La Statue
Cyril et Laurent, débarquent chez leur ami Jérôme pour la soirée. Laurent fraîchement largué par sa femme et ses maîtresses espère squatter chez son ami d’enfance, sculpteur en panne d’inspiration dont la copine est aux États-Unis. La soirée dérape quand Cyril embrasse Jérôme sur la bouche et avoue être amoureux de lui depuis vingt ans. Le lendemain, Virginie rentre plus tôt que prévu et découvre Laurent en train de danser dans l’atelier. Entre quiproquos hilarants, statue ratée et tentatives maladroites de rattrapage, les quatre vont devoir démêler malentendus et non-dits dans une comédie de boulevard moderne où l’amitié résiste (presque) à tout.
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En avant scène. Rideaux fermés.
En off, avec bruitage d’avions de ligne.
LAURENT – Attends moi, putain !
Avion.
CYRIL – Quoi ?
LAURENT, hurlant – J’ai dit : ATTENDS !
CYRIL – C’est bon, je t’attends. Inutile de gueuler !
Avion.
LAURENT – T’es marrant toi ! Avec tous ces avions, on s’entend plus !
CYRIL – En même temps, on est à Roissy-en-France… L’aéroport n’est pas très loin.
Avion.
LAURENT – J’avais remarqué !
Ils entrent sur le proscenium.
CYRIL (qui tient un sac style Fauchon) - Pourquoi t’as pris des fleurs ?
LAURENT, qui porte un petit sac à dos et tient un bouquet à la main - Pour offrir ! T’en as de bonnes toi !
CYRIL - Des roses rouges ! Il va prendre ça pour une déclaration !
LAURENT - C’que t’es con ! C’est pas pour Jérôme, c’est pour Virginie !
CYRIL - Virginie ? Elle n’est même pas là Virginie !
LAURENT - Merde alors ! Elle l’a déjà quitté ?
CYRIL - Non, elle est aux States…
LAURENT - Ah bon ? Qu’est-ce qu’elle fout aux States ?
CYRIL - Je ne sais plus… Une mission humanitaire ou un truc dans le genre.
LAURENT - Une mission humanitaire aux States ? Tu rigoles ou quoi ?
CYRIL - On s’en fout ! Tu sais que tu as l’air tarte avec tes fleurs ? Dire que tu comptais offrir des roses rouges à une femme que tu connais à peine ! La nana d’un autre en plus !
LAURENT - Oui, bon ! A l’origine je voulais les offrir à Mélanie…
CYRIL - Ta femme ? Je croyais qu’elle t’avait foutu à la porte ?
LAURENT - Justement : c’était une tentative pour rentrer…
CYRIL - Je vois.
LAURENT - Ensuite je les ai proposées à Juliette. Elle m’a envoyé…
CYRIL - …Sur les roses ?...
LAURENT - …Promener. Patricia non plus n’a pas voulu de mes fleurs !
CYRIL - C’est élégant de vouloir offrir successivement les mêmes fleurs à sa femme puis à ses maîtresses !
LAURENT - Elles n’en savaient rien !
CYRIL - Il faut croire que tu es prévisible mon pauvre Laurent !
LAURENT - Oui, oh, ça va ! (Un temps.) En attendant, je n’sais pas où je vais dormir ce soir…
CYRIL - C’est pas de pot !...
LAURENT (plein d’espoir) - Oui, hein ?
CYRIL - Oui. Je t’aurais bien accueilli, mais je suis en travaux chez moi. J’ai à peine la place de me retourner.
LAURENT - Des travaux ? Tu ne m’en avais pas parlé…
CYRIL - C’est tout récent. En même temps, cela ne présente pas beaucoup d’intérêt !
LAURENT - Ah ben si, quand même !
CYRIL - Tu trouves ?
LAURENT - Oui. (Un temps.) Tu fais quoi comme travaux dans ton studio ?
CYRIL - Je mets la cuisine à la place du séjour et la chambre dans la cuisine.
LAURENT (interloqué) - …Mais ? Il n’y a qu’une seule pièce dans ton studio - d’où son nom - Je ne vois pas l’intérêt de faire autant de travaux : il te suffit de déplacer ton coin couchage.
CYRIL (agacé) - Tu es gentil Laurent, c’est moi qui l’habite ce studio. Si j’ai envie de foutre la cuisine côté mur plutôt que côté fenêtre, c’est mon problème !
LAURENT - Et ton propriétaire est d’accord ?
CYRIL (embarrassé) - Oui… non… peut-être. C’est sans importance !
LAURENT - Sans importance ? Tu risques d’avoir des problèmes avec ton proprio s’il n’est pas au courant !
CYRIL - Tu as l’intention d’aller lui dire ?
LAURENT - Non, bien sûr. Surtout que je ne le connais pas…
CYRIL - Tu vois ? C’est sans importance. En attendant, il y en a bien pour six mois de travaux chez moi…
LAURENT - Ah ? Quand même !
CYRIL - Oui. (Un temps.) Bon allez, jette tes roses !
LAURENT - Non mais, t’es pas bien ? Avec tout le mal que je me suis donné !
CYRIL – Tu ne vas pas me faire croire que tu les a faites pousser !
LAURENT – Ben non ! Elles viennent du Père Lachaise.
CYRIL (choqué) – Tu les a piquées sur une tombe ?
LAURENT – Forcément… Au Père Lachaise…
CYRIL – Tu pousses ! Voler les fleurs d’un mort !
LAURENT – Oui, oh ! Il va pas porter plainte ! De toute façon, il s’est rendu compte de rien.
CYRIL – Evidemment ! Je me doute bien que les macchabées ne sortent pas tous les soirs pour faire l’inventaire de leurs tombeaux !
LAURENT – Bon ben alors, il y a pas de quoi en faire tout un drame !
CYRIL – T’es pas croyable ! (Un temps.) En attendant, je ne vois pas en quoi tu t’es donné du mal pour ramasser ces fleurs.
LAURENT – J’ai été obligé de piquer un cent mètres, car le gardien m’avais vu. Le salaud ! Il est vieux, mais il a de l’endurance ! (Un temps, satisfait.) Heureusement, j’avais mon booster ! (Un temps, observant le bouquet.) Bon, tant pis, je vais les offrir à Jérôme. Je ne peux tout de même pas venir les mains vides… Surtout si je veux lui demander de rester coucher… (Un temps.) C’est grand chez lui ?
CYRIL - C’est un atelier. Jérôme s’est plus au moins mis à la sculpture…
LAURENT (radieux) - Ça doit être grand...