Le plus beau jour de ma vie

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David, un prêtre, revient dans sa famille, qui a toujours eu une valeur d’exemple, pour procéder au mariage de sa nièce. Mais chacun semble traîner de grosses et nauséabondes casseroles et la prospérité de cette famille bourgeoise semble ne plus tenir qu’à un fil : un mariage obligatoire mais qu’il refusera de célébrer s’il apprend que sa nièce est enceinte. Le marié lui-même et le témoin de la mariée sont loin d’être exempts de tout reproche eux aussi. Que faire face à tant de dépravation ? Avec une sœur, Angélique, qui semble traumatisée à vie par la perte de son grand amour, une autre qui trompe son mari et parie sur les résultats de matchs de football par l’entremise d’une domestique pas très honnête et un beau-frère à la sexualité débridée qui souffre d’une grosseur mal placée, les soucis s’accumulent. David doit-il faire abstraction de tout et se faire le complice de tant de péchés ? Alors que lui-même…

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SCÈNE 1

Marie, Thérèse puis David

 

Marie, entrant. – Elle me gêne. Mais pourquoi avoir engagé une femme de chambre ?

Thérèse, même jeu. – C’est un signe extérieur de richesse.

Marie. – Un signe extérieur de richesse ?

Thérèse. – Parfaitement. Ainsi, on nous croit riches.

Marie. – Nous ne le sommes plus ?

Thérèse. – Plus pour longtemps. Ce mariage est notre dernière chance puisque la faillite semble inéluctable.

Marie. – Tu en es sûre ?

Thérèse. – Aussi sûre qu’un et un font deux et que tous les chiffres de nos livres de comptes sont dans le rouge.

Marie. – Mais je ne pourrais jamais vivre pauvre ! Il n’y a pas de solution ?

Thérèse. – La solution, c’est ton mariage avec cet écervelé de Thomas qui croit tout comme le saint du même nom…

Marie. – Maman, je t’en prie, ne te moque pas de lui.

Thérèse. – … et qui est le fils d’un gros industriel qui renflouera nos caisses.

Marie. – Tu as une vision très romantique du mariage.

Thérèse. – Réaliste seulement : qui se marie encore à l’heure actuelle ?

Marie. – Moi… un peu contrainte et forcée par le poids de la famille.

Thérèse. – Et par ton ventre qui va bientôt s’arrondir. Puisque tout en fréquentant Thomas, tu as visiblement batifolé avec un illustre inconnu…

Marie. – Disons que je préfère qu’il le reste.

Thérèse. – … qui serait le père de ton futur enfant. Autant faire endosser à saint Thomas la paternité, il n’ira pas demander un test.

Marie. – Qu’en sais-tu ?

Thérèse. – Je suppose qu’il ne doute pas. Donc, il s’est forcément passé des choses avec lui.

Marie. – Maman, je porte le prénom de la Vierge mais je n’ai pas attendu l’intervention divine.

Thérèse. – Ne fais jamais ce genre de réflexion devant ta tante ; tu sais comme elle est bigote…

Marie. – Il n’y a pas qu’elle pour que tonton soit devenu curé.

Thérèse. – Si tu avais mieux connu tes arrière-grands-parents, tu comprendrais : ils seraient allés jusqu’au Vatican à pied rien que pour apercevoir le pape.

Marie. – Heureusement que tu n’es pas entrée dans les ordres, je ne serais pas là pour en parler.

Thérèse. – Je suis croyante et pratiquante mais je me relâche de temps en temps. Et il m’arrive de jurer, nom de Dieu ! (Le curé entre alors.) Au nom de Dieu, Marie, au nom de Dieu tu t’engageras…

David. – … avec Thomas par les liens sacrés du mariage dans deux jours déjà alors que c’était initialement prévu dans trois mois… Mais pourquoi tant de précipitation ?

Thérèse. – Elle… elle n’en peut plus.

David. – Elle n’en peut plus ?

Thérèse. – Elle est jeune et sa… sa libido la travaille.

Marie, surprise. – Ma libido ?

David, se signant. – Sa libido ? Mon Dieu ! Mais elle n’a qu’à prier !

Marie. – J’ai… j’ai essayé… mais ça ne fait pas le même effet.

David, même jeu. – Pas le même effet ? Mon Dieu !

Thérèse. – Mais oui, enfin, David, tu dois quand même le savoir… mais oui, tu le sais…

David, même jeu. – Oui… bon… ne nous étendons pas sur le sujet… C’était il y a bien longtemps.

Thérèse. – Et ça ne fait pas le même effet.

David, même jeu. – Mon Dieu, ma sœur…

Thérèse. – Arrête de m’appeler « ma sœur », j’ai l’impression d’être une nonne au lieu d’être ta sœur.

David. – Justement, j’appelle « ma sœur » ma sœur.

Thérèse. – Et je ne suis pas une nonne… enfin, tu m’as comprise.

Marie. – Les voies du Seigneur sont impénétrables… Non, réflexion faite, je vais aller prier.

Thérèse. – C’est ça, ça calmera ta libido.

Marie sort.

 

 

SCÈNE 2

Thérèse, David puis Laetitia

 

David, même jeu. – Sa libido ? Mon Dieu, ma sœur !

Thérèse. – Arrête de m’appeler « ma sœur » !

David. – Pardon, ça m’a échappé… Tu sais, Thérèse, je suis très heureux de pouvoir marier Marie. Notre famille est vraiment un exemple dans un monde sans foi ni loi.

Thérèse. – Tout le plaisir est pour nous.

David. – Et c’est un plaisir également de passer quelques jours près de vous.

Thérèse. – Surtout que tu t’es fait rare depuis ton départ.

David. – Tu sais que j’avais des raisons de ne pas revenir.

Thérèse. – Et pas de souci pour te loger dans cette grande maison ; ça aide d’avoir des parents qui ont réussi.

David. – À propos, les affaires vont toujours bien ?

Thérèse. – Très… très bien.

David. – Tu es sûre ? Je te sens hésitante.

Thérèse. – Je… je n’ai pas envie d’en parler… étaler toute notre richesse alors que toi, tu as choisi une autre vie.

David. – Ce n’est plus l’Église des premiers temps, je ne vis pas dans le dénuement.

Thérèse. – Toutes ces histoires d’argent ne feraient que te distraire de ta mission spirituelle.

Laetitia, rentrant. – Veuillez m’excuser, Madame, Monsieur.

Thérèse, désignant David. – Laetitia, on ne dit pas « Monsieur » mais « mon père ».

Laetitia. – Mais mon père, il est à la maison et je l’appelle « papa ».

David. – Mon enfant…

Laetitia. – Mais je ne suis pas votre fille.

David. – Je le sais, c’est une façon de parler.

Thérèse. – Laetitia, quand vous vous adressez à un prêtre, vous l’appelez « mon père ».

David. – Et quand je m’adresse à vous, je vous appelle « ma fille » ou « mon enfant » comme j’appelle ma sœur « ma sœur ».

Thérèse. – Non, pas « ma sœur », justement.

Laetitia. – Dites, c’est vraiment compliqué votre truc, j’ai rien compris.

David. – Écoutez, ma fille…

Laetitia. – Mais puisque je vous dis que je ne suis pas votre fille !

David. – Écoutez, Laetitia, simplifions : appelez-moi Monsieur et n’en parlons plus.

Thérèse. – N’en parlons plus, en effet. Mais pourquoi nous avoir dérangés, Laetitia ?

Laetitia. – Pour dire à Madame que le parrain de Mlle Marie a téléphoné.

Thérèse. – Ah bon ! Et pourquoi ?

Laetitia. – Comme il arrivera demain soir et prendra son petit-déjeuner ici samedi matin, il demandait qu’on aille acheter du pain sans gluten.

David. – Du pain sans gluten ?

Thérèse, à David. – C’est vrai qu’aux dernières nouvelles, il y était devenu intolérant.

Laetitia. – Et il voudrait qu’on achète un pain spécial.

Thérèse. – Eh bien, ça promet pour le mariage : il y aura fatalement du gluten au menu.

David. – Le pauvre, il doit porter sa croix.

Thérèse. – Nous la portons tous, David.

David. – Oui, ma sœur.

Thérèse. – Tu le fais exprès ?

David. – Mais non, ça m’a échappé.

Laetitia, à David. – Mais pourquoi ne pouvez-vous pas appeler « ma sœur » votre sœur ou votre sœur « ma sœur » ?… Enfin, vous m’avez comprise.

David. – Écoutez, ma fille…

Laetitia. – Mais puisque je vous répète que je ne suis pas votre fille !

Thérèse, énervée, à Laetitia. – Sortez, ma fille !

Laetitia. – Mais je ne suis pas la vôtre non plus !

David et Thérèse, en chœur. – Sortez !

Laetitia. – Bien, je sors mais j’ai toujours rien compris. (Elle sort mais revient aussitôt.) Madame, il y a aussi autre chose.

Thérèse. – Quoi donc ?

Laetitia. – Mon frère a téléphoné.

Thérèse, se déplaçant très vite vers elle et en aparté. – Soyez discrète, ma fille.

Laetitia, en aparté également. – Encore « ma fille » ? Mais je vous répète…

Thérèse, en aparté. – Vous le faites exprès ! Que demande-t-il votre frère ?

Laetitia, même jeu. – S’il faut parier cinq cents ou mille euros.

Thérèse, même jeu. – Mille, je dois me refaire. Et Arsenal va gagner, c’est sûr ?

Laetitia. – Les doigts dans le nez, vous verrez.

Thérèse, même jeu. – La dernière fois, Chelsea allait aussi gagner les doigts dans le nez…

Laetitia, même jeu. – Il y a eu deux buts sur hors-jeu. Il demande aussi quand il va avoir l’argent.

Thérèse, même jeu. – Allez-y, je vous rejoins dans cinq minutes.

Laetitia. – Bien, Madame. (Elle sort.)

 

 

SCÈNE 3

Thérèse, David puis Angélique

 

Thérèse. – Elle n’est pas très futée… Le propre des domestiques, sans doute.

David. – Voyons, Thérèse, sont-ce là des propos dignes d’une chrétienne ?

Thérèse, souriant. – Tu as raison, frère David, ce ne sont-ce pas des propos chrétiens.

David, souriant. – Voilà, dédramatisons, ne sonsons pas… et je répète mon plaisir d’être ici présent pour le mariage de Marie et la valeur d’exemple de notre famille.

Thérèse. – Je ne pouvais décemment pas demander à un autre prêtre de bénir cette union.

David. – Je l’aurais pris pour une offense, je suis quand même et surtout ton frère. (Angélique fait son entrée.) Et voilà mon autre sœur, ma sœur Angélique.

Angélique. – Mais je n’ai pourtant pas toujours été un ange !

Thérèse. – Mais si : trop souvent puisque tu es restée célibataire.

Angélique. – J’ai pourtant eu l’occasion de me marier… avec Benoît. (Elle pleurniche.)

Thérèse, en aparté. – Mince, j’aurais mieux fait de me taire, c’est reparti !

David. – Benoît ?

Thérèse. – Tu ne te rappelles pas ? Le sacristain.

David. – Mon Dieu : le sacristain, j’avais oublié !

Angélique. – Il était seul à minuit dans la sacristie… C’était un jeudi. (Elle pleurniche de plus belle.)

David. – Que faisait-il là ? À Noël on aurait compris, mais n’est-ce pas arrivé à la fin de l’été ?

Angélique, pleurnichant de plus belle. – Si… Pourquoi y a-t-il eu cette tempête ?

David. – Comme le rappelait Marie, les voies du Seigneur sont impénétrables.

Thérèse. – Et surtout ce toit qui s’est effondré.

Angélique, même jeu. – En plein sur sa tête.

David. – Pour une tuile, c’était une tuile. (Elles le regardent, étonnées. Angélique pousse un énorme sanglot.) Oh ! pardon ! (Il se signe.) Je ne sais pas ce qui m’a pris.

Angélique, même jeu. – Je… je vais enfin vous dire… pourquoi il était là.

David. – Mais oui, libère-toi. Cela restera entre nous, considère qu’il s’agit presque du secret de la confession.

Thérèse. – Je ne peux décemment dire la même chose mais cela ne sera pas ébruité.

Angélique, même jeu. – Il… il se repentait et demandait du courage à Dieu.

David. – Et de quoi se repentait-il ?

Angélique, même jeu. – Il avait osé m’inviter à danser au bal de la paroisse.

David. – Quoi de plus normal pourtant ; moi-même, cela m’est arrivé.

Angélique, même jeu. – Oui mais ensuite, on s’est promenés dans le parc.

Thérèse. – Mais tu ne m’avais jamais parlé de ça !

David. – Chut ! Continue, Angélique.

Angélique, même jeu. – Et puis, c’est allé très loin.

David. – Comment ça, très loin ? (Il se signe.)

Thérèse. – Chut ! Continue, Angélique.

Angélique, même jeu. – Il m’a prise dans ses bras et m’a embrassée… sur la bouche.

Thérèse. – Sur la bouche ? Mais c’est normal !

David. – Il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Moi-même je… Non, j’allais dire une bêtise. (Il se signe à nouveau.)

Thérèse. – Mieux vaut les dire que les faire, frère...

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