Ma famille est un boulet !

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« Ma famille est un boulet » est une comédie contemporaine en trois actes où se bousculent plus d’une vingtaine de personnages ! C’est aussi une pièce rythmée et riche en rebondissements, construite sur un double quiproquo. Une jeune fille amoureuse et qui ne veut pas risquer de perdre son fiancé, décide de s’inventer des parents fictifs car les siens ne sont pas « présentables ». Avec l’aide de ses amis et la complicité de son grand-père, notre jeune héroïne ira même jusqu’à organiser un casting pour recruter sa nouvelle famille. Mais rien ne se passe comme prévu : le jeune homme qui se fait passer pour un descendant d’aristocrates russes est en réalité un sans-papiers. Moralité : « Les parents qu’on s’est inventés sont parfois pires que les vrais. »

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Acte I

Premier tableau

 

Un intérieur modeste, mais pas misérable : genre pavillon de banlieue.

Un couple en robe de chambre très kitsch.

Ils prennent leur petit déjeuner en présence de leur fille, Ariane.

On ne voit pas le visage du Père, dissimulé par le journal dont la lecture semble l’absorber.

Un bruit étrange précède l’arrivée de Clovis, le petit frère qui traverse la pièce en gesticulant. Son passage est bref, mais intense. Il repart comme il est venu.

La Mère est agacée comme quelqu’un qui s’ennuie et cherche une distraction.

Elle finit par rompre le silence et s’adresse au Père.

La Mère - Qu’est-ce qu’ils disent dans le journal ? (Petit silence.) Hein ? Qu’est-ce qu’il y a dans le journal ?

Elle met ses deux index dans la bouche et elle siffle très fort.

Le Père et Ariane sursautent vivement.

Le Père - Oh !!! Quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qu’il y a ?

La Mère - Y a quoi dans le journal ?

Le Père - C’est à moi que tu parles ?

La Mère - Oui, c’est à toi que je parle. C’est bien toi qui lis le journal, non ?

Le Père - Oui, enfin… j’essaie.

Il se remet à lire. Petit silence.

La Mère - Alors ?

Le Père - Alors quoi ?

La Mère - Qu’est-ce qu’il y a dans le journal ?

Le Père - Rien de spécial.

La Mère - Ça, ça m’étonne pas !

Le Père - Quoi ?

La Mère - Avec toi, y a jamais rien de spécial !

Le Père - Voilà, ça y est !

Il froisse son journal.

La Mère - Quoi ? T’as trouvé quelque chose de spécial, dans le journal ?

Le Père - C’est pas croyable !

La Mère - Mais quoi ?

Le Père - En moins d’une minute, tu viens de me pourrir la journée.

La Mère - J’ai fait ça, moi ?

Le Père - T’es vraiment forte, je le reconnais !

La Mère - Je suis flattée mon chéri, mais j’ai peur que tu me surestimes.

Le Père - Non vraiment, je t’assure. Si tu me faisais pas autant enrager, je crois même que je t’admirerais.

La Mère - Faut rien exagérer.

Le Père - Je me demande comment tu fais…

La Mère - Ça vient tout seul, je fais aucun effort.

Le Père - C’est bien ce que je te reproche : tu ne fais jamais aucun effort !

Le Père se lève et s’en va. Sa femme affiche un sourire victorieux.

La Mère hésite un instant, puis se tourne vers sa fille Ariane.

La Mère - Et toi, ma chérie ? Ça va, ce matin ?

Ariane - Non maman, s’il te plaît, ne commence pas ! J’ai plein de trucs à faire aujourd’hui. J’ai besoin de me concentrer… O.K. ?

Elle se lève à son tour et s’en va. La Mère se retrouve seule sans personne à ennuyer.

Soudain, Clovis traverse à nouveau la pièce en poussant des cris.

La Mère - Quelle famille ! On croit rêver !

 

Noir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième tableau

 

Au retour de la lumière, nous retrouvons Ariane sur un banc public extérieur, éclairée par un réverbère et entourée de ses amis : Apolline et Aurélien.

Cet endroit discret et peu fréquenté semble être le QG du petit groupe de jeunes.

Aurélien - Je me demande comment tu peux dire ça de ta famille.

Apolline - À t’écouter, on croirait que tu vis avec des monstres…

Aurélien - Tu sais, moi aussi, mes parents, ils se disputent tout le temps et j’en fais pas une maladie…

Ariane - Non, mais moi c’est pas pareil !

Apolline - Mais si ! C’est pareil pour tout le monde ! Qu’est-ce que tu crois, que nous on vit à Disneyland ?

Aurélien - C’est vrai ça ! Tes parents, t’en parles comme s’ils t’aimaient pas ou comme si tu étais une enfant adoptée…

Apolline - Et encore ! Moi je connais des enfants adoptés qui sont plus choyés que les autres ! Hein, Aurélien ?

Aurélien - C’est pas faux !

Ariane - Mais je parle pas de ça ! Vous comprenez pas ou quoi ? Je suis pas en train de dire que mes parents me maltraitent, je dis qu’à part mon grand-père que j’adore, toute ma famille est un boulet pour moi : elle me fait honte !

Apolline - Et alors ? Chez moi c’est pire…

Aurélien - Ouais, c’est vrai que chez toi, c’est pas des flèches !

Apolline - Dis ! Ça va, hein… En tout cas, ça les empêche pas d’être heureux !

Aurélien - Exact. C’est même le contraire on dirait…

Ariane - Ce que je veux dire, c’est que moi, les membres de ma famille, ils sont pas présentables !

Apolline - Et à qui tu veux les présenter ?

Ariane - Ben, c’est difficile à dire. Si, par exemple, je rencontrais quelqu’un… C’est juste une supposition…

Apolline - Continue.

Ariane - Et… Disons que ce quelqu’un voulait voir ma famille… Je fais comment, moi, avec ma tribu de dégénérés ?

Apolline - Attends, stop. Temps mort ! Qu’est-ce que tu dis là ? T’as rencontré quelqu’un, c’est ça ?

Ariane - J’ai pas dit ça… (Un temps. Ses amis la fixent.) En tout cas, je l’ai pas dit comme ça !

Apolline - Bon ! Ne nous laisse pas comme ça. Crache le morceau !

Aurélien - Elle a raison, Ariane. T’en as trop dit ou pas assez !

Apolline - T’as rencontré quelqu’un, oui ou non ?

Ariane - Oui… Enfin, je crois…

Apolline - Tu crois ou t’es sûre ?

Ariane - Je crois… que je suis sûre.

Aurélien - Quelle chance Ariane… C’est génial !

Apolline (à Aurélien) - Minute ! T’affole pas, toi. (À Ariane.) Et ce « quelqu’un » que t’as rencontré, il veut te présenter à sa famille ? C’est ça ?

Ariane - Le problème, c’est qu’il veut aussi que je lui présente la mienne !

Apolline - Aïe ! Là, t’es dans la merde !

Ariane - C’est ce que je me tue à vous dire depuis tout à l’heure…

Aurélien - Pourquoi ? Je comprends pas…

Ariane - Ah bon ! Tu comprends pas ? Alors il faut que je te dise que question famille, la mienne, on fait pas pire.

Apolline - T’as pas l’impression d’en faire trop, là, Ariane ?

Ariane - Tu crois ça, toi ? Attends, je te fais un petit topo : mon père, il a pas dessoûlé depuis la victoire de la France en Coupe du monde de foot 98. Et puis, ma mère, y a pas de mot pour la décrire : elle est capable de rendre n’importe qui dépressif en cinq minutes chrono. Si tu veux tenir une conversation normale avec mes parents, t’as intérêt à prévoir le Doliprane.

Aurélien - Ça donne pas envie de les connaître… Enfin, sans vouloir te vexer !

Ariane - Mais tu me vexes pas Aurélien, j’ai l’habitude. Et puis, j’allais oublier mon petit frère… Lui, carrément, il parle toujours pas. Tu te rends compte ?

Aurélien - C’est normal, s’il est petit…

Ariane - Ça dépend ce que t’appelles petit, il a quand même dix-sept ans.

Apolline - Ah ouais, quand même !

Aurélien - Et il fait comment pour s’exprimer, le pauvre ? Il doit être discret…

Ariane - Discret, c’est le mot. Quand il a faim par exemple, il te le fait « discrètement » savoir en te donnant des coups de pied et des coups de poing.

Apolline - Et ça, ça veut dire qu’il a faim ?

Ariane - Tu peux pas te tromper. J’en sais quelque chose.

Aurélien - T’es sûre qu’il va bien ?

Ariane - Oui, ça va. C’est juste ce petit problème qu’il a de nous taper trois fois par jour, au moment des repas, c’est tout.

Aurélien - Ça doit être gênant.

Ariane - Tu m’étonnes ! Quand ça va, on le voit pas de la journée, mais dès qu’il a le moindre souci, il se met à pousser des cris.

Aurélien - Comment ça ? Quel genre de cris ?

Ariane - Toujours la même mélodie. Un son qui vient du fond de la gorge, un peu comme Chewbacca dans « Star Wars », tu vois ? (Imitation approximative de Chewbacca.)

Aurélien - Ça fait peur !

Ariane - Même moi j’arrive pas à m’habituer. (Elle imite encore Chewbacca.)

Aurélien - Oui, bon, arrête avec ça ! Tu m’angoisses.

Apolline - Il a peut-être un léger retard psychologique, faut voir…

Ariane - Faut consulter, oui. Ils sont tous comme ça dans ma famille, je te dis !

Apolline - Tu crois pas que t’exagères, Ariane ?

Ariane - Moi, j’exagère ? Vous voulez que je vous présente ma mère ?

Aurélien - Écoute, je comprends que tu sois en conflit avec tes parents, c’est de notre âge ; mais de là à en faire des monstres…

Ariane - J’aimerais bien vous y voir, mais en même temps j’ai peur pour votre santé mentale.

Apolline - Tu parles ! Moi je crois que tu te dégonfles !

Ariane - Moi, je me dégonfle ? O.K. Vous l’aurez voulu. Vous m’accompagnez ?

Aurélien - Quoi ? Tout de suite ?

Ariane - Tout de suite.

Apolline - O.K. On y va ?

Ariane - Vous vous en remettrez pas.

Apolline - C’est ce qu’on verra !

 

Noir

 

 

 

 

 

 

 

 

Troisième tableau

 

Nous sommes à nouveau en intérieur, dans le pavillon familial.

Apolline et Aurélien sont en pleine discussion avec la mère d’Ariane.

Apolline - Il paraît que votre mari est auteur ?

La Mère - Dans une autre vie peut-être ; moi, depuis que je le connais, il est surtout chômeur.

Aurélien - Ah bon ? Je croyais qu’il avait écrit des livres, tout ça…

La Mère - Si on veut… Il a commencé son premier roman y a dix ans et il en est à la septième page.

Aurélien - Ah oui ? C’est pas un rapide ! Enfin, je veux dire… Il faut du temps pour les trucs artistiques, tout ça…

Apolline - Ce qu’il veut dire, c’est que le talent, c’est difficile à mesurer…

La Mère - Du talent ? Ça, il en manque pas : ce qu’il sait faire le mieux, c’est se reposer. Il se repose énormément, c’est un des meilleurs dans sa catégorie !

Silence gêné d’Apolline.

Aurélien essaie naïvement de relancer la conversation.

Aurélien - Ariane nous a dit que son grand-père était inventeur ?

La Mère - Ah bon ? Moi j’appelle ça un inutile !

Apolline - Il faut quand même avoir du génie pour concevoir des…

La Mère - Des trucs qui servent à rien ! Sa plus grande invention, c’est la machine à éplucher le camembert… Ça vous dit quelque chose ?

Aurélien - Waouh ! Ça a l’air génial ! (La Mère fixe Aurélien. Apolline est gênée.) Enfin, je veux dire… C’est impressionnant, non ?

La Mère - Non.

Apolline - Parfois, on tâtonne longtemps dans le noir avant de trouver la lumière.

La Mère - Ouais ben lui il est pas près de la trouver la lumière, il a dû casser l’interrupteur. (Elle met le doigt sur son crâne.)

Apolline - C’est pas ce que j’ai voulu dire.

La Mère - Vous fatiguez pas, va ! Sa spécialité, c’est d’inventer des trucs qui marchent pas. En ce moment, il travaille d’arrache-pied à la mise au point d’un peigne pour chauves…

Ariane les rejoint rapidement pour essayer d’aplanir le malaise qui s’installe.

Ariane - Bon, maman, ça va...

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