La bonnetière de Mémé

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Le foyer de Félix et Juliette Michaud est en pleine effervescence : Gaston, ami d’enfance de Félix, est attendu pour souper en compagnie de sa « douce » Rosemonde, écrivain à succès. Félix et Gaston ne se sont pas vus depuis longtemps et il convient de fêter dignement ces retrouvailles ; d’autant plus que Gaston est contrôleur des impôts et que le couple Michaud, en proie à un petit problème fiscal, compte bien sur l’appui de ce dernier pour se tirer de ce mauvais pas. L’arrivée impromptue d’un trio de manouches haut en couleur, les maladresses de Lucile, la fille Michaud en pleine crise d’adolescence, vont conduire le souper à la catastrophe. Tout va alors se compliquer pour Félix et Juliette et pour le plus grand plaisir des spectateurs. Comment trouver les finances nécessaires aux impôts ? Suite à une séance inénarrable de voyance, Juliette pense avoir trouvé la solution : « La solution est dans la bonnetière ! » Hélas, loin de s’arranger, la situation va prendre un tour inattendu. Que cache cette bonnetière que tout le monde convoite ? Qui sont les manouches ? Qu’en est-il de Rosemonde ?

Toutes ces questions trouveront une réponse au bout d’une heure quarante de situations cocasses, de scènes hilarantes (voyance, poudre magique) et de dialogues pleins de finesse, d’humour et de sentiments. Ouvrez les portes de la bonnetière, vous ne le regretterez pas !

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ACTE I

scène 1

Félix, Lucile

 

Dans la cuisine de Félix. Décor traditionnel avec une vieille bonnetière. Au lever de rideau Félix et Lucile jouent aux dames.

Félix - Alors tu penses jouer aujourd’hui ou tu préfères attendre demain ?

Lucile - Mais je viens de jouer, c’est pas mon tour !

Félix - Ah non ! Tu ne vas pas commencer, je te dis que c’est ton tour. C’est chaque fois pareil : tu me tarabustes pendant une demi-heure pour que je joue aux dames et à la première attaque tu te défiles. T’es vraiment pas drôle tu sais !

Lucile - Non mais qu’est-ce qui faut pas entendre ! C’est toi qui es venu me chercher et maintenant que tu vois que je vais te bouffer un pion tu cherches à passer la main. Pfou ! C’est stressant de jouer avec toi !

Félix - Mais vas-y, dis que je triche tant que tu y es ! Je sais pas si un jour tu apprendras à perdre, c’est qu’un jeu après tout. Si tu savais le nombre de fois où j’ai dû perdre moi aussi pour apprendre à jouer ! Seulement dans la vie il faut un peu de volonté. Bon, on va pas y passer la nuit alors pour te faire plaisir je joue mais c’était pas à moi. Tiens, t’es contente ? À toi maintenant.

Lucile - Sûr que là c’est à moi, et hop… (Elle ramasse trois pions.)… hop, hop, et dame ! C’est pas beau ça ? (Elle se lève et fait le V.)

Félix - Bon bé t’as fait une dame y a pas de quoi sauter au plafond ! Surtout en trichant. C’est bien la dernière fois que je joue avec toi. (Il avance un pion.) Mais rira bien qui rira le dernier ! Allez, quand tu auras fini de « t’esparpailler1 » tu pourras revenir jouer.

Lucile - Quel mauvais joueur tu fais ! Pour une fois que je fais une dame, tu vas pas en faire une syncope. (Elle joue.) Vas-y.

Félix - Et voilà, elle fait encore de l’antijeu ! Là tu devrais me prendre avec ta dame, t’as pas le droit de faire ça, on a dit qu’on jouait sans souffler, faut que tu prennes je te dis.

Lucile - Oui, mais si je te prends, ma dame est foutue. Tandis que si je me fais souffler ça m’arrange.

Félix - T’es pas là pour t’arranger, t’es là pour jouer ! Non mais quelle bique celle-là ! « Ça m’arrange, ça m’arrange… » Hé bé moi ça m’arrange pas, figure-toi, alors tu prends ou tu prends pas ?

Lucile - Oh ! je sais pas ! J’ai plus envie de jouer, c’est pas drôle avec toi, toujours tu rouspètes. (Elle se lève.)

Félix - Je rouspète pas, je constate une fois de plus que ma fille qui prétend avoir quinze ans a des comportements d’une gamine qui rentre au CP. (Lucile fait semblant de partir.) Bon, allez, d’accord, je te souffle ton pion et on continue. Allez, à toi, fais voir ce que tu sais faire quand tu oublies de tricher.

Lucile - D’abord je triche pas, je finasse, je joue l’intimidation et ça marche. Té regarde : hop, hop, hop et hop ! (Elle lui prend quatre pions.) Et encore une dame pour la demoiselle.

 

1 t’esparpailler : t’agiter

Félix - Alors là cette fois tu dépasses les bornes ma petite. Tu pouvais pas aller à dame, j’avais bouché le passage, combien de fois faudra que je t’explique les règles, on prend un pion quand on peut le sauter et pour le sauter faut que la case suivante soit libre. C’est pas compliqué quand même !

Lucile - C’est bien ce que j’ai fait.

Félix - Je te dis que tu pouvais pas, « sos testa ma paouvre1 ».

Lucile - Oh ! puis zut ! Si c’est comme ça, les voilà tes pions. (Elle lui jette tout à la figure.) T’as qu’a jouer tout seul, au moins peut-être que t’arriveras à gagner !

Entrée de Juliette qui porte une pile d’assiettes.

 

 

scène 2

Juliette, Félix, Lucile

 

Juliette - C’est quand même malheureux que tu puisses pas jouer une fois avec ta fille sans la faire mettre en colère.

Félix - Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? Ma fille, comme tu dis ne supporte pas de perdre et elle n’admet pas d’avoir tort ; pour trouver plus « capude2 » qu’elle faut se lever tôt le matin. Je te le dis !

 

1 sos testa ma paouvre : t’es têtue ma pauvre

2 capude : têtue, bornée

Lucile - Mais c’est pas vrai, c’est toi qui arrêtes pas de faire des simagrées ! Et une fois faut que je prenne et une fois faut pas que je prenne. T’es instable comme mec, faudra te faire soigner mon pauvre papa !

Félix - Fais attention à ce que tu dis ma petite. Je suis peut-être instable mais je suis pas encore manchot alors si c’est une calotte que tu veux faut le dire ! Moi je croyais te faire plaisir en te proposant une partie et voilà le résultat !

Juliette - Arrête, toi aussi, t’es encore plus bête qu’elle ! T’es qu’un gamin, té ! Pas autre chose, j’ai deux gamins à m’occuper. En attendant je vous signale qu’au lieu de faire les pingouins vous feriez mieux d’aller vous préparer, nous avons du monde à souper au cas où vous le sauriez pas !

Félix - On a du monde à souper ? Vous auriez pu le dire !

Juliette - Mon pauvre, tu me désespères. Je te l’ai encore dit pas plus tard que ce matin : « Rentre pas trop tard ce soir, j’ai invité Gaston et Rosemonde pour souper. » Ça fait des jours que je te le corne aux oreilles : « Lundi soir Gaston et Rosemonde viennent souper. » Quand je te le dis que tu m’écoutes pas quand je te parle !

Félix - Mais si, je t’écoute mais j’avais pas dû t’entendre.

Lucile - Alors là tu en fais peut-être un peu trop, hé ! Papa, j’étais là ce matin quand maman te l’a dit même que ça te faisait drôlement « couchirer1 ».

Félix - Toi, on t’a pas demandé ton avis, hé. Alors comme ça t’as invité « pisse trois gouttes » et sa duchesse ? Hé bé ça promet une sacrée soirée en perspective.

 

1 couchirer : soupirer

Juliette - Félix, enfin ! Combien de fois faudra-t-il que je te répète de ne pas appeler Gaston « pisse trois gouttes » surtout devant les enfants. C’est d’un goût ! Et sa femme c’est pas parce qu’elle vient de la ville et qu’elle a un prénom un peu tarabiscoté qu’il faut que tu la dénigres par tous les moyens, on la connaît pas après tout elle est peut-être très bien cette Rosemonde.

Félix - Oh ! ça j’en doute pas ! Faut qu’elle soit vraiment d’une espèce rare pour que « pisse trois gouttes » l’ait ramenée de Paris dans ses bagages. D’habitude elles font toutes la valise avant qu’il ait pu fermer le couvercle.

Lucile - Mais enfin pourquoi tu appelles Gaston « pisse trois gouttes » ?

Félix - Ça te regarde pas, c’est des affaires d’hommes.

Juliette - Papa a raison et d’ailleurs il faut pas l’appeler comme ça.

Félix - Ça fait trente ans que je l’appelle « pisse trois gouttes » et c’est pas parce que M. Gaston travaille aux impôts que je vais changer mes habitudes. Même si un jour il devient ministre des Finances pour moi ça sera toujours « pisse trois gouttes » un point c’est tout.

Lucile - Alors vous ne voulez pas me dire pourquoi vous l’appelez comme ça ?

Juliette - Et à quoi ça va t’avancer de le savoir ? Tu peux me le dire ?

Lucile - À rien, c’est juste pour savoir, c’est pour enrichir mes connaissances.

Juliette - D’habitude t’es pas si pressée pour les approfondir tes connaissances.

Félix (hausse les épaules) - Tu parles, ses « connaissances » ! À part ses beaux minets à la télé et sa musique de « neïche1 » je me demande ce qu’elle connaît.

Lucile - Toi, à la bonne heure. Tu t’es arrêté à la Comtesse de Ségur et aux « Pieds Nickelés », le monde a évolué depuis, faut atterrir un peu de temps en temps.

Juliette - Ah non ! Vous allez pas recommencer. (À Lucile.) Toi d’abord tu vas aller te préparer et tâche de t’habiller comme il faut pour une fois !

Lucile - C’est fou ça ! On peut rien faire dans cette baraque ! Je m’habillerai comme je voudrai. (Elle sort puis revient à la porte.) Et pour « pisse trois gouttes » puisque vous voulez pas me le dire je lui poserai la question moi-même un de ces jours et toc ! (Elle sort.)

 

 

scène 3

Juliette, Félix

 

Pendant la scène Juliette prépare les bouteilles d’apéritifs…

Félix - Ah là là ! Quel caractère ! Je sais pas de qui elle tient mais moi elle m’épuise.

Juliette - Qu’est-ce que tu veux, c’est l’âge, ça lui passera, on a tous connu ça.

Félix - Hé bé ! Vivement que ça lui passe. (Il s’assoit.)

 

1 neïche : fou

Juliette - C’est pas le moment de poser tes fesses, nos invités vont arriver d’ici un quart d’heure et t’es pas encore prêt. Devinez qui on va attendre ? C’est Félix pour changer un peu !

Félix - Oh ! punaise ! C’est vrai, j’y pensais déjà plus. Mais quelle idée t’as eue de les inviter ceux-là !

Juliette - Non mais entendez-moi-le cet hypocrite ! Je te rappelle que c’est toi qui as eu l’idée. Je t’entends encore me dire : « Faut inviter Gaston et sa copine un de ces soirs, on vit comme des sauvages, ça fait six mois qu’il est revenu au village et on s’est pas encore adressé la parole, quand je pense que c’était mon meilleur ami d’enfance… »

Félix - Moi je t’ai dit ça ?

Juliette - Oui, toi ! C’est bien pour ça que je l’ai fait d’ailleurs parce que pour moi, ton Gaston, moins je le vois, mieux je me porte. Et sa Rosemonde qui a toujours l’air de prendre les gens pour des crétins ou des demeurés… J’ai autant envie de la voir que d’aller à une conférence sur les moteurs Diesel figure-toi.

Félix - C’est vrai que t’as peut-être pas tort, on aurait dû en discuter davantage.

Juliette - En attendant c’est un peu tard pour en discuter. Allez, file te préparer, va ! Et puis on sait pas, tu pourrais peut-être profiter de l’occasion pour parler un peu à Gaston de ce contrôle fiscal qui va nous coûter les yeux de la tête parce qu’on a perdu une facture ; après tout il est contrôleur du fisc oui ou non ?

Félix - Ah non ! Tu n’y penses pas ! Sinon il va avoir l’impression qu’on l’a invité par intérêt. Au contraire on lui en parle pas et on le soigne bien des fois que ça lui revienne tout seul à l’idée en voyant passer notre dossier un de ces jours au bureau.

Juliette - Comme tu voudras. C’est pas bien franc comme méthode mais après tout leur contrôleur à la noix lui non plus il était pas bien franc ! Bon, assez bavardé. Dépêche-toi je te dis.

Félix - J’y vais mais alors appelle Lucile pour qu’elle libère un peu la salle de bains sinon je suis pas près d’être prêt avant qu’elle ait fini avec toutes ses « poutïngues1 ».

Juliette - T’exagères ! Faut bien qu’elle pense un peu à prendre soin d’elle, c’est une fille, ça a toujours été comme ça et d’ailleurs en d’autres temps ça te déplaisait pas les jeunes filles bien pomponnées, non ?

Félix - Je te parle pas de ça, mais elle est toujours à se reluquer dans la glace pendant que je me rase. Té, je te fais voir : suppose que tu es devant la glace en train de te raser, moi je fais Lucile. (Il place Juliette devant une glace.) Ah ! t’es là, je savais pas ! (Il la pousse un peu.) Attends fais voir un peu. (Il la pousse.) Qu’est-ce que j’ai là ? (Il la pousse.) Ah non ! C’est un reflet, ouf ! Je croyais que c’était un point noir. (Il revient.) Ouah ! Et là ça va pas. (Il la pousse.) Cette mèche, quelle horreur ! Je l’avais bien dit à maman que ça allait pas. Té, passe-moi le gel. (Il la pousse, elle le repousse avec force.) Hé doucement, la glace est à tout le monde ! (Il la repousse.) Tu trouves pas que ça fait schnock peignée comme ça ?

On frappe.

À ce moment, Lucile passe la tête à la porte. Elle est enveloppée dans une serviette de bain.

Lucile - Hé les gosses, quand vous aurez fini de jouer au mime Marceau, vous irez ouvrir ! On frappe, je vous signale !

 

1 poutïngues : pommades, onguents

Juliette - On frappe ! (On entend frapper à nouveau.) Mon Dieu ! Les voilà et moi qui n’ai pas encore fini de me raser… je veux dire de mettre la table. (À Félix.) Allez, toi, ouste ! Tu vois un peu où ça nous mène tes imbécillités ?

Félix se sauve et Juliette va ouvrir. Entrée de Rosemonde et de Gaston.

 

 

scène 4

Juliette, Rosemonde, Gaston

 

Rosemonde a une tenue excentrique, elle se tient droite. Gaston, en tenue stricte, porte un grand pot de fleurs.

Juliette - Entrez, entrez chers amis. Quand même je ne suis pas pardonnable, laisser nos invités patienter derrière la porte… Je vous prie de m’excuser mais je ne vous avais pas entendus. Il y a longtemps que vous étiez là ?

Rosemonde - Je ne sais pas, nous n’avons pas regardé la montre.

Gaston - Mais non, mais non, on arrivait juste et puis ne vous tracassez pas. Cela n’est pas bien grave au fond.

Rosemonde - Effectivement mon roudoudou, tu as raison, cela n’est pas bien grave, mais voyez-vous ma chère afin d’éviter à l’avenir de tels désagréments, il serait peut-être fort judicieux de votre part de faire installer une sonnette électrique ; c’est tellement plus moderne et tellement plus efficace. Mais on bavarde, on bavarde, et nous ne nous sommes même pas présentés. Vous êtes Juliette Michaud je présume ?

Juliette - C’est cela et…

Rosemonde (la coupe) - Je me présente donc : Rosemonde de l’Azur. (Elle tend la main à Juliette.) Mais étant donné que désormais nous serons voisines puisque le hasard a voulu que je vienne habiter à côté de chez vous appelez-moi simplement Rosemonde, et voici Gaston mon mari.

Gaston va pour dire...

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