SCÈNE 1
Guilhem : Gentes dames, damoiselles, gentilshommes et damoiseaux, je vous salue. Je me présente troubadour Guilhem de Massiac. J’accompagne la chevaleresse Jeanne d’Arc en Ciel pour narrer ses aventures épiques. Vous verrez elle a du caractère, mais sous ses airs de bravache, je crois que c’est une grande sentimentale. (Entrée de Jeanne) Que voici que voilà !
Jeanne : Qu’est ce que tu racontais, troubadour ?
Guilhem : Je disais à ce cher public que vous aviez du panache et un bon mental. En fait vous êtes une femme d’action au grand cœur.
Jeanne : Ouais, si on veut. (au public) Vous savez chevaleresse c’est un beau métier pour celles qui aiment le sport, l’aventure et la castagne. Il y a des risques, évidemment, mais si vous avez une bonne assurance, pas de problème. Moi, j’assure !
Guilhem : Et vous êtes aussi en quête du Graal, chevaleresse.
Jeanne : En quête du quoi ?
Guilhem : En quête du Graal, vous savez bien la coupe de la Cène.
Jeanne : La coupe de la scène ? Quelle scène ? Je ne suis pas une saltimbanque comme toi.
Guilhem : (en confidence) Mais la Cène… le dernier repas de qui vous savez avec ses apôtres.
Jeanne : Ah, c’est vrai, j’avais oublié. Ouais, ouais, je cherche le Graal, la fameuse coupe dans laquelle Jésus le crucifié a bu à son dernier repas. Il faut bien que je fais comme…
Guilhem : Que je fasse.
Jeanne : Quelle face ? Vous m’embrouillez. Il faut bien …que je fais comme tous mes potes chevaliers. Et si qu’on le trouve ce sacré Graal, il parait qu’on peut survivre jusqu’à la fin des temps. Tu imagines ? Devenir vieux et éternel comme le Bon Dieu. Mais je ne crois pas à ces fadaises, j’ai pas envie de mourir vieille.
Guilhem : Et vous défendez aussi la veuve et l’orphelin comme tout bon chevalier… enfin chevaleresse en exercice.
Jeanne : Ouais, ouais, ça fait partie du boulot. Mais faut pas qu’ils viennent trop chialer dans mes chausses les miséreux, car j’ai pas que ça à faire. Il y a les tournois, les combats, les repas, quand il y en a, et cetera et cetera. (un temps) En tous cas en ce moment je voudrais bien me trouver un boulot qui me ramène des deniers sonnants et trébuchants, parce que je suis à sec. Je voudrais pouvoir monter sur un beau destrier comme on raconte dans les livres de chevalerie pour aller guerroyer. J’ai pas envie de rester une chevaleresse sans cheval. (à Guilhem) Ça la fout mal. Non ?....
Guilhem : (gêné) Evidemment.
(Deux personnes entrent sur scène en portant un panneau sur lequel est écrit « Grand concours ouvert aux chevaliers du royaume. Forte récompense à qui rapportera le Graal au seigneur du château « Pas loin d’ici » qui le remettra au roi. L’entrée du labyrinthe qui mène au Graal se trouve côté cour»
Guilhem : (montrant la panneau) Chevaleresse, regardez ! C’est comme un fait exprès.
Jeanne : Ben quoi, je vois bien que c’est de l’écriture.
Guilhem : (au public) J’avais oublié de vous dire que la chevaleresse rencontre quelques difficultés avec la langue française.
Jeanne : Eh, doucement, troubadour, je cause la langue aussi bien que toi. J’y vois mal, c’est tout. (Un court temps et elle dit au troubadour) Lis donc, toi, t’en meurs d’envie.
Guilhem : (lisant) « Grand concours ouvert aux chevaliers du royaume. Forte récompense à qui rapportera le Graal au seigneur du château « Pas loin d’ici » qui le remettra au roi. L’entrée du labyrinthe qui mène au Graal se trouve côté cour »
Jeanne : Forte récompense ! Eh bien, qu’est ce qu’on attend ? Allons-y sur le champ, on a besoin d’argent.
Guilhem : Mais pour parvenir au Graal il faut emprunter un labyrinthe.
Jeanne : Et alors ?
Guilhem : Si nous nous perdons et ne retrouvons pas la sortie.
Jeanne : Quel pleutre et quel défaitiste. Allons courage ! Nous allons trouver le Graal et le rapporter. Voilà. En avant !
NOIR
SCÈNE 2
Voix off du 1er garde : Vite j’en vois deux qui arrivent là bas.
2 gardes arrivent en courant avec un panneau où est écrit : Le labyrinthe du Graal.
Prix d’entrée :
Pèlerins : 50 deniers
Chevaliers : passe-passe ou 20 deniers
Personnel du labyrinthe : gratuit.
Rappel : 1 livre = 20 sols ou sous
1 sol ou un 1 sou = 12 deniers
(Entrée de Jeanne et du troubadour)
Guilhem : Nous sommes à l’entrée du labyrinthe. Voici sans doute des gardiens du site.
1er gardien : Bienvenue au Labyrinthe du Graal. Ce labyrinthe réalisé par l’architecte Dédale est ouvert aux chevaliers en quête du Saint Graal.
2e gardien : Et aux pèlerins qui cherchent en ces lieux sacrés leur chemin vers le salut spirituel.
1er gardien : Condition de participation : il faut avoir une pureté de cœur absolue.
Jeanne : (au troubadour) Eh ben, dis donc, je ne pensais pas qu’on se trouvait sur un lieu sacré. (au gardien) Pour ce qui est du cœur, pas de problème. On a du cœur à revendre et du cœur au ventre, pas vrai troubadour.
1er gardien : Très bien, très bien. Avez-vous votre passe-passe, chevalier ?
Jeanne : Je suis une chevaleresse.
1er gardien : Une chevaleresse. (souriant) Oui, oui, bien sûr. (au 2e gardien) Tu entends ça ? Une chevaleresse à pied sans cheval. Elle a dû l’oublier dans son salon. (rires gras)
Jeanne : Mais j’ai gardé mon épée et je sens qu’elle a besoin d’exercice. Je pourrais bien la sortir de son fourreau pour qu’elle prenne l’air et qu’elle aille embrocher un rigolo.
1er gardien : Ne vous énervez pas. Calmez vous…chevaleresse, puisque chevaleresse il y a. (montrant le tableau) Je répète : avez-vous votre passe-passe ?
Jeanne : Quel passe-passe ?
1er gardien : Le passe-passe pour entrer dans le labyrinthe évidemment. Chaque chevalier qui entre dans le labyrinthe a un passe-passe délivré par son seigneur. Sinon les autres…les chevaliers errants comme vous doivent payer un droit d’entrée.
Ou vous n’entrez pas.
Guilhem : Il n’a jamais été stipulé sur le panneau qu’il fallait payer un droit d’entrée pour le labyrinthe.
Jeanne : Je me demande si c’est un bon plan cette histoire de labyrinthe pour aller chercher le Graal. Qu’en penses-tu, troubadour ?
Guilhem : Notre aventure vient tout juste de commencer, chevaleresse, il me semble difficile de revenir en arrière.
Jeanne : Tu as raison (en a parte à Guilhem) et le public pourrait demander à être remboursé. Alors nous devons aller jusqu’au bout de cette aventure. Allez hop : action ! (au troubadour) Paye l’entrée !
Guilhem : Mais !...
Jeanne : Il n’y a pas de mais. Veux-tu que nous retrouvions le Graal ?
Guilhem : Oui, mais…
Jeanne : Il n’y a pas de mais !
1er gardien : Donc vingt deniers pour la chevaleresse.
Guilhem : (Sortant une pièce de sa bourse) Voilà. Dites, faites vous un prix pour les troubadours ?
1er gardien : Vous vous moquez. Vous, les baladins vous passez votre temps à vous baladez en chantant des balades et vous voulez une réduction sur le prix d’entrée. Pas question vous payez le même prix que les pèlerins qui pérégrinent
Guilhem : Mais vous n’avez pas compris notre rôle. Nous, les troubadours, nous sommes des artistes qui allons de château en château pour faire découvrir à ce vaste monde féodal la création artistique. Nous avons une mission de service public. L’entrée du labyrinthe devrait être gratuite pour les artistes.
1er gardien : Cinquante deniers ! Pas de réduction pour les traine-savates et autres saltimbanques. C’est comme ça.
Jeanne : (ricanant) De nous deux c’est toi qui coûtes le plus cher, l’artiste.
Guilhem : Très drôle. (au gardien) Je vous les donne à regret,
(Le troubadour donne des pièces au gardien qui le remercie)
1er gardien : Merci
Guilhem : Et comment se repère-ton dans ce labyrinthe pour parvenir jusqu’au centre.
Jeanne : Pourquoi veux-tu aller au centre ?
Guilhem : Un moine m’a expliqué un jour que dans un labyrinthe se trouvait toujours un centre spirituel et je suppose que c’est peut-être l’endroit où se trouve le Graal.
2e gardien : C’est possible, j’ai entendu beaucoup de chevaliers dire la même chose. Pour vous déplacer ce n’est pas difficile. Vous n’avez qu’à suivre les murs. D’abord vous prenez le premier couloir à droite, puis le premier à gauche, ensuite le premier à droite et le premier à gauche et vous arriverez au centre du labyrinthe ou en tous cas pas très loin. Mais une fois entré il faut pouvoir en ressortir.
1er gardien : Et c’est là que j’interviens. Moi, je connais le labyrinthe.
2e Gardien : C’est vrai.
1er gardien : Attention il n’est éclairé par des torches qu’à certains endroits. Donc il faut assurer la maintenance. Ainsi je vérifie de temps en temps que les torches sont en bon état de fonctionnement. Donc j’entre dans le labyrinthe et j’en sors.
Jeanne et Guilhem : Comment ?
1er gardien :...