L’aveu d’un désir
Devenues adultes, d’anciennes élèves d’un même lycée se réunissent pour fêter leurs retrouvailles. Mais rapidement les choses se gâtent et, au final, c’est la police qui s’invite !
🔥 Ajouter aux favorisDevenues adultes, d’anciennes élèves d’un même lycée se réunissent pour fêter leurs retrouvailles. Mais rapidement les choses se gâtent et, au final, c’est la police qui s’invite !
🔥 Ajouter aux favorisPROLOGUE
La scène est vide, ou le rideau n’est pas ouvert.
Sons off : divers bruits d’élèves dans une salle de classe.
L’enseignante (voix off) - Du calme. Silence. (Les bruits cessent.) Prenez toutes une feuille double. Vous allez faire une rédaction. Cela ne concerne que les filles ici présentes. La copie de celle qui obtiendra la meilleure note sera publiée dans le journal du collège. Voici le sujet : « Imaginez ce que vous et vos meilleures amies filles, au sein de cet établissement, serez devenues dans quinze ans, c’est-à-dire lors de votre trentième année. Pour cela, racontez des retrouvailles dans un lieu de votre choix. » N’oubliez pas de mettre en haut et à gauche de votre copie votre nom, prénom et l’indication de votre classe : 3eA2, car je les ferai relire par d’autres professeurs de lettres. Allez, maintenant au travail !
Bruits de froissements de feuilles et de manipulations de stylos.
ACTE I
Scène 1
Une femme, Lucie, est seule en scène.
Sophie (entrant) - Salut ! Tu es la première ?
Lucie (incompréhension) - Comment ?
Sophie (aimable) - Les autres ne sont pas encore arrivées ?
Lucie - Qui êtes-vous ?
Sophie - Tu ne me reconnais pas ? En quinze ans, j’ai sans doute changé, mais tout de même. Je suis Sophie… et toi Lucie !
Lucie - Merci, je sais qui je suis.
Sophie - Et Lucie prétend ne pas connaître Sophie.
Lucie - J’ai connu une Sophie, ce n’était pas vous.
Sophie - Il y a quinze ans, en troisième, au collège, dans notre classe, il n’y avait qu’une Sophie et c’était moi ! Tu veux des détails ? Nous jouions toujours ensemble, au gendarme et au voleur.
Lucie - Ce n’est pas un jeu de filles !
Sophie - C’est pour cela que l’on nous traitait toutes les deux de garçons manqués.
Lucie - Vous mettez en doute ma féminité ?
Sophie - Absolument pas, je rapporte seulement des faits, rien d’autre.
Lucie - Des faits qui ne me concernent pas.
Sophie - Ils te concernaient à cette époque !
Lucie - Et d’abord, cessez de me tutoyer, je vous prie !
Sophie - Si vous le souhaitez… Il est vrai que quinze années ont passé depuis le collège. Aujourd’hui, certaines vont sans doute exiger le vouvoiement. Pour des raisons de classe sociale, professionnelle, voire de choix personnel.
Lucie - Pour moi l’explication est plus simple. On ne tutoie pas une inconnue. Un point c’est tout !
Sophie - Vous persistez à nier notre ancienne relation ?
Lucie - Totalement.
Sophie - Alors pourquoi sommes-nous là toutes les deux ?
Lucie - Vous, je ne sais pas ! Moi, par fidélité à un rendez-vous donné par une vieille copine de classe.
Sophie - Je suis là pour les mêmes raisons. Revoir des amies d’autrefois qui étaient toujours ensemble, qui se disaient tout, leurs premières amours, leur première cigarette, parfois même il s’agissait d’un joint fumé en cachette… Sarah, Tina, Maud, Marie, Sylvie, moi Sophie et toi… (Ironique.) Pardon, vous… Lucie.
Lucie - Et alors ?
Sophie - Vous, c’étaient qui vos copines fidèles ?
Lucie - Les mêmes prénoms… mais en l’occurrence pas la même Sophie !
Sophie - Pourquoi vous entêtez-vous de la sorte ?
Lucie - C’est vous qui refusez de regarder les choses en face. Je ne suis pas votre Lucie, vous n’êtes pas ma Sophie ! Je ne sais pas pourquoi vous vous êtes immiscée dans notre rendez-vous et pourquoi vous le faites mais cela m’est égal. De toute façon on verra quelle tête vous ferez quand la vraie Sophie sera là.
Sophie - Elle ne viendra pas.
Lucie - Et pourquoi ?
Sophie (éclat de rire) - Parce qu’elle est là, en chair et en os devant vous !
Lucie (excédée) - Ça suffit ! Maintenant, laissez-moi tranquille !
Scène 2
Arrivée de Tina, gesticulant.
Tina - Salut les filles ! Vous êtes qui, que je vous coche sur ma liste ?
Lucie - Moi, c’est Lucie.
Sophie - Moi, Sophie.
Tina - Moi, fofolle… Oh ! pardon, vous ne pouvez pas le savoir : fofolle c’est mon surnom au boulot… Dans la vie, mon prénom, c’est Tina, mais c’est quand même vrai que je suis un peu fofolle !
Lucie - Vous vous souvenez de moi ?
Tina - Je ne suis pas physionomiste. Même des gens que j’ai rencontrés il y a un mois, il m’arrive de ne pas les reconnaître… De toute façon, vous êtes sur la liste et comme en plus vous êtes venue…
Lucie - Moi, je vous reconnais. Je me souviens même très bien de vous.
Tina (l’interrompant) - C’est très gentil. Ça veut dire que je n’ai pas trop changé.
Sophie - Moi aussi, je te reconnais.
Tina - Super. Deux certitudes valent mieux qu’une ! Les autres ne sont pas encore là ?
Sophie - Non, mais je suis sûre que tout le monde sera là. Nous étions une vraie bande d’amies. Pour rien au monde, je n’aurais manqué un pareil rendez-vous.
Tina - Moi, j’avais complètement oublié cette rédaction proposée par le prof de troisième au cours de notre quinzième année : « imaginez-vous dans quinze ans, autrement dit, lors de vos trente ans ». Que l’une de nous ait pensé à s’en servir pour permettre à sept anciennes amies de se retrouver, en signant « l’une des sept copines », c’est génial ! Ce genre de truc sert souvent d’intrigue dans les romans ou dans les pièces de théâtre mais dans la vie, c’est plutôt rare ! (À Sophie.) Quand j’ai reçu votre petit mot, ce sont de sacrés bons moments qui me sont revenus en mémoire ; je n’ai pas hésité un seul instant.
Sophie - Ce n’est pas moi qui l’ai envoyé. Je l’ai reçu comme toi.
Tina (guillerette) - Alors si ce n’est pas l’une, c’est l’autre ! (À Lucie.) C’est à vous que l’on doit cette super idée ?
Lucie (comme sur la défensive) - Non. Absolument pas !
Tina - Excusez-moi ! Comme vous étiez les premières, j’ai pensé que…
Sophie (aimable) - Ne t’excuse pas, c’est gentil de l’avoir cru.
Tina - Vous avez raison. L’important c’est que nous soyons déjà là, toutes les trois. (Enthousiaste.) J’ai hâte de voir les autres arriver. Je suis tout excitée… Je ne sais pas comment je vais pouvoir tenir en place… Et si nous faisions une petite ronde…
Sophie (l’interrompant) - Une petite ronde ?
Tina - Oui, comme autrefois ! (Elle chantonne.) « Sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse… »
Lucie (agressive) - C’est ridicule ! Nous avons passé l’âge !
Tina - C’est vrai, je suis souvent ridicule. Fofolle et ridicule !
Sophie - Ce n’est pas grave. C’est le plaisir de nous retrouver.
Tina - Vous, vous êtes gentille. Je ne regrette pas de vous revoir.
Sophie - Ce ne sera sans doute pas le cas pour tout le monde, mais c’est la règle du jeu. Il y a eu quinze années de vie entre les adolescentes d’autrefois et les femmes d’aujourd’hui. Largement le temps d’oublier qui on était et de devenir quelqu’un d’autre.
Lucie (toujours agressive) - C’est pour moi que vous dites cela ?
Sophie - Je pourrais, mais il ne s’agit là que d’une généralité concernant la nature humaine.
Tina (de nouveau enthousiaste) - Tout cela est très excitant ! On va vivre des grands moments de suspense !
Sophie - Suspense ou pas, il est tout de même curieux que celle qui a organisé cette rencontre ne soit pas là pour accueillir les autres. Ce serait normal, après tout !
Tina - Aucune importance ! Elle peut avoir été retardée. De toute...