Prologue : (De grands gâteaux sont disposés autour de la scène, dont un très grand au centre, très appétissant. Personne sur scène.)
(Jingle de grand magasin)
Voix de grand magasin : Nous signalons à notre aimable clientèle que le spectacle auquel vous allez assister est le fruit d’un raisonnement philosophique. Il ne s’agit donc pas d’affirmer des certitudes, mais de susciter une réflexion. Merci de votre compréhension. (Jingle) Un vendeur est attendu au rayon accessoires, merci. (Jingle) La petite Jessica attend sa maman à l’accueil… (voix un peu irritée) et merci de surveiller votre progéniture, ici, ce n’est pas un relais petite enfance, j’ai pas que ça à faire moi ! Parce que hein… (Le jingle coupe la voix off, qui reprend sur un ton habituel) Nous remercions notre aimable clientèle de votre compréhension.
Narrateur (arrive sur scène en poussant un tableau blanc à roulettes) : Bonsoir Mesdames et Messieurs ! Bienvenue… Alors, je préfère vous le dire tout de suite, ici, on va faire de la philosophie... Donc, d’abord... la philosophie, qu’est-ce que c’est ?… eh bien… ce n’est pas de la science ! Car, la science cherche le savoir là où on SAIT qu’il n’y en a PAS... c’est-à-dire dans l’ignorance. Eh ben la philosophie, c’est l’inverse : On va chercher le savoir là où il y en a DÉJÀ, c’est-à-dire dans les évidences… c’est pour ça que, comme le disait Socrate, la philosophie commence avec l’étonnement.
Par exemple, prenez le soleil : Si on regarde bien, chaque matin il se lève là-bas ... et le soir il se couche là... et ça recommence tous les jours ! et donc, ça veut bien dire que c’est le soleil qui bouge... autour de nous ! Ça se voit ! C’est é-vi-dent ! Eh ben au 16e siècle, pour Copernic, NAN ! Pour lui... Le truc qui bouge, c’est pas le soleil… c’est nous ! … Et c’est pas tout ! Parce qu’à l’époque de Copernic, l’autre truc hyper évident... le truc qu’on va pas s’amuser à remettre en question... c’est l’existence de Dieu ! Or... il se trouve que nous, les humains, on a été créés PAR Dieu… Et donc c’est qui le centre de l’univers ? Ben c’est nous. C’est l’ordre des choses… Et pis c’est tout !... Eh ben malgré tout ça, Copernic, lui, il s’en fout ! Pour lui, le centre c’est pas la terre… c’est le soleil !... Et est-ce que vous savez d’où il sort ça ? … À cause de ses CALCULS… ses calculs astronomiques !... Avec la terre au centre de l’univers, ça complique beaucoup de choses… alors qu’avec le soleil, là c’est simple… là on est bon... Ce qui veut dire que pour Copernic, ce qui compte, c’est pas ce qu’on voit… et c’est même pas Dieu… Ce qui compte, pour lui, c’est ses calculs ! Ce qui y’a sur le papier ! Parce que c’est plus simple ! Et pis c’est tout ! … et ça, ça veut dire deux choses :
Que : 1- Copernic il est quand même vachement Badass !
Que : 2- La philo, c’est pas juste parler de Descartes ou de Spinoza… la philo, ça consiste à faire un pas de côté, c’est-à-dire à repenser les évidences… donc à penser « out off Ze box ! »
Prenez Darwin par exemple. Ben lui, quand il voit une baleine... qui pèse des tonnes !… et qu’elle a des nageoires !… et qu’elle a même pas de pattes !… Mais !… que y’a juste un PETIT truc bizarre… c’est que la baleine, elle a pas des branchies, mais des poumons ! Eh ben malgré tout, lui, Darwin, Il se dit que « Si, si ! … nan… c’est obligé… les baleines, au départ, c’est pas des poissons… et que donc, avant, eh beeeen… elles devaient sans doute marcher sur la terre… avec leurs petites papattes !»… Et donc au début, Darwin, on s’est bien foutu de sa gueule.
Tout ça pour dire que la philosophie, c’est pas juste des bouquins de philo qu’on y comprend rien du tout… C’est AUSSI faire un pas de côté, et se poser la question : « Et si ? »...Eh bien nous, Mesdames et Messieurs, nous allons aussi nous poser cette question : « Et si ? »… Et si, y’avait un truc très proche de nous… très, très, très proche… et donc très évident… et que ce truc, en fait, on savait pas vraiment ce que c’est… Je parle bien sûr du sexe… et plus précisément de la pénétration sexuelle.
(pause)
Parce que si y’a bien un truc qui semble évident, et qu’on est censé être un peu au courant… c’est ce truc là ! … parce que la pénétration sexuelle, niveau simplicité, c’est difficile de faire plus simple !... Bon, j’vous fais pas un dessin... mais une fois qu’on a compris l’idée… ben, on a compris, quoi… c’est pas la peine de nous expliquer 107 ans… et pourtant… La pénétration sexuelle, y’en a qui passent des heeeeeures à regarder ce truc là… encore et encore… et encore… et encore… Parce que bon… la pornographie… à part la pénétration sexuelle ?… Y’aurait quoi à voir ?... l’intrigue ? les scénarios ? la subtilité des interprétations ? … Nan ! Le principe du porno, c’est de montrer une seule et même chose : la pénétration sexuelle ! … Et ben pour un geste aussi simple, aussi basique, il faut quand même savoir que la pornographie, ça fait des centaines / de millions / de visionnages par jour ! … Si c’est pas des milliards !... Ce qui veut dire que ce simple petit geste… y’en a qui ressentent un besoin impérieux de le revoir… souvent… et longtemps… Ce qui fait que c’est quand même un petit peu obsessionnel… Ce qui veut dire qu’avec la pénétration sexuelle, même si, apparemment, y’a pas grand-chose à dire dessus… Eh ben y’aurait quand même un truc à penser !… Ce qui fait que, Mesdames et Messieurs, la pénétration sexuelle est un objet philosophique… Et que donc on va se poser la question « Et si ? »… Et si la pénétration sexuelle contenait un point aveugle ? Un mystère de la plus haute importance ! … Un mystère très ancien… mais qui s’est évanoui dans les méandres et les arcanes de la nuit des temps… Mais heureusement, Mesdames et Messieurs... les ancêtres nous ont laissé quelques indices… quelque légende...
Acte I : Une problématique originelle
Scène 1 : (Dieu en haut de son échelle. Adam et Eve en combinaison intégrale-seconde-peau unicolore, genre télétubbies, allongés sur des transats. Le serpent en tenue de commercial, costard cravate et attaché-case, avec serre-tête ou cagoule de serpent et ceinture en testicules-boule-à-facettes.)
Eve (s’étire) : Mmmmmhh… Aaaah ! … Adam ?
Adam : Oui, Eve ?
Eve : On fait kwaaaa ?
Adam : Je sais pas… Que veux-tu faire ? Manger un gâteau ? Contempler la création ?
Eve : Non… Mmmmh… Je crois que je m’ennuie.
Adam : Mais non, tu ne t’ennuies pas… c’est le bonheur… tu ressens le bonheur, voilà tout.
Eve : Oui, Adam, tu as sans doute raison.
Dieu (sur une échelle) : Adam… Adam… Eh ! Adam…
Adam (nonchalant, se lève) : Hein ?…. Oui Dieu… quoi ?
Dieu : Tu feras gaffe quand même, hein, euh... Tu feras attention.
Adam : Oui, oui, bien sûr, Dieu… mais euh… attention à quoi ?
Dieu : Ben au gâteau de la connaissance du bien et du mal… là… tu fais gaffe, hein ! Faut pas en manger ! Pas touche !
Adam : Ah bon ?… Ben pourquoi ?
Dieu : Pourquoi ? … Eh bien… sinon… euh… ben... vous allez mourir !
Adam : Ah bon ?
Dieu : Ben oui. (grandiloquent) Si vous mangez le gâteau de la connaissance du bien et du mal, vous mourrez !!! Genèse 2 : verset 17… Voilà. C’est tout.
(Dieu sort)
Adam (suit Dieu du regard) : Ah ! … Ok… bon ?!… (revient s’allonger à côté d’Eve, qui se redresse un peu)
Eve : Alors ? Il t’a dit quoi, Dieu ?
Adam : Ben, j’sais pas trop… j’ai pas tout compris… Il m’a parlé d’un truc qu’il fallait pas faire… qu’y’a un gâteau… çui-là je crois… qu’il faut pas manger.
Eve : Tu veux dire celui-là ? Le gâteau de la connaissance du bien et du mal ? Mais il a l’air super bon !!! T’es sûr que c’est bien celui-là ?
Adam : Ben oui… Le plus gros, qui est au centre de la pièce… C’est Dieu... il me l’a montré… mais tous les autres, pas de problème, hein... on a le droit d’en manger.
Eve : Mais pourquoi justement celui-là ?!?
Adam (récite comme un bon élève) : Parce queeeuh… Dieu a dit que… sinon… on allait mourir !
Eve : Ah carrément ?!!! Mais pourquoi ?
Adam : Ben ça, j’sais pas… j’y ai pas demandé.
Eve : Mais ça s’peut pas ! C’est pas logique ! Pourquoi, justement, le gâteau de la connaissance du bien et du mal ?
Adam : Ben j’en sais rien, moi… j’y ai pas demandé, j’te dis… Y m’a dit… c’est comme ça, c’est tout.
Eve : Ben dis-donc, il t’en faut pas beaucoup à toi ! T’es pas exigeant !
Adam : Bôôôô !
(Adam s’assoupit à nouveau. Serpent dissimulé derrière les transats se relève et s’adresse à Eve)
Serpent (qui a manifestement une idée derrière la tête) : Alors, comme ça… Il paraît que vous ne pouvez manger AUCUN des gâteaux ?
Eve : Ben si… on la droit… ici on mange tout ce qu’on veut... sauf celui-là… Sinon on va mourir…
Serpent : Mourir !?! Mais qui vous a raconté ces bêtises ?!
Eve : C’est pas des bêtises… c’est Adam qui me l’a dit… qui le tient lui-même de Dieu ! Alors hein !?
Serpent : Meuuuuh non… vous n’allez pas mourir !… bien au contraire, si vous en mangez, vous serez rempli de connaissances !... et alors vos yeux s’ouvriront ! vous deviendrez trèèèès intelligents… Vous saurez TOUT… vous deviendrez alors omniscients, comme des dieux !… Je connais bien Dieu… ce n’est pas son genre… il a dû vous faire une blague, c’était pour rire… ou alors Adam a mal compris… tu le connais.
Eve : Ah bon ? T’es sûr ?
Serpent : Mais ouiiii… tiens… vas-y, goûte !
Eve : Mais on devrait pas demander à Adam d’abord ?
Serpent : Mais non, t’inquiète… vas-y… goûte… Ce n’est qu’un gâteau… et regarde comme il a l’air appétissant.
Eve : Bon… t’es sûr, hein ? (elle mange du gâteau de la connaissance du bien et du mal) …. AAAAAAHHH !!! (elle se regarde, horrifiée) … Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Mais c’est quoi ce bordel ?… Mais je suis toute nue !!! Je suis à poil !?! Mais tout le monde va me voir !! (Eve regarde le public, dissimule ses parties intime et part se cacher derrière les transats)
Adam : Hein ?!? Mais qu’est-ce qu’y a ? Qu’est-ce qui se passe ? (Adam se trémousse de façon suave) Ah ?!? Tiens ? J’ai comme une petite envie, moi ! … Eve ? Eve ? Tu es où ? Allez Eve… Viens… On va faire la nature. (Adam démarre un geste vers Eve qui le repousse vivement)… Hein ? Mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui se passe ?
Eve (sort juste sa tête de derrière le transat) : Il se passe que j’ai pas envie !
Adam : Mais quoi ?!? T’es toujours d’accord d’habitude ?!?
Eve : Ouais, ben là, c’est pas l’habitude !
Adam : Mais pourquoi ? Allez, viens… (Adam essaie à nouveau de se rapprocher d’Eve qui le repousse) Mais euh ! Pourquoi tu veux plus faire la nature ?
Eve : Parce que... pas comme ça !… pas juste quand t’as envie, toi !… Il faut aussi prendre son temps… Parce que c’est mon corps…
Adam : Ah bon ?… Ben, tu veux que je fasse quoi ?
Eve : Ben, déjà, tu peux m’inviter au resto… et puis y’a les préliminaires aussi… Et puis que c’est pas moi qui doit tout t’expliquer !
Adam : Ah bon !?!… Ah… mais c’est compliqué quand même… Eve, t’as changé j’trouve… Qu’est-ce qui s’est passé ?
Eve : Ben il s’est passé ça ! (elle montre la part de gâteau de la connaissance du bien et du mal)… Tu veux comprendre ce qui se passe ? Ben justement, ça tombe bien, c’est le gâteau de la connaissance… T’as qu’à goûter.
Adam : Ah mais non ! J’veux pas mourir, moi !
Eve : Et moi ? Tu m’as vue ? Est-ce que je suis morte ? … Non ?! … Bon ! ...Par contre, j’ai compris des trucs… Donc, si tu veux comprendre aussi, goûte !… et en attendant, fiche-moi la paix !
(Eve part en coulisses, Adam considère le gâteau, puis le goûte… effrayé aussitôt, il regarde son corps, puis dissimule son pubis avec ses mains.)
Adam : Et meeeeerde ! Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?!?… Mais je suis tout nu, moi !!! Je suis à poil !?! Mais tout le monde va me voir !! (Adam regarde le public et file en coulisses. Ensuite Dieu revient sur son échelle.)
Dieu : Du coup… Adam… euuuuh… J’voulais te dire un petit truc… mais... Vous êtes passés où ? Adam ? … Eve ? (Dieu va vers le gâteau et constate qu’il a été entamé) Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel !?! (Dieu jette un regard accusateur vers le serpent, qui fait comme si de rien en sifflotant)… Adam ? Eve ? Mais où êtes-vous ?
Adam (sort doucement la tête des coulisses et chuchote) : Ici, on est ici… Dieu… on est caché.
Dieu : Et pourquoi vous vous cachez comme ça ?
Adam : Ben… parce qu’on est tout nus.
Dieu : Et comment vous le savez que vous êtes tous nus ? Qui vous a appris ça ?
Adam : Ben c’est elle !
(Adam pousse Eve sur scène, qui essaie de cacher son corps comme elle peut.)
Adam : C’est ELLE qui m’a FORCÉ à manger du gâteau !
Eve : Ah ouais ?!? Et moi, c’est Serpent qui m’a menti, c’est lui qui m’a manipulée….
(Dieu regarde Serpent qui s’enfuit en coulisses.)
Dieu : (sur son échelle, grandiloquent) Ainsi, vous m’avez désobéi !… Et pourtant… Je vous avais prévenus ! Je vous l’avais bien dit ! Et vous ne m’avez pas écouté ! Tous autant que vous êtes ! (surjoue la déception) Je suis déçu… déçu… très déçu… (de nouveau grandiloquent) … Quoi qu’il en soit, je peux vous dire jeune homme… et jeune femme… (commence à gesticuler) que vous vous êtes mis dans de beaux draps… vous êtes dans une sacrée panade… dans la mouise… dans le pétrin !!! Genèse 3 : verset 11 !
Scène 2 : (Les mêmes, le narrateur devant le tableau blanc)
Narrateur : L’histoire d’Adam et Eve est celle d’une interdiction, et qui, comme toute interdiction, sera transgressée... bien sûr… Mais celle-là, pas de bol, elle précipite Adam et Eve à la catastrophe !... alors, peut-être n’est-ce là qu’un vieux conte de grand-mère... Moi-même, au départ, je pensais que c’était pour expliquer qu’il y a de la souffrance un peu partout… Mais à y regarder de plus près, je me suis rendu compte que, en fait, l’histoire d’Adam et Eve, c’est aussi un peu lié au sexe.
Greffière : Ben non, ça parle pas du sexe ! Sinon ça voudrait dire qu’Adam et Eve, ils ont été punis à cause du sexe ! Ce qui voudrait dire que le sexe, c’est pas bien… et que c’est pas possible parce que le sexe, c’est bien !
Narrateur (sourit) : Et c’est justement ce genre de réaction qui m’a mis la puce à l’oreille, parce qu’à chaque fois, on se dépêche de préciser que « Non, ça ne parle pas de sexe ! »… Et à force, je me suis dit : « Tiens, tiens, tiens… Mais si ça ne parle PAS de sexe... pourquoi y’aurait besoin de le préciser à chaque fois ??? »… parce que quand ça résiste, quand ça refuse, c’est justement qu’il y a un truc à penser… et que si on regarde bien : D’abord la nudité qui pose problème… et d’une !… Et surtout, le serpent… parce que franchement, ça ressemble quand même un petit peu à un pénis…