La grande courge
Un homme aidé par son meilleru ami tente de résister à sa femme e t sa famille et à un illuminé qui prétend le faire changer de vie.
🔥 Ajouter aux favorisUn homme aidé par son meilleru ami tente de résister à sa femme e t sa famille et à un illuminé qui prétend le faire changer de vie.
🔥 Ajouter aux favorisACTE 1
Scène 1 : Hippolyte, Gisèle, Adeline
Hippolyte entre en robe de chambre. Il semble las de tout. Il ouvre un placard, regarde à l'intérieur, puis le referme déçu. Il ouvre un autre meuble, puis le referme, toujours déçu. La bonne entre.
Gisèle - Monsieur cherche quelque chose ?
Hippolyte - Je ne vois rien à me mettre sous la dent.
Gisèle - Monsieur veut que je lui prépare une petite salade ?
Hippolyte - Vous n'auriez pas un gros bifteck à la place ?
Gisèle - Monsieur devrait attendre l'heure du repas.
Hippolyte - Je vais avoir du mal à tenir.
Gisèle - J'ai bien un reste de poulet en cuisine.
Hippolyte - Gisèle, vous me sauvez la vie ! J'adore le poulet.
Gisèle et Hippolyte se dirigent vers la cuisine, Adeline entre.
Adeline - Hippolyte ! Je peux savoir où tu vas ?
Hippolyte - Je vais dans la cuisine.
Gisèle - Monsieur a faim, j'ai pensé qu'un peu de poulet ne lui ferait pas de mal.
Adeline - Du poulet ! Alors que nous avons prévu un repas spécial pour son anniversaire, et monsieur veut manger du poulet avant que nous passions à table.
Hippolyte - C'est que j'ai du mal à tenir..
Adeline - Satisfaire tout de suite tes désirs, c'est tout toi ça. Quand on n'peut pas se tenir, faut se retenir !
Gisèle - C'est pas des choses à faire à un homme.
Adeline - Quand vous aurez un homme à vous, vous lui ferez ce que vous voudrez. Pour l'instant, celui-là c'est encore le mien, et j'en fais ce que j'veux !
Gisèle - (En ronchonnant) Ce serait le mien, je ne le laisserais pas mourir de faim.
La bonne part en cuisine
Scène 2 : Hippolyte, Adeline
Adeline - Cette bonne est d'une effronterie incroyable.
Hippolyte – Elle dit ça parce que ça l’inquiète ; c’est que j'ai un peu faim..
Adeline - Tu as toujours faim ! Tu manges trop, tu manges trop vite ; d’ailleurs, tu fais fais tout trop vite !
Hippolyte - Ça veut dire quoi ça ?
Adeline - Alors qu'il suffit de prendre un peu de temps pour apprécier les choses. Mais non monsieur est un rapide. Il ne regarde pas le paysage. Comme dans l’Tour de France ! Monsieur n’a pas l'temps, il fonce.
Hippolyte - C'est pas d'ma faute, j'ai été élevé au poulet.
Adeline - Du poulet ? Depuis que je te connais, t'en as mangé des tonnes. Tu réalises ? Toutes ces pauvres bêtes mortes par ta faute, tu les as sur la conscience.
Hippolyte - Mais quand je mange, je digère toujours bien.
Adeline - Moi, y'a des trucs que j'mange pas, et que je n'digère pas du tout.
Hippolyte - Mais chérie ?
Adeline - (Elle le singe) «Chérie ! » N'essaie pas de m'apitoyer ! Tu mangeras comme moi ! Et pour ton anniversaire, tu vas avoir droit à quelque chose que tu n'as pas souvent..
Hippolyte - Ah bon ? .. On va..
Adeline - J'ai pas dit que c'était Noël. Tu auras un petit plat dont tu te souviendras.
Hippolyte - Du poulet !
Adeline - Du pâté.
Hippolyte - (Content) Du pâté d'poulet !
Adeline – De concombre. Qu’est-ce qu’il dans l’concombre ? De la vitamine C, de la vitamine K, du potassium, du magnésium, ça donne très peu de calories, et c'est bon pour le cœur, le foie, les reins, et on peut même les mettre en bouillie sur la figure. En même temps, ça ne te ferait pas d'mal.
Hippolyte - Ça veut dire quoi ? Que je n'suis pas beau ?
Adeline - Y'a mieux.
Hippolyte - Tu n'as pas de cœur.
Adeline - Justement, j'en ai un, et le mien, moi, j'en prend soin.
Hippolyte - Mais c'est pas d'la nourriture, le concombre ?
Adeline - T'as qu'à faire la cuisine !
Hippolyte / Et Martial, qu’est-ce qu’il va dire ?
Adeline / Ce qu’il voudra. Faut pas qu’il se plaigne, je l’ai invité, et j’étais pas obligée..
Elle sort. Hippolyte prend le téléphone.
Hippolyte - (Il prend le téléphone) Allô ? Martial ? .. Dis … Est-ce que t'aimes les concombres ? .. Super ! Parce que ma femme en a fait du pâté pour le dîner. Alors, si tu voulais bouffer autre chose, tu pourrais passer chez l'boucher. .. Oui. T'en commandes une douzaine. Et aussi du pâté ! Et c'que tu veux après.. Bon j'arrête. Je n'peux pas parler plus, je suis sur écoute. Non ! Pas d'légumes ! T'as noté ? .. Ah Martial. Tu me sauves la vie.
Adeline revient
Adeline - T'appelais qui ?
Hippolyte - Martial. Il va être un peu en retard, il doit faire une course.
Adeline - Sûrement une course au café. Ça ne m'étonne pas que sa femme se soit barrée.
Hippolyte - C'est pas d'sa faute si sa femme est partie avec un autre.
Adeline - Et elle a bien fait. Sauf qu'avec moi, c'est le cocu qui aurait dégagé.
Hippolyte - Il est gentil, Martial.
Adeline - C'est ça, gentil, prétentieux, ringard, analphabète et fainéant.
Hippolyte - C'est mon meilleur ami. On s'est connu quand on était tout petit.
Adeline - Et bien vous devez en avoir des choses à vous raconter depuis la crèche.
Hippolyte – La première fois que je suis allé pêcher, c’était avec lui. J’avais même pris un vairon. Grand comme ça !
Adeline - C'est ça. Le premier poisson, la première cuite, la première connerie, et la première fille, c'était encore avec ton meilleur ami.
Hippolyte - T'exagères toujours.
Adeline - A peine ! Parce que ta première fille, c'était sûrement le jour de ta première cuite, et si ça s'trouve y'avait même pas d'fille, y'avait qu'vous deux.
Hippolyte - Tu dis n'importe quoi. Martial, il sait se tenir en société.
Adeline – Ah bon ? C'est à peine s'il arrive à se tenir à la table quand il a picolé.
Hippolyte - Il sait être raisonnable.
Adeline - C'est sûr qu'aujourd'hui, sans pinard, il sera raisonnable.
Hippolyte - (Angoissé) Y'aura pas d'pinard ? Qu'est-ce t'as fait du pinard ?
Adeline - Je l'ai vidé.
Hippolyte - Tu l'as bu ?
Adeline - J'ai tout vidé par terre.. Cul sec !
Hippolyte - T'as jeté le vin ! Au prix que ça coûte !
Adeline - Ce n'est pas assez cher ! Et moi, si j'étais au gouvernement, je te mettrai une taxe à cinquante pour cent sur le pinard ! Ça rapporterait dix fois plus que les bagnoles !
Hippolyte - (Désespéré) Toute ma collection de vin..
Adeline - T'as qu'à collectionner des timbres ça fait moins d'mal.
Hippolyte - J'avais même un château Petrus que je réservais pour mon anniversaire.
Adeline - Ton château Machin, si tu veux y goûter, va à la cave, tu lécheras le sous-sol.
Hippolyte - C'est pas possible ! Qu'est-ce qu'on va boire ?
Adeline - Du jus d'carotte. Ça rend aimable. Et si ton grand meilleur ami veut prendre une cuite au jus d'carotte, il va avoir du mal, même en y passant la s'maine,
Hippolyte - Mais Martial, le jus d'carotte, ça va le rendre malade !
Adeline - On le soignera avec du jus d'tomate.
Hippolyte - (Effondré) Du jus d'tomate..
Adeline - Et si tu n'aimes ni les carottes, ni les tomates, t'auras du jus d'courgette !
Hippolyte - Du jus d'courgette.. J'ai jamais bu d'courgettes !
Adeline – J’en ai fait trente litres.
Hippolyte - Quand je t'ai connue, tu ne buvais pas du pamplemousse..
Adeline - J'aurais dû. A jeun, je ne serais pas restée.
Hippolyte - Ça veut dire quoi ça ?
Adeline - Ca veut dire qu'après le mariage, y'a deux sortes de mariés, ceux qui se mettent à boire, et ceux qui décident d'arrêter.
Hippolyte - T'es arrivée à faire du jus avec une courgette ?
Adeline - On peut en faire, même avec des radis. C'est ma mère qui m'a donné la recette.
Hippolyte - Ta mère ! Toujours ta mère..
Adeline - (Inquiétante) Attention ! On ne dit pas du mal de ma mère !
Hippolyte - De quoi elle se mêle ?
Adeline - Du bonheur de sa fille !
Hippolyte - Ta mère, c'est un emm..
Adeline - Non ! Ne me l'dis pas ! Tu lui diras en face, ça mettra un peu d'animation.
Hippolyte - T'as invité ta mère à mon anniversaire ?
Adeline - J'allais quand même pas invité la tienne !
Hippolyte - Qu'est-ce qu'elle t'as fait, ma mère ?
Adeline - Elle t'as fait toi, c'est déjà assez.
Hippolyte - C'est quand même mon anniversaire !
Adeline - C'est pas celui de ta mère !
Hippolyte - Mais ma mère va être déçue de ne pas être invitée.
Adeline - Si personne ne lui dit, elle ne saura pas que c'est ton anniversaire.
Hippolyte - C'est quand même elle qui m'a mis au monde, elle doit s'en rappeler.
Adeline - C'est pas sûr, les femmes, ça préfère se rappeler les bons moments.
Adeline se dirige vers la cuisine.
Hippolyte - Tu vas où ?
Adeline - Je suis chez moi, je vais où j'veux.
Hippolyte - Je peux t'aider ?
Adeline - Puisque tu veux servir à quelque chose, t'aideras Gisèle à mettre la table, ça t'ouvrira l'appétit.
Adeline sort, Hippolyte prend le téléphone
Hippolyte - Allô Martial ? C'est encore moi. .. Pendant que tu y'es, tu pourrais ramener une bouteille, non trois. Et pas d'la flotte hein ! .. Ah Martial, t'es trop gentil. (Il raccroche)
Scène 3 : Hippolyte, Gisèle
Gisèle entre
Gisèle - Madame m'a dit que vous vouliez mettre la table ?
Hippolyte - Pas tout à fait. Que je vous aide à mettre la table.
Gisèle - Ca m'étonnait aussi. Parce qu'elle dit tout l'temps que tous seul, vous n'arrivez jamais à grand chose.
Hippolyte - Elle dit ça ?
Gisèle - Je devrais rien dire, monsieur, mais votre femme, moi, si c'était la mienne, elle verrait qui c'est l'homme !
Hippolyte - Gisèle, vous avez raison. Mais si je disais le dixième de ce que j'pense, je s'rais mort.
Gisèle - Ma mère, elle n’aurait jamais laissé mon père mettre la table. C'était une question de principe. Les hommes, assis ! Les femmes, debout !
Hippolyte – C’était mieux avant. (Chuchoté) C'est une extrémiste.. Malheureusement, des vraies femmes, comme vous, y'en a plus.
Gisèle - C'est que j'ai été élevée à l'ancienne, monsieur. Moi les hommes, je suis pour !
Hippolyte - Les femmes sont beaucoup plus douées que les hommes pour certaines tâches. Est-ce que je fais de la couture, moi ?
Gisèle - Vous pourriez. Parce que les grands couturiers, c'est jamais des femmes !
Hippolyte - Mais c'est vrai ça. J'avais jamais remarqué. Même quand c'est une tâche réservée aux femmes, nous les hommes, on fait mieux.
Gisèle - Et en cuisine, les grands chefs, c'est toujours des hommes !
Hippolyte - Ah mais oui. Vous voyez, Gisèle, ma femme, en ne faisant rien, je lui laisse une chance d'être la meilleure.
Gisèle - Alors ça c'est vrai !
Hippolyte - Ah Gisèle.. Des femmes comme vous on en manque.
Gisèle - Des fois, je me sens bien seule.
Hippolyte - Euh.. A propos. Vous n'auriez pas un peu de pinard ?
Gisèle - Non monsieur. Y'a plus d'vin.
Hippolyte - Allons.. Une petite bouteille..
Gisèle - Je ne bois que le vin de monsieur, et y'en a plus.
Hippolyte - Vous n'avez pas une réserve personnelle ? En cas d'coup dur ?
Gisèle - Je suis désolée, monsieur, mais je n'peux pas.
Hippolyte...