! Et puis quoi encore ?! Déjà qu'ils m'ont retourné la salle d'attente la dernière fois ! Avec la femme de ménage, on se demande encore comment ils ont fait pour se moucher sur le plafond... bref ! Bon, elle est toujours pas là, l'autre ? (rouvre la porte et tombe sur Suzanne) Ah bonjour ! Entrez ! Pourquoi vous attendiez derrière la porte ?
Suzanne : Bonjour ! Excusez-moi du retard ! Heuu ben je savais pas comment ça se passait, si vous veniez me chercher ou si je devais vous frapper (se reprend) FRAPPER.
Psy : C'est mieux que je vienne vous chercher en effet, mais la prochaine fois, attendez dans la salle d'attente qui porte bien son nom.
Suzanne : Ah d'accord ! De toute façon, ne vous inquiétez pas, on n'entend rien de l'autre côté de la porte. Vous avez une porte et des murs épais.
Psy : Donc vous avez cherché à écouter derrière la porte ?
Suzanne : Oui, pour savoir si vous étiez en consultation.
Psy : Ne faites plus ça. J'ai un secret professionnel à garder.
Suzanne : Moi non.
(petit temps/malaise)
Psy : Hé bien, asseyez-vous ! On va commencer par faire connaissance, afin de savoir ce qui vous amène ici.
Suzanne : Oui, j'ai plein de questions à vous poser ! Vous avez quel âge ?
Psy : Heu... pourquoi ?
Suzanne : Pourquoi vous répondez par une question à ma question ?
Psy : Pourquoi je devrais répondre ?
Suzanne : Pourquoi vous le faites encore ?
Psy : Vous aussi, non ?
Suzanne : Vous votez pour quel parti ?
Psy : Voilà, ce genre de question n'a pas sa place ici.
Suzanne : Vous avez des enfants ?
Psy : Je ne répondrai pas à vos questions.
Suzanne : Pourquoi ? Vous avez pas la conscience tranquille ?
Psy : Si !
Suzanne : Moi non.
Psy (intrigué) : Ah ?
Suzanne : Vous préférez le salé ou le sucré ?
Psy : Arrêtez avec ces questions !
Suzanne : Vous avez dit qu'on allait faire connaissance, alors je veux vous connaître avant de vous raconter ma vie. C'est normal, non ?
Psy : Non. Au contraire, plus j'apparaîtrai comme quelqu'un de neutre, plus il sera facile pour vous de vous livrer.
Suzanne : C'est votre point de vue.
Psy : Et celui de tous les psys ! Ça marche comme ça une psychothérapie.
Suzanne : J'en ai jamais fait.
Psy : C'est ce que je constate, oui.
Suzanne : Et vous ?
Psy : Oui, les psys sont tenus d'être supervisés comme on dit. On a nous aussi besoin de se décharger.
Suzanne : Ah ! Vous avez enfin répondu à une des mes questions ! Alors je continue ! Vous dormez combien d'heures par nuit ?
Psy : Non, s'il vous plaît ! On vient pour vous, pas pour moi.
Suzanne : Vous avez peur du sang ?
Psy :...