Les cocus ça s’arrose
Églantine, épouse fidèle plutôt “vieille France”, apprend avec stupeur de Camille, son amie, qu’Ibiza, lieu de leurs futures vacances choisi par Victor, son coureur de mari, est une île de la tentation. Que faire pour ne pas y aller ? Le subterfuge de Camille : des vacances à la campagne gagnées à un jeu radiophonique avec l’élection de Miss Poitou, de quoi l’appâter. Alors pourquoi ne pas aller en chambres d’hôtes chez son cousin Pierre, veuf éploré ? Victor tombe dans le panneau, mais heureux hasard pour lui dans les bras de Marion, la sur de Pierre, petite peste qui fera des révélations Églantine, innocente mais encore trompée, aura sa vengeance sans le vouloir. Le public compatissant assistera écroulé de rire au pot des cocus.
Lire le texte intégral
ACTE 1
Dans un salon bourgeois, Lucienne entre avec son plumeau à la main. Elle regarde l’heure, met son walkman et commence à danser et à chanter tout en passant le plumeau. Elle prend sur un meuble la photo de Victor et passe le plumeau dessus.
Lucienne (regardant la photo, sur un ton de remontrance mais aussi un peu narquois) - J’ai l’impression que Monsieur a encore fait des siennes. Monsieur va se faire enguirlander et Monsieur ne l’aura pas volé, comme d’habitude… Ah ! si Monsieur était mon mari, il y a bien longtemps que Monsieur filerait doux, c’est sûr ! Mais cette pauvre Madame est bien trop gentille. Enfin ! (Elle pose la photo et reprend son ménage tout en chantant et se tortillant.)
Eglantine entre.
Eglantine - Lucienne, vous perdez l’esprit !
Lucienne (sursautant) - Oh ! bonjour Madame ! Que Madame m’excuse. (Elle range vite son walkman et son plumeau.) Madame a-t-elle bien dormi ?
Eglantine - Très bien, merci.
Lucienne - Madame prendra-t-elle son café tout de suite ou attend-elle Monsieur ?
Eglantine - Je le prends tout de suite. (Lucienne se retourne pour préparer le café.) Dites-moi, Lucienne, justement à propos de Monsieur, savez-vous à quelle heure Monsieur est rentré ?
Lucienne - Non, Madame, j’avais pris ma tisane pour dormir. (Vraiment très ennuyée.) Madame aurait dû me dire, je n’aurais pas pris de tisane et j’aurais guetté.
Eglantine - Ce n’est rien, Lucienne.
Lucienne - En tout cas, il est rentré : son manteau et son chapeau sont dans le vestibule.
Eglantine - C’est déjà ça.
Eglantine se lève et va chercher une revue sur la table du téléphone. Lucienne prépare le plateau du petit déjeuner. Victor entre, un journal à la main.
Victor - Bonjour ma petite Lucienne. (Il lui donne une tape sur les fesses.)
Eglantine (se retournant, d’un ton pincé) - En voilà des manières ! Vous vous laissez aller, mon cher.
Victor - Vous vous méprenez ! Lucienne avait un faux pli sur sa jupe. (Il embrasse distraitement sa femme sur le front.) Bonjour ma chère. Avez-vous bien dormi ? (Sans attendre la réponse, à Lucienne.) Pour moi ce sera la même chose que Madame.
Ils s’installent à table et Victor commence à lire le journal.
Lucienne - Bien, Monsieur. (Elle va chercher le café.) Votre café, Monsieur.
Victor - Merci Lucienne. (Il prend son café et des viennoiseries tout en lisant le journal.)
Lucienne - Madame désire-t-elle autre chose ?
Eglantine - Ce sera tout. Vous pouvez disposer, merci. (Lucienne sort. Eglantine s’adresse à son mari.) Alors, mon cher, êtes-vous rentré tard ?
Victor (hésitant et inquiet) - Euh… oui… Que faites-vous aujourd’hui ?
Eglantine - Ne changez pas de conversation.
Victor - Loin de là mon idée ! Je m’inquiète de votre journée, tout simplement.
Eglantine - Camille vient me voir tout à l’heure.
Voyant qu’Eglantine a changé de conversation, Victor se détend.
Victor - Je trouve que Camille n’a pas une très bonne influence sur vous. Une tireuse de cartes !
Eglantine - Vous dites n’importe quoi. Et puis je fréquente qui je veux. A présent je réitère ma question : êtes-vous rentré tard ?
A nouveau tendu et gêné, Victor prend vite son journal et fait semblant de lire.
Victor - Oui… La réunion n’en finissait pas.
Eglantine - Et à quelle heure a-t-elle fini ?
Victor (derrière son journal, au public) - Sait-elle ou ne sait-elle pas ? (Il fait semblant de lire le journal.)
Eglantine - Je vous parle. Avez-vous entendu ma question ?
Victor - Pardon, je lisais le journal.
Eglantine - Bon, puisque maintenant vous écoutez, à quelle heure a-t-elle fini ?
Victor (agacé) - Mais de quoi parlez-vous ? Vous savez, ma chère, vous êtes difficile à suivre le matin.
Eglantine (en colère) - Vous vous moquez de moi ! Je vous parle simplement de votre réunion d’hier soir !
Victor (toujours gêné, mais jouant le naïf) - Ah oui ! La réunion… (Il reprend son journal.)
Eglantine - Vous savez que vous êtes exaspérant ? Allez-vous me dire à quelle heure vous êtes rentré ?
Victor (toujours derrière le journal, au public) - Mieux vaut dire la vérité, elle a sûrement regardé l’heure. (A Eglantine.) Trois heures, je crois.
Eglantine - Dites donc, avec des réunions de travail aussi tardives, les affaires doivent être florissantes !
Victor (très vague) - Oh ! vous savez…
Eglantine - Eh bien, non, justement, je ne sais pas. Alors expliquez-moi ce qui justifie des réunions aussi tardives.
Victor (surpris, s’embrouillant un peu) - Euh… ce serait trop compliqué à expliquer et à comprendre.
Eglantine - Dites tout de suite que je suis sotte !
Victor - Mais pas du tout, ma chère ! Loin de moi cette idée !
Eglantine - Alors j’attends.
Victor (innocent) - Quoi ?
Eglantine - Eh bien, des explications sur la complexité des affaires.
Victor - Pardon ? Comme ça, le matin, au petit déjeuner ?
Eglantine - Pourquoi pas ?
Victor - Mais… (Soulagé, ayant trouvé une excuse.) Je lis mon journal !
Eglantine - Vous pouvez bien le lire dans quelques minutes, les nouvelles ne vont pas changer en si peu de temps et moi j’aimerais savoir.
Victor (de plus en plus ennuyé et énervé) - Mais savoir quoi ?
Eglantine - Savoir par exemple comment une réunion d’affaires peut durer aussi longtemps.
Victor (faussement naïf) - Ah !...