L’appartement
Xavier doit acheter un nouvel appartement, mais la vendeuse a besoin d’un logement en attendant de trouver ailleurs. Xavier lui propose de l’héberger chez sa mère… sans la prévenir ! Il faut dire que c’est grand chez sa mère … Tellement grand qu’elle y vit avec son compagnon dont son fils ignore l’existence. Et puis, il y a cette équipe de squatteurs persuadé que l’appartement est vide. A partir de là, un joyeux enchainement de portes qui s’ouvrent, se referment, de personnes qui pourraient se croiser mais ne se croisent pas jusqu’à ce … qu’elles se croisent !
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JOUR 1
Scène 1.1 - Anne-Sophie, Xavier
A l’avant-scène. Deux personnes discutent. Le lieu peut être le hall d’entrée d’un appartement (pas celui de Claude), un parc ou autre.
XAVIER : Je te dis qu’elle ne voudra pas !
ANNE-SOPHIE : Mais si. Ce ne sera pas pour longtemps.
XAVIER : Tu plaisantes ou quoi ? Un mois !!
ANNE-SOPHIE : Mais c’est rien du tout un mois, chouchou.
XAVIER : Ne m’appelle pas comme ça.
ANNE-SOPHIE : Et puis maintenant, c’est trop tard. On s’est engagés.
XAVIER : « On s’est engagés », « on s’est engagés » … TU t’es engagée !
ANNE-SOPHIE : Ne crie pas comme ça. C’est pour nous deux que je l’ai fait. Et puis avais-je le choix ?
XAVIER : OUI ! OUI ! On a toujours le choix de dire « non » plutôt que de se retrouver dans une situation pareille …Mais comment as-tu pu ?
ANNE-SOPHIE : Pour la vingtième fois … (elle reprend l’explication comme si elle s’adressait à un gamin). On est en train de vendre notre appartement, non ?
XAVIER : Oui, mais …
ANNE-SOPHIE (le coupant) : Et on ne peut pas le vendre tant que les travaux ne sont pas finis dans notre nouvel appartement, non ?
XAVIER : Si, mais ...
ANNE-SOPHIE (le coupant) : On vient de trouver une acheteuse potentielle, non ?
XAVIER : Si, mais ...
ANNE-SOPHIE : Et cette acheteuse ne peut signer que si elle trouve de quoi se loger dans la ville pour son premier mois, le temps de la durée de nos travaux. Vrai ?
XAVIER : Vrai.
ANNE-SOPHIE : Eh bien voilà ! Tu vois quand tu veux !
XAVIER : Mais … et la suite ?
ANNE-SOPHIE : La suite ?
XAVIER : Oui, la suite. Tu oublies le plus important, non ?
ANNE-SOPHIE : Je lui ai juste dit qu’il y avait des tas de possibilités de logement pour un mois. Qu’il suffisait qu’elle trouve une collocation, que je connaissais des appartements tout juste à moitié occupés, que, par exemple, chez ta soeur …
XAVIER : Ah !! J’en étais sûr !
ANNE-SOPHIE : Evidemment que tu en étais sûr, ça fait quatre fois que je te raconte la même chose ! Bon, allez …On ne va pas revenir là-dessus ? Et puis, c’est grand chez ta soeur. Elle ne s’en apercevra même pas !
XAVIER : Tu penses vraiment que ma soeur peut vivre avec une étrangère pendant un mois sans s’apercevoir de sa présence ?
ANNE-SOPHIE : Oui, c’est tout à fait possible.
Scène 1.2 - Emile, Fabienne, Georgette, Lorie
A l’avant-scène. Un café. Emile arrive. Deux personnes sont attablées : Fabienne et Georgette. Look rebelle. Blousons de cuir. Un peu nerveux. Un peu paumés.
EMILE : Salut !
FABIENNE : Salut ! (à Emile) Alors ? T’as du nouveau ?
EMILE : Ouais. Je viens d’appeler le proprio. Il nous vire !
FABIENNE : Oh pétard, la galère !
GEORGETTE : Il est gonflé quand même !
EMILE : On n’y peut rien. Il rentre de Russie la semaine prochaine.
FABIENNE : Oh la galère …
GEORGETTE : Et il nous prévient à la dernière minute ?
EMILE : Ça fait six mois qu’on le sait !
GEORGETTE : Six mois c’est pas assez pour trouver quelque chose de correct.
FABIENNE : Mettre quatre personnes à la rue … Il n’a pas de cœur !
EMILE : « Il n’a pas de cœur » … En même temps, il nous a logé à titre gratuit pendant six mois !
GEORGETTE : Oui, mais c’est quoi six mois dans la vie d’un homme ?
EMILE : On va s’en sortir. Lorie a un nouveau plan pour squatter quelque part.
FABIEN : Ohlalala … les plans de Lorie …
Arrivée de Lorie.
EMILE : Salut Lorie !
LORIE (à Emile) : Alors, t’as du nouveau ?
EMILE : Ben ouais. Y’a pas moyen. Il veut que l’on soit partis quand il arrive. Et toi, ton plan ?
LORIE : Ça devrait pouvoir se faire.
GEORGETTE : Mais c’est quoi ton plan ?
LORIE : Un grand appart vide en plein cœur de la ville.
GEORGETTE : Vraiment vide ?
LORIE : Presque.
FABIENNE : Comment presque ?
LORIE : J’ai eu le tuyau par une infirmière que j’ai rencontrée. C’est un peu compliqué, mais d’après ce que j’ai compris, elle va loger pendant un mois dans un grand appartement vide.
EMILE : Je ne comprends plus. Il est vide ou il n’est pas vide ?
LORIE : Il est vide.
GEORGETTE : Ah ! Faut savoir !
LORIE : Mais il n’est pas vide en même temps puisqu’il y aura l’infirmière ! Réfléchissez ! Donc, presque vide.
EMILE : Mais ça ne va pas l’embêter ton infirmière qu’on squatte avec elle ?
LORIE : Mais non, puisqu’elle ne sera pas au courant !
GEORGETTE : Comment ça pas au courant ?
LORIE : Si elle était au courant, elle refuserait. Alors que là … On n’a pas besoin de le lui dire.
EMILE : Pourquoi ?
LORIE : Elle travaille de nuit !
FABIENNE : Moi, je le sens pas bien ton coup.
LORIE : Si t’es pas avec nous, tu t’casses.
FABIENNE : Ok. C’est bon. T’énerve pas lolotte.
EMILE : Et puis d’abord, Fabienne, t’as une meilleure solution ? C’est ou ça ou se retrouver à la rue !
Plus tard
Scène 1.3 - Claude-Marie, Lorie
Toujours à l’avant-scène. Autre appart. Meuble du téléphone. Chez l’infirmière. Elle est au téléphone. En face d’elle, de dos par rapport au public, une femme.
CLAUDE-MARIE (au téléphone) : Donc, c’est entendu comme ça ? Je resterai chez la soeur de votre ami le temps que vous libériez votre appartement. C’est parfait. ……. Non ! Grands dieux, non ! Pas plus d’un mois, bien entendu !
Fin de la conversation, la personne de dos se retourne : c’est Lorie, très BCBG.
CLAUDE-MARIE : C’est parfait ! C’est confirmé : j’ai trouvé de quoi me loger pour mon premier mois !
On pourra choisir d’ouvrir le rideau à ce moment-là pour révéler l’intégralité du décor.
Scène 1.4 - Claude, Gérard (sur scène, dans le salon).
Immense appart. Très bourgeois. Beaucoup de portes. Chez Claude, dans le salon. Claude et Gérard s’apprêtent à partir.
CLAUDE : Non. Je ne veux pas que tu le rencontres.
GERARD : Mais pourquoi ?
CLAUDE : Ça pourrait le traumatiser !
GERARD : Tu sais, c’est un grand garçon maintenant. Je pense qu’il peut comprendre.
CLAUDE : Mon frère ? Comprendre que sa soeur vit avec un homme ? Enfin Gérard, tu plaisantes !
GERARD : Et s’il débarque à l’improviste et que j’y suis ?
CLAUDE : Mon frère ? Débarquer à l’improviste chez moi ? Enfin, Gérard, tu plaisantes !
GERARD : Ça fait plus d’un an que ça dure. Je ne peux pas répondre au téléphone, je ne peux pas ouvrir la porte tout seul. Je suis obligé de me cacher dès que j’entends le moindre bruit suspect …
CLAUDE (tendre) : Mais le jeu en vaut la chandelle, non ?
GERARD : Bien sûr, je ne dis pas ça … Mais tu comptes le lui dire quand ?
CLAUDE : Un jour, un jour …
GERARD : Ta devise c’est donc : « pour vivre heureux vivons cachés » ?
CLAUDE : Ooooh c’est joliment dit ! C’est de toi ?
Ils sortent.
Scène 1.5 - Anne-Sophie, Claude-Marie, Xavier
Chez Claude un peu plus tard. L’appartement est vide. La porte d’entrée s’ouvre sur Xavier, Anne-Sophie et Claude-Marie.
CLAUDE-MARIE : C’est ici ?
ANNE-SOPHIE : Oui. Ça vous plait ?
XAVIER : Quelle question !
CLAUDE-MARIE : Oh oui, oui, c’est parfait ! Où puis-je m’installer ?
XAVIER : Par là. (ils la conduisent à sa chambre). Le lit est très confortable. Vous avez la télé et une salle de bain privée. Vous pouvez pratiquement vivre dedans sans sortir pendant un mois !
CLAUDE-MARIE : Et mon travail ?
ANNE-SOPHIE (poussant Xavier du coude) : Il plaisante !
CLAUDE-MARIE : Et vous êtes sûr que je ne dérangerai pas votre soeur ?
XAVIER : Non, puisqu’elle n’est pas au courant.
Tête de Claude-Marie, Anne-Sophie essaie de repêcher la situation.
ANNE-SOPHIE : Au couvent ! Puisqu’elle n’est pas au couvent ! Puisque, en fait, elle n’est ni au couvent ni ici. En fait elle est ailleurs. N’est-ce pas Xavier ?
XAVIER : Oui. Elle est en vacances.
CLAUDE-MARIE : Ah ! D’accord !
XAVIER : Par contre, je vous demanderai de ne pas vous aventurer dans cette partie-là de l’appartement (il se met sur le palier de la chambre de Claude-Marie et désigne l’ensemble de l’appartement).
CLAUDE-MARIE : Ah bon ? Pourquoi ?
ANNE-SOPHIE : Eh oui, pourquoi ?
XAVIER : Parce que … Parce qu’elle est hantée !
ANNE-SOPHIE + CLAUDE-MARIE : Hantée ?
Claude-Marie regarde Anne-Sophie.
ANNE-SOPHIE : Parfaitement ! Elle est hantée.. hantée-rieure aux travaux de rénovation et donc pas très solide.
CLAUDE-MARIE : Ah ?
XAVIER + ANNE-SOPHIE : Oui !
XAVIER (poussant Claude-Marie dans sa chambre) : Allez, on vous laisse. Surtout ne vous aventurez pas trop dans l’appartement, d’accord ?
Xavier et Anne-Sophie restent seuls dans le salon.
ANNE-SOPHIE : Tu crois que ça va marcher ?
XAVIER : Quoi ? C’est toi qui doutes maintenant ?
ANNE-SOPHIE : Ohlalalala … T’es vraiment sur les nerfs en ce moment.
XAVIER : Ah oui ? Et à cause de qui s’il vous plait ?
ANNE-SOPHIE : Eh, oh, ça va ! Tu voulais qu’on le vende notre appartement ou pas ?
XAVIER : Peut-être pas à n’importe quel prix !
ANNE-SOPHIE : On avait le couteau sous la gorge ! On emménage dans l’autre le mois prochain, comment voulais-tu qu’on s’en sorte avec deux appartements à payer ?
XAVIER : Oui, je sais, mais …
ANNE-SOPHIE : Je veux bien prendre les choses en main, mais si c’est pour recevoir toutes les critiques derrière, avoue que c’est un peu fort.
XAVIER : Mais, enfin Anne-Sophie, tu te rends bien compte, n’est-ce pas, de l’énormité que tu viens de commettre ?
ANNE-SOPHIE : Ecoute, maintenant, c’est fait, c’est fait. Alors on n’y revient plus et on assume.
Ils sortent.
Scène 1.6 - Emile, Fabienne, Georgette, Lorie
Plus tard. Même appartement. La porte s’ouvre. Quatre silhouettes passent, de la plus petite à la plus grande.
Ils entrouvrent une porte, toujours à la queue leu leu et s’y engouffrent. Ils en ressortent aussitôt.
EMILE : Visiblement, c’est les toilettes.
FABIENNE : Ouaip. Visiblement.
LORIE : Ne me stressez pas !
EMILE : C’est vrai ça. C’est pas de sa faute si elle s’est trompée de porte !
FABIENNE : Je le sens mal votre coup !
LORIE : Si t’es pas contente, tu t’casses.
EMILE : T’es sûre qu’il n’y a personne ?
LORIE : Non, je ne suis pas sûre.
GEORGETTE (à Emile) : T’as la trouille ?
EMILE : Non, j’ai pas la trouille.
GEORGETTE (le regarde puis, se moquant) : Oui, t’as la trouille.
EMILE : C’est pas vrai !
FABIENNE (à Georgette) : Si, il a la trouille. Ça se voit.
LORIE : Chut !
EMILE : J’ai pas la trouille ! Et d’abord, pourquoi j’aurais la...