Les Frères ennemis – recueil de sketches
LES FRÈRES ENNEMIS N°7 de André GAILLARD Cest dans l train quon sétreint La bonne recette La frontière Le galérien Le principe dArchimède Le vampire Un repos dassuré.
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C’est dans l’ train qu’on s’étreint
T - Extrait du répertoire folklorique de la SNCF.
A - Voici « J’entends siffler le train ».
T - Chanson à voie.
Ils chantent :
J’ai pensé qu’il valait mieux
Nous quitter sans un adieu
Je n’aurais pas eu le cœur de te revoir.
A - Et voilà ! La soupe !
T - Dites donc, il y a longtemps que vous jouez du triangle ?
A - Habituellement je joue de la harpe.
T - Mais alors, pourquoi jouez-vous du triangle là ?
A - Parce qu’à bout de bras c’est moins lourd.
Ils chantent :
Et j’entends siffler le train
Et j’entends siffler le train.
T - Oh là là ! A ce train-là, on n’est pas arrivé, hein ?
A - Ben faites comme moi : pensez à autre chose, mon vieux.
T - A quoi pensez-vous ?
A - A ce que j’ai mangé à midi.
T - Et qu’avez-vous mangé à midi ?
A - Du bœuf miroton.
T - Oh ! j’adore ! Comment le faites-vous ?
A - Avec du mouton.
T - Ah !
A - Oui, avec du mouton, des pois chiches, de la semoule, des légumes, le tout arrosé d’une sauce pimentée.
T - Mais ça ressemble à du couscous !
A - Mais c’en est !
Ils chantent :
Que c’est triste un train qui siffle dans le soir.
T - C’est vrai que c’est triste, le sifflet d’un train dans le soir.
A - Ce n’est pas plus triste que le sifflet d’une cocotte-minute.
T - Oui, ben essayez de faire Paris-Vintimille en cocotte-minute !
A - Vous avez déjà fait Paris-Vintimille en cocotte-minute ?
T - De nuit, jamais, non.
A - Pourquoi de nuit ?
T - Il n’y a pas de couchettes.
Ils chantent :
Je pourrais t’imaginer
Toute seule abandonnée.
T - Tiens, au fait, vous connaissez le colonel de la Rotule ?
A - Ah ! pas du tout.
T - Mais si, celui qui boitait.
A - Dugenou ?
T - Non, de la hanche.
A - Oui, mais qui s’appelait Dugenou.
T - Ah ! on l’appelait Dugenou, oui.
A - Et alors ?
T - Il est mort.
A - Et de quoi est-il mort ?
T - De faim.
A - Tiens ! Mais on m’avait dit qu’il était très riche ?
T - Oui, mais il n’avait pas d’appétit.
A - Ça arrive.
Ils chantent :
Sur le quai, dans la cohue des au revoir.
T - Mais dites donc, pourquoi boitait-il ?
A - Des suites d’une blessure.
T - De guerre ?
A - Oui, en fermant sa cantine.
T - Où a-t-il été blessé ?
A - A l’arrière.
T - Dans le dos ?
A - Non, dans le bas rein.
T - Le département ?
A - Non ! La fesse.
T - La fesse ?
A - La fesse.
T - Mais alors, pourquoi boitait-il de la hanche ?
A - Parce qu’on ne boite pas de la fesse.
Ils chantent :
J’ai pensé qu’il valait mieux
Nous quitter sur un prie-Dieu.
A - Sur un prie-Dieu ?
T - Et alors ?
A - Et alors ! Vous avez déjà vu des gens dans le train avec un prie-Dieu, vous ?
T - Ben ! s’ils n’ont pas trouvé de place assise…
A - Oui, alors ils sont très pratiquants.
T - Je ne vous le fais pas dire.
A - Oui, enfin, si tous les gens pratiquants qui n’ont pas de place assise dans le train s’en allaient avec des prie-Dieu, qu’est-ce que ça ferait, n’est-ce pas ?
T - Ça ferait des trains sacerdotaux.
A - Eh bien ! Si ça sert d’auto, ils n’ont pas besoin de prendre le train.
Ils chantent :
Et j’entends siffler le train
Et j’entends siffler le train
Que c’est triste un train
Qui siffle dans le soir.
A - Oh, dites donc, dimanche dernier, je suis allé au bal masqué organisé par l’Amicale des gardes-barrière.
T - J’y étais également.
A - Non !
T - Si, avec ma fiancée.
A - En quoi étiez-vous déguisé ?
T - En jerricane et ma fiancée en pompe à essence.
A - Oh là là !
T - C’était chic.
A - Et osé, oui.
T - Et vous-même en quoi étiez-vous déguisé ?
A - En camion-citerne.
T - Je ne vous ai pas vu.
A - Je n’ai pas pu entrer.
T - Mais alors où étiez-vous ?
A - J’étais dans la rue, rangé le long du trottoir. Ils avaient mis un...