Acte 1
Scène 1
!-- 1 : Laurent - Fabienne
Phrase mal tournée --(On entend la porte d'entrée qui s'ouvre. Laurent qu'on ne voit pas parle au téléphone).
LAURENT - Oui José... Parle moins vite, je ne comprends pas ce que tu dis...
(Laurent entre sur scène, un avis de recommandé et un sac de courses à la main).
Quoi une lettre recommandée ?...
Oui j'ai bien reçu un recommandé. J'irai le chercher demain...
Toi aussi tu l'as reçu ?...
Quoi !...
Comment ça une convocation au tribunal ? Pour quelle raison ?...
Tu t'en doutes ?...
Oui, je sais, on n'a pas le droit de se payer des vacances avec l'argent de l'entreprise. Mais tout le monde le fait,..
Abus de biens sociaux, abus de biens sociaux, comme tu y vas !...
Ah, tu crois ?...
Si on est mis en examen pour abus de biens sociaux, on est dans la merde, mon vieux... Écoute, renseigne-toi sur le juge d'instruction chargé de l'affaire...
Oui, pour savoir à quelle sauce on sera mangés. J'irai chercher mon courrier demain matin...
Ouais de toute façon, on est mal...
Oui, rappelle-moi quand tu as plus d'infos. Salut José.
(Laurent raccroche).
Mais c'est pas vrai ! Mis en examen... Si je m'y attendais.
(Laurent pose le sac et le recommandé sur une table. On entend la porte d'entrée, puis Fabienne entre sur scène).
FABIENNE - Bonjour chéri.
LAURENT - Bonjour Fabienne.
FABIENNE - Tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé.
LAURENT - Toi non plus !
FABIENNE - Pourquoi, qu'est-ce qu'il se passe ?
LAURENT - Non, toi d'abord, gardons le meilleur pour la fin.
FABIENNE - Un truc de dingue ! Brrr... J'en tremble encore.
LAURENT - Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
FABIENNE - Figure-toi que j'ai failli me faire renverser par un camion-poubelle.
LAURENT - Ah bon ? Mais tu vas bien ?
FABIENNE - Oui, rassure-toi.
LAURENT - En même temps, un camion-poubelle, ça n’avance pas très vite.
FABIENNE - Ah si ! Celui-là roulait à au moins 50 kilomètres heure.
LAURENT - Dis donc ! Et comment ils prenaient les poubelles, les gars ? Au lasso ?
FABIENNE - Mais non, que tu es bête ! Ils avaient sans doute fini leur tournée. En tout cas, je l’ai échappé belle. C’est passé à ça.
LAURENT - Tu as eu de la chance alors !
FABIENNE - Oui, tu peux le dire. Une femme m'a comme qui dirait tirée en arrière au dernier moment. Tu te rends compte ? Elle m'a sauvé la vie !
LAURENT - En effet dis donc, tu as dû avoir une de ces frayeurs !
FABIENNE - Ah ça oui ! Mais tu ne sais pas encore le plus beau.
LAURENT - Quoi donc ?
FABIENNE - Cette femme, je la connais !
LAURENT - Ah bon ? C’est qui ?
FABIENNE - Tu ne la connais pas. C'est une ancienne camarade de fac.
LAURENT - Ça alors, le monde est petit.
FABIENNE - Comme tu dis ! On a fait toutes nos études ensemble.
LAURENT - C'est incroyable. Tu as été sauvée par une amie d'enfance.
FABIENNE - D'enfance, il ne faut pas exagérer. C'était l'université tout de même. Et puis, amie, c'est un peu fort. Je dirais plus une camarade.
LAURENT - C'est une façon de parler, ma chérie.
FABIENNE - Quoique... C'est amusant que tu parles d'amie, car c'est comme qui dirait le surnom qu'on lui donnait. Enfin, entre nous. Elle ne l'a jamais su.
LAURENT - Je comprends rien. Quel surnom ?
FABIENNE - On la surnommait « l'amie ».
LAURENT - Mais c'est pas un surnom, ça !
FABIENNE - Attends, je t'explique. Moi, j'étais en fac de sociologie, elle en fac de droit. On s'est connues sur le campus car on était dans le même club, figure-toi.
LAURENT - Un club de quoi ?
FABIENNE (gênée) - Oh je ne sais pas si je dois t'en parler. Tu vas te moquer de moi, je le sens.
LAURENT - Mais non, vas-y ! Surprends-moi.
FABIENNE - Tu me promets de ne pas rire, hein !
LAURENT - Croix de bois, croix de fer !
FABIENNE - Un club de pom-pom girls.
LAURENT - Quoi ? Tu as été pom-pom girl, toi ? Non... C'est une plaisanterie ?
FABIENNE - Je ne vois pas pourquoi ça t'étonne. Pourquoi je n'aurais pas été pom-pom girl ?
LAURENT - Je ne sais pas. Toi qui es si posée, si sage.
FABIENNE - Je ne vois pas le rapport. C'est un sport très honorable, tu sais.
LAURENT - Parce que tu appelles ça un sport, toi ?
FABIENNE - Bah oui ! C'est beaucoup d'exercice physique.
LAURENT - Pas tant que ça. C'est surtout des supporters.
FABIENNE - Je voudrais bien te voir le faire, tiens ! Tu ne tiendrais pas cinq minutes.
LAURENT - Agiter les bras avec des pompons, en criant des phrases débiles pour les sportifs, ça ne doit pas être si compliqué.
FABIENNE - Arrête, tu as promis de ne pas te moquer !
LAURENT - Non, j'ai promis de ne pas rire. Mais tu ne m'ôteras pas l'idée que pom-pom girl, ce n'est pas un sport.
FABIENNE - Arrête de dénigrer mon sport, Laurent, sinon je vais t'obliger à le faire et là, tu vas transpirer !
LAURENT - Excuse-moi, chérie. En tout cas, je ne comprends toujours pas le surnom de ton amie.
FABIENNE - L'amie, c'est ça ! Comme qui dirait le genre de fille un peu pénible, que tout le monde aime bien, mais de loin.
LAURENT - Pourquoi ? Qu'avait-elle de si désagréable ?
FABIENNE - Oh... Je me rends compte que je ne suis pas très gentille avec elle, alors qu'elle m'a sauvée. Mais quand même, à l'époque, elle n'était pas facile. Elle parlait tout le temps pour ne rien dire pendant des heures. Et blablabla, et blablabla. Une vraie pipelette. Séverine Coz, elle s'appelle.
LAURENT - Séverine Cause ? Sans blague ! Avec un nom pareil, si elle était si bavarde, elle n'avait pas besoin de surnom !
FABIENNE - Non. Coz, C.O.Z. C'est breton je crois. Ou basque je sais pas.
LAURENT - Et c'était votre amie, cette pipelette ?
FABIENNE - Disons qu'elle était gentille. Elle voulait tout le temps nous faire plaisir. Elle disait « Je fais ça parce que je suis votre amie ». Alors, on la surnommait « l'amie ».
LAURENT - Drôle de surnom, tout de même.
FABIENNE - C'est parce qu'elle s'appelait Coz ! L'amie Coz, à chaque fois qu'on croit en être débarrassé, elle revient.
LAURENT - La mycose. Super, le jeu de mot...
FABIENNE - Oh la la... Je réalise qu'on était méchantes, quand même !
LAURENT - En effet, ce n'est pas ton genre. Mais si elle était si pénible, pourquoi tu traînais avec elle ?
FABIENNE - Je t'ai dit, on était dans le même club de pom-pom girls. Et vois-tu, cette fille, elle était très généreuse. Le cœur sur la main. Toujours prête à rendre service. Alors bon, on la tolérait. Mais pas trop longtemps.
LAURENT - Dis donc, Fabienne. Tu m'as habitué à plus de charité ! Dénigrer une personne si adorable !
FABIENNE - Oui, j'ai honte quand j'y pense. Mais elle nous fatiguait à parler. Et bla bla bla, et bla bla bla... En plus, la reine de la gaffe. Tu sais, quand on parle trop, on finit toujours par dire des choses qu'on ne devrait pas dire. Donc on l'évitait autant que possible. Mais elle s'accrochait avec sa générosité débordante. On n'allait quand même pas la chasser. Comme je t'ai dit. L'amie Coz, impossible de s'en débarrasser. Un vrai pot de colle.
LAURENT - Fallait l'appeler la glu. Glu Coz, ça aurait été marrant aussi !
FABIENNE - Ah oui tiens, je n'y ai jamais pensé !
LAURENT - En tout cas, tu as fini par t'en débarrasser puisque je ne l'ai jamais connue.
FABIENNE - Oui, après la fac, elle a continué son droit et moi, je suis partie vers la bijouterie. Je ne l'ai plus jamais revue. Jusqu'à aujourd'hui. L'amie Coz est revenue et elle me sauve la vie ! J'ai l'impression que tout recommence.
LAURENT - Pourquoi dis-tu ça ?
FABIENNE - Parce qu'après ça, je me suis quand même sentie obligée de l'inviter à dîner.
LAURENT - Ah oui, je comprends maintenant. Mais c'est la moindre des choses.
FABIENNE - Je suis désolée, il va falloir la supporter ce soir.
LAURENT - Ah ? Tu l'as invitée ce soir ? Mais nous avons déjà invité Paul et Agnès.
FABIENNE - Ah flûte, j'avais complètement oublié ! Mais c'est peut-être mieux comme ça. Ça sera moins pénible si Paul et Agnès sont avec nous. Même si Séverine est très gentille, hein !
LAURENT - Mais j'ai déjà acheté un repas pour quatre chez le traiteur.
(Il montre le sac de courses).
FABIENNE - Oh tu sais, comme on dit dans ma famille, quand il y en a pour quatre, il y en a pour cinq.
LAURENT - Le problème, c'est que ce sont des assiettes individuelles déjà prêtes. Comment veux-tu diviser quatre assiettes en cinq ?
FABIENNE - Je vais me débrouiller, ne t'inquiète pas. Je vais prendre une autre assiette, puis prendre un quart de portion dans chaque assiette du traiteur.
LAURENT - Non Fabienne. Réfléchis. Si tu prends un quart dans chacune des quatre assiettes, la cinquième assiette sera pleine.
FABIENNE - Hein ? Comment ça ?
LAURENT - La cinquième assiette aura quatre quarts. Donc elle sera plus grosse que les autres qui n'auront plus que trois quarts.
FABIENNE - Oh la la, c'est compliqué ! On dirait des maths.
LAURENT - Ben oui, ce sont bien des maths.
FABIENNE - Mais alors il faut que je prenne combien dans chaque assiette ?
LAURENT - Un cinquième.
FABIENNE - Un cinquième ? Pourquoi un...