Le gang des seniors
Comment récupérer ses économies quand on s’est fait dépouillerpar un trader sans scrupule.Drôle de gang et crise de… rires. Une comédie espiègle créée parl’auteur de « Parfum et suspicions ».
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ACTE I
Un séjour cossu. Au lever du rideau, la scène est vide. Caroline apparaît. Elle tient à la main un sac de voyage.
Caroline - Oh ! cette sciatique ! Vite, deux aspirines ! (Elle dépose son bagage contre un fauteuil puis pénètre dans la cuisine. Un homme entre, torse nu, une serviette de bain sur l’épaule. Il dépose son portable sur la table puis se rend vers la bibliothèque, prend un livre et sourit en contemplant le titre. Caroline réapparaît avec un verre à la main. Elle le découvre, pousse un cri de surprise. Elle s’adresse à lui d’un ton sec.) Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ?
Greg - ’Jour ! Je suis venu emprunter un livre.
Caroline - La bibliothèque municipale est en grève ?
Greg - « La vie sexuelle de Jeanne d’Arc ». (Il rit.) C’est un gag ? Vous en pensez quoi ?
Caroline - Trois cents pages inutiles !… Je peux savoir pourquoi vous vous promenez en serviette de bain dans cette pièce, avec « Jeanne d’Arc » sous le bras ?
Greg - C’est pour lier connaissance… (Grand sourire.) Quand je prends un bain, j’aime bien bouquiner en même temps.
Caroline - Un intellectuel ! Je suis impressionnée. Il est là depuis combien de temps, le coco ?
Greg - Deux jours. Une invitation d’Amandine Brochant. Vous êtes sa femme de ménage ?
Caroline - Pas vraiment. Je suis sa sœur aînée. Et vous êtes chez moi.
Greg - Oh ! la gaffe ! Excusez la méprise.
Caroline - Aucun mal, coco. Et vous même ? D’habitude un homme qui se balade à demi-vêtu dans ma maison, je connais un peu.
Greg - Grégory Martonne, dit Greg. Très heureux. (Il tend la main, elle ne réagit pas.) Amandine va être heureuse de vous revoir.
Caroline - Pas certaine. Je reviens plus tôt que prévu et j’ai la nette impression de déranger…
Greg - Bien. Je… Je vous laisse. Je vais me tremper. Marrant, vous ne ressemblez pas du tout à votre sœur.
Caroline - Nous sommes de père différent.
Greg - Au niveau décontraction, je parle. Elle est très chaleureuse, très cool…
Caroline - Exact. Elle sympathise avec n’importe qui, c’est un réel problème…
Greg - D’accord. Il était temps qu’elle me rencontre… (Tout sourires.) Charmé ! Non, après réflexion, pas vraiment.
Caroline - Impression partagée. Barbotez bien, coco ! (Greg sort.) Et ces douleurs qui ne passent pas ! Quelle suée ! Bon ! Il faut que je me décontracte, moi !
Romain entre. On s’aperçoit tout de suite que par moments, il a de grandes difficultés à s’exprimer avec clarté bien que volubile. Caroline se veut plus aimable.
Romain - Caro ! Sa… salut ! C’est une surprise ! Amandine m’a… m’avait dit que tu revenais que dans dix jours.
Caroline - J’ai abrégé mes vacances. Il pleuvait des cordes, j’avais oublié mon parapluie, j’ai préféré rentrer. Mais la prochaine fois, je m’enverrai une demande d’autorisation !
Romain - Pour… pourquoi dis-tu ça ? Ça fait un bail que…
Caroline - Deux ans ! Il s’en est passé des événements depuis. J’ai arrêté de boire puis j’ai repris. Le directeur du magasin « Nicolas » me faisait une gueule !
Romain (dans un cri) - Trois ans ! Trois ans qu’on ne s’est pas vu. Tu… tu m’as terriblement manqué.
Caroline (sans conviction) - Et toi donc !
Romain - C’est gen…
Caroline - Ces gens ? (Regardant autour d’elle.) Où vois-tu des gens ?
Romain - Non, je veux dire c’est gentil de la part d’Amandine de m’avoir invité pour Pâques !
Caroline - Elle a toujours des idées lumineuses… (Elle rit.) Quand Amandine a connu ton père, tu avais huit ans. Leur liaison a duré deux ans. On n’a plus eu de nouvelles de l’auteur de tes jours, Dieu merci ! Mais toi, on t’a adopté. Tu es devenu notre neveu de cœur. Tu as bien fait de te manifester.
Romain - Merci… euh… Tata ! Tu… tu sais que tu as une mine !
Caroline - Une mine d’or ? Où ça ?
Romain - Non ! Une mine… Oh là là !
Caroline - En clair, ça veut dire quoi ?
Romain - T’as un peu forci. Mais bien ! Bien ! Parce que, avant… Mais maintenant, oui.
Caroline (amusée) - Comment a-t-on pu se priver de ta présence et de tes mots si réconfortants…
Romain - Moi même, j’ai… j’ai pas compris. Mais on va rattraper le temps perdu ! Je crois que je vais…
Caroline - … partir !
Romain - … rester un bon moment chez toi.
Caroline - Ravie ! Positivement ravie ! (Elle l’embrasse tendrement.) Dis-moi, les travaux de peinture du premier étage, qu’est-ce que ça donne ? Tu as parlé avec cet artisan ?
Romain (ébloui) - Il est ! Il est ! Il est géant !
Caroline - On se calme, mon neveu.
Romain - Je te raconte pas !
Caroline - Surtout si ça doit prendre trois heures ! Alors cet artiste au travail, il se montre performant ?
Romain - Amandine le briefe à mort. Il a déjà tout retiré !
Caroline (ahurie) - Comment ?
Romain - Le papier mural à gerber de ta chambre, poubelle !
Caroline - C’est tout ? Mais il a rien foutu ! Tu sais où se trouve ma sœur ?
Romain - Avec lui.
Caroline - Un samedi ? Ah ! d’accord ! Il veut rattraper le temps perdu. Amandine a dû lui faire la leçon, le bousculer.
Romain - Ça pour le bousculer, carrément ! Même qu’il a aussi tout retiré avec elle !
Caroline (ahurie) - Attends, attends. Tu insinues qu’elle et le peintre… ?
Romain - Ils se sont rapprochés, oui. Amandine a aucun préjugé. Comme moi !
Caroline (furieuse) - Ce type couche avec ma sœur sous mon toit ?! Romain, dis-moi que c’est une blague ! Tu me fais courir ?
Romain - Sous ton toit ! Dehors, il fait trop froid. J’aurais préféré qu’il couche avec moi mais on… on a pas procédé par tirage au sort !
Caroline - Il ne s’appelle pas Greg, par hasard ?
Romain - La super médium que tu fais ! Un vrai don !
Caroline - Je viens de croiser le spécimen à demi-nu, traversant mon salon.
Romain (ébahi) - C’est… c’est pas vrai ? Et j’ai raté ça !
Caroline - Remets-toi. C’est pas George Clooney !
Romain - En tout cas, moi, un type comme lui, je… je ne le ferais pas dormir dans la baignoire !
Caroline - Surtout que chez toi, la baignoire, ils ne l’ont pas encore installée !
Greg réapparaît. Il a revêtu un peignoir « léopard ».
Romain - Waouh ! La belle bête !
Greg - J’attends un coup de fil important mais j’ai dû déposer quelque part mon portable…
Romain - Là, sur la table !
Greg - Ah ! sympa ! Merci !
Romain - J’ai droit à une récompense ?
Greg - Bien sûr que non ! Bon ! Il faut que j’aille me laver… (Collant son mobile à l’oreille.) Allô !
Caroline - Hep ! (Greg se retourne, éloigne son portable de l’oreille.) Ça va, vous n’êtes pas trop gêné ? Ce peignoir ne vous appartient pas.
Greg - On me l’a prêté. Mais si ça pose un problème… (Il l’enlève, le balance sur une chaise) Voilà. Satisfaite ? (Caroline hausse les épaules.) Vous ne dites plus rien ?
Caroline - Je ne discute pas avec un homme à demi-nu !
Greg - Vous préférez que je sois totalement à poil ? (Il fait mine de baisser son pantalon. Romain pousse un cri. Il reprend son portable.) Comment allez-vous monsieur le curé ?…
Greg sort.
Caroline - Quel sagouin ! Mais parlons de toi, mon Romain. Tu travailles en ce moment ?
Romain - Oui ! Non ! Enfin oui. Enfin, pas vraiment.
Caroline - Dès que tu es fixé, on en parle davantage.
Romain (enthousiaste) - Je pense enfin avoir trouvé ma voie…
Caroline - À trente-deux ans… Tu as pris le temps de la réflexion.
Romain - Je veux devenir mime !
Caroline - Formidable ! C’est un excellent mode d’expression pour quelqu’un qui a le plus grand mal à aligner deux… euh… bravo mon bonhomme !
Romain - Je suis des cours. C’est… C’est… Vraiment !
Caroline - Tes voisins d’immeuble doivent maintenant te bénir. La cornemuse à une époque, ils n’avaient pas vraiment adhéré.
Romain - J’étais pas très doué. Tu sais, j’ai touché le fond il y a quelques semaines. J’ai… j’ai voulu en finir. J’ai pris des médicaments. Pas assez.
Caroline - Quoi ?! Tu as voulu te supprimer ?
Romain - Marre de moi, marre de tout, tu comprends ?
Caroline - Mais on peut ne plus supporter son vide existentiel sans mettre un terme à ses jours !
Romain - Et puis j’ai rencontré Gabriel Lange.
Caroline (rieuse) - L’ange Gabriel ? Il est sympa ? Tu prends beaucoup de comprimés en ce moment ?
Romain - Non, Gabriel Lange c’est mon prof à l’école de mimes. Il est génial. Il m’a dopé à nouveau !
Caroline (l’embrassant tendrement) - Tant mieux. T’es vraiment un curieux phénomène.
Romain - Caro, il faut que je t’avoue aussi, comme j’étais très perturbé à cette époque, j’ai fait une grosse connerie.
Caroline - De quel genre ?
Romain - Pas facile à avouer.
Caroline - Tu as couché avec une femme ? Où est le mal ? Tu es pardonné. Des millions d’hommes couchent avec des femmes sur terre, tu sais ?
Romain - Non. C’est pire. J’ai commis un casse !
Caroline - Quoi ?! Tu me charries ?
Romain - J’te jure ! J’ai braqué une boulangerie !
Caroline (passionnée) - Raconte ! Raconte ! Il n’y a pas eu de victime, j’espère ?
Romain - Aucune. J’étais seul, cagoulé.
Caroline - Avec la cagoule que je t’ai offerte il y a quelques années pour Noël ?
Romain - Tu vois que je m’en sers !
Caroline - Le butin ? Combien ?
Romain - Cinq chaussons aux pommes, quatre millefeuilles, une tarte aux quetsches. Le tiroir-caisse était vide.
Caroline - Pas de pot ! Pour une fois que tu faisais preuve d’initiative !
Romain - C’était il y a douze mois, quelques jours avant… avant que je décide de mourir.
Caroline - On en...