L’auteure

Un metteur en scène convoque chez lui une jeune comédienne, dans le but de lui faire passer un essai : il s’agit d’interpréter le rôle d’une jeune résistante amoureuse d’un nazi. Il prend plaisir à déstabiliser la jeune femme en lui donnant la réplique et l’audition va prendre une bien étrange tournure. Sa façon de la posséder. N’a-t-elle pas très envie de décrocher le rôle ? S’engage une lutte perverse entre les deux personnages. Qui est la victime ? Qui est le bourreau ? Nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

Dans cette pièce en forme de chausse-trappe, l’intrigue rebondit sans cesse, entraînant le spectateur dans une alternance d’angoisse et de rire. Les surprises se succèdent au point d’aboutir à une solution finale totalement opposée à la situation de départ. A tel point qu’il y a presque trois histoires en une seule ! Etonnant et captivant.

La presse en parle :

“Du bon théâtre d’un auteur contemporain qui s’affirme à chaque pièce” Le Figaroscope

“Quel bonheur pour le spectateur de découvrir un texte où l’intrigue rebondit d’elle-même, où l’action reste en suspens jusqu’à la dernière minute” D. Dumas Théâtres

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Un salon chic. Bibliothèque. Armes accrochées à un pan de mur. Cravaches anciennes. Photos et posters de stars. Un ou plusieurs mannequins de théâtre, en sous-vêtements. Une robe et ses accessoires sont sur un cintre. Dans un coin, un canapé. Entrée d’Elsa, suivie de Philippe.

Philippe. – Entrez, Elsa. Installez-vous.

Elsa. – Waouh ! (Prenant la robe.) Génial !

Philippe. – Vous aimez ?

Elsa. – Elle est magnifique. C’est pour le film ?

Philippe. – Oui.

Elsa. – Qu’elle est belle ! Il y en a d’autres ?

Philippe. – Dans la chambre. Vous êtes présélectionnée. J’aimerais vous voir dans l’un de ces vêtements avant de prendre ma décision. Geneviève de Pombal était une femme élégante. Raffinée. Vous aussi. Vous êtes belle, Elsa, avec votre profil de madone. Tournez-vous un peu… Ces chiffons vous iraient divinement… Oui… Divinement. Si toutefois…

Elsa. – Si toutefois je décroche le rôle ?

Philippe. – Si toutefois vous décrochez le rôle !

Elsa. – Je suis là pour ça, non ?

Philippe. – Certainement… Tout dépendra de vous.

Elsa. – Et de vous, monsieur Verlan.

Philippe. – Et de moi. Mais je vous en prie, appelez-moi Philippe.

Elsa. – Avec plaisir, Philippe.

Philippe. – Installez-vous. Vous vous êtes libérée comme convenu ?

Elsa. – Bien sûr ! J’ai réfléchi sur le rôle. Je l’ai appris. J’ai annulé tous mes rendez-vous. Et nous déjeunons ensemble.

Philippe. – Le déjeuner fait partie de la séance de travail. J’amène toujours mes comédiens à improviser avant de les engager. Très révélateur ! Nous avons visionné vos essais trois fois. Excellents. Je vous félicite.

Elsa. – J’aimerais tellement jouer ce personnage !

Philippe. – Mais vous avez vos chances. Une chance sur trois !

Elsa. – Ah ?

Philippe. – Oui ! Anne Beaujeu et Sandrine Leclaire ont été éliminées.

Elsa. – Violaine Tardieu reste la chérie des producteurs.

Philippe. – Pas la mienne. Trop de mordant, trop d’assurance. Elle n’est pas Geneviève de Pombal. Mathilda Pascal a plus de mystère.

Elsa. – Et moi ?

Philippe. – Vous, c’est différent. Vous ressemblez physiquement à Geneviève. Une ressemblance étonnante. Vous avez son charme, sa discrétion. Rare chez une comédienne de votre âge. Très rare.

Elsa. – Alors, pourquoi hésiter ?

Philippe. – Vous n’êtes pas connue ! Au cinéma, c’est un problème.

Elsa. – Les plus grandes stars du monde sont nées inconnues.

Philippe. – Elles n’ont pas attendu vingt-cinq ans pour le devenir. Un homme peut faire une carrière tardive. Pour une femme, c’est beaucoup plus difficile. Et puis la mode est aux jeunes acteurs. Aux très jeunes.

Elsa. – J’ai joué des rôles importants au théâtre !

Philippe. – En tournée, Elsa ! Mais je ne vous ai pas fait venir ici pour vous démoraliser. Je vous le répète, vous avez vos chances. Stan Troppert est la vedette masculine du film. Vous en serez peut-être la révélation. On commence ?

Elsa. – Quand vous voudrez.

Philippe. – La réussite est une question de rencontre, vous savez. Et la rencontre entre un scénario, une actrice, un metteur en scène… ou un réalisateur a quelque chose de mystérieux. Un peu comme une histoire d’amour. Tout cela est fragile. J’ai besoin que ma manière de procéder convienne sans réserve à mes comédiens. La réussite de mon film en dépend. Vos essais sont excellents, mais il nous faut approfondir les scènes clés. Vous voulez bien vous choisir un vêtement ? J’aimerais connaître vos goûts.

Elsa. – Celle-ci. En soie thé… J’adore.

Philippe. – Cette robe a réellement été celle de Geneviève de Pombal. Une robe que vous venez de choisir, vous aussi. D’instinct. C’est… troublant.

Elsa. – Un bon point pour moi ?

Pas de réponse. Elsa s’éclipse dans la chambre.

Philippe. – Laissez la porte entrouverte. Je vais vous poser quelques questions.

Elsa, off. – Il manque un accessoire ! (Du pas de la porte.) Les bas à couture et le porte-jarretelles. Les collants n’existaient pas à cette époque.

Philippe. – Bien ! Très bien, Elsa ! Ces accessoires sont sur le mannequin. Vous en trouverez aussi dans le tiroir de la commode. (Il s’installe dans un fauteuil et regarde quelques photos d’Elsa, pendant que la jeune fille se prépare. Puis, en direction de la chambre, tout en regardant les photos.) Parlez-moi de Geneviève, de son histoire.

Elsa, off. – C’est une femme hors du commun. Elle va au bout. Au bout de ses idées. Au bout de ses passions. Elle a tout pour être heureuse. La jeunesse, la beauté, une famille, de l’argent. Elle décroche son bac en 1939, et commence son droit. Elle voulait être avocate. Peu de femmes l’étaient à cette époque ! Son oncle lui propose même de reprendre son cabinet, plus tard. Mais la guerre éclate. Elle rencontre Pierre, un jeune normalien. Et sa vie bascule. Je mets le chapeau ?

Philippe. – S’il vous plaît. Et les gants.

Elsa, off. – Il est divin, ce chapeau ! Et il me va ! J’aurais dû vivre dans les années 40. Pierre Demigny est entré dans la résistance en octobre 1940. Geneviève abandonne tout. Elle le suit. Elle prend le maquis et devient Henriette, une résistante active. Elle sauvera des centaines de vies !

Philippe. – Ses sentiments pour Pierre ?

Elsa revient au salon, vêtue de la robe couleur thé. Gantée, chapeautée.

Elsa. – Elle l’aime !

Philippe, découvrant Elsa. – Waouh ! Marchez un peu… Magnifique ! Tout à fait le personnage. Votre profil… Voyons… Hallucinant ! Vous êtes Geneviève de Pombal ! Elle aime Pierre ? Bien sûr ! Mais comment l’aime-t-elle ?

Elsa. – C’est-à-dire… Elle adhère très vite à ses idées, qui n’étaient pas vraiment celles de sa famille. Pierre est un militant. Elle l’admire. Grâce à lui, elle prend conscience des réalités de la guerre.

Philippe. – Comment ressentez-vous cet amour ? Passionné ? tendre ? apaisé ?

Elsa. – Intellectuel, plutôt. Pierre adule le couple Sartre-Simone de Beauvoir, qui représentait l’amour libre. Geneviève et Pierre s’aimaient vraiment, mais s’il étaient restés ensemble, ils n’auraient sans doute pas été fidèles l’un à l’autre.

Philippe. – Certainement pas ! Mais je vois que vous vous êtes documentée. Bravo ! Pierre a-t-il révélé Geneviève physiquement ?

Elsa. – Je ne crois pas.

Philippe. – Oui ?…

Elsa. – La révélation viendra de Ludwig. Son véritable amour.

Philippe. – Continuez.

Elsa. – Là encore, elle ira jusqu’au bout. La passion de Geneviève pour Ludwig m’a bouleversée. Quand elle est...

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