Mon colocataire est une garce

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Prenez un vieux garçon de trente ans, un peu naïf, avec la libido d’une laitue. Ajoutez-y une jeune femme rousse, terriblement garce. Mélangez le tout dans un seul appartement. Saupoudrez de mesquineries, de mensonges et de coups bas. Une pincée de sexe, une cuillère de tendresse et une grosse dose d’humour. Laissez mijoter pendant une heure quinze à feu vif…

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acte I

 

Une musique rock puissante démarre. La lumière s’allume. Hubert est en caleçon et tee-shirt. Au bout de quinze secondes, la musique cesse brutalement et on l’entend qui chante
« Méditerranéenne » d’Hervé Vilard. Il va chercher son bol qu’il remplit de Ricoré. Il l’installe sur la table avec la cuillère à côté et une boîte de All-Bran. Le téléphone sonne. Il saisit son portable, grimpe sur une chaise et répond.

Hubert (au téléphone) - Allô ! (…) Martial, tu m’entends ? (…) Ouais, moi je t’entends. Mais toi, tu m’entends ? (…) Non, c’est parce qu’il y a une merde d’émetteur, je suis obligé de monter sur une chaise pour choper du réseau… (…) Ben, j’en sais rien, je travaille pas chez Bouygues ! (…) Hein ? (…) Quoi, j’ai été lourd ? Quand ? (…) Au repas avec Astrid ? J’ai rien dit. (…) J’ai parlé une heure de tes ex ? Et alors ? C’est pas grave… (…) Elle s’est barrée ? (…) Oh ! putain, elle est susceptible ! (…) Mais ça, c’est le Navarro qui m’as saoulé la gueule… (…) Ouais, Mojito. Moi, c’est les feuilles de menthe qui m’ont saoulé, et encore j’ai pas gerbé… J’ai attendu d’être dans l’escalier. Bon, sinon, tu veux quoi ? (…) Non, mais je te connais… (…) La Fuego ? Mais pour quoi faire ? (…) Attends, ça rentrera jamais une table de ping-pong ! (…) Sur le toit ? Mais ça va la rayer ! (…) Je sais, t’as jamais d’autre solution… (…) Bon, ben viens demain. (…) O.K. A demain. (Il raccroche et regarde le réveil.) Onze heures ! Allez, au lit ! (Il sort ses vêtements du lendemain et les dispose soigneusement sur le canapé. Il feuillette un livre intello et finalement part avec une BD dans la chambre. Il est à peine sorti qu’on sonne à la porte. Il revient.) C’est qui ?

Nadège (off) - Je suis bien chez Hubert Chataigneau ?

Hubert - Oui, oui. C’est qui ?

Nadège (off) - C’est Nadège Rigaud.

Hubert - Qui ?

Nadège (off) - Nadège Rigaud.

Hubert - Manège Frigo ? Non, non, c’est bon, j’ai tout ce qu’il faut. Merci.

Nadège (off) - Non, Nadège Rigaud. On était ensemble au collège Clémenceau à Arcueil-Cachan…

Hubert - Oh ! putain ! (Il se rhabille précipitamment et continue la conversation à travers la porte.) Et sinon, ça va ?

Nadège (off) - Ouais, pas mal.

Hubert - Et à part ça ?

Nadège (off) - Ça va…

Hubert - Et qu’est-ce que tu racontes alors ?

Nadège (off) - Ben, ça va, quoi. Et toi ?

Hubert - Oh ! super bien, moi ! La forme, quoi !

Nadège (off) - Dis, par hasard, tu voudrais pas ouvrir ? Ça serait mieux pour discuter…

Hubert - Ben oui, tu penses… J’arrive. (Il finit de s’habiller, met deux chaussettes différentes et va ouvrir.) Nadège Rigaud !

Nadège entre en scène.

Nadège - On s’embrasse ?

Hubert - Ben, on va faire comme ça ! (Ils se font la bise. Il fait la troisième bise dans le vide.) C’est quoi, ça ? C’est « Perdu de vue » ?

Nadège - Oh ! je te dérange ! Tu allais te coucher ?

Hubert - Tu rigoles ? Il est juste onze heures, la nuit commence !

Nadège - Je suis désolée de débarquer à cette heure-là… Je voulais te demander un service… Voilà, je suis ici pour un stage, je n’habite plus à Paris, je suis à Montpellier maintenant, et je voulais me prendre un hôtel mais, comme une imbécile, j’ai pas prévu qu’au mois de juillet, tout est complet…

Hubert - Et tu veux dormir ici ?

Nadège - Juste une nuit. Demain, je me débrouillerai.

Hubert - Ben oui… Ben non… Non, y a pas de problème.

Nadège - C’est très gentil, ça me dépanne vraiment.

Hubert - Mais comment tu m’as retrouvé ?

Nadège - J’ai appelé ta mère à Arcueil, c’est elle qui m’a donné tes coordonnées.

Hubert - Pourquoi t’as pas appelé ?

Nadège - Ça fait une heure que j’essaye. Il marche pas ton téléphone…

Hubert - Oui, y a une merde de réseau en ce moment.

Nadège - En premier, j’avais appelé Nathalie Marchand, qui était en troisième avec nous, avec qui je suis toujours en contact…

Hubert - Je l’ai revue, elle habite dans le 15e aussi.

Nadège - Voilà, elle m’a dit qu’elle t’avait vu il y a trois jours. C’est elle qui m’a dit de t’appeler…

Hubert - Ah ! ben tant mieux…

Nadège - En plus, elle m’a dit que t’étais célibataire et que t’avais pas d’enfants. Je me suis dis que ça dérangerai moins…

Hubert - Ben oui, tu penses…

Nadège - Mais je suis gênée…

Hubert - Faut pas. T’as bien fait. Assieds-toi… Nadège Rigaud… Ça fait combien de temps, nous ? dix ans ? quinze ans ?

Nadège s’assoit sur le canapé.

Nadège - Seize ans et quatre mois.

Hubert - Tu tiens les comptes ! Ça te fait quel âge ?

Nadège - Trente ans, comme toi, non ? On était dans la même classe.

Hubert - Non, moi trente-deux… J’avais redoublé deux fois. Mais c’était quelle classe où on était ensemble ?

Nadège - La quatrième et la troisième.

Hubert (étonné) - Ça nous rajeunit pas.

Nadège - Toi, t’as pas changé… T’es superbe !

Hubert - Tu trouves ?

Nadège - Oh oui ! T’as même pas vieilli !

Hubert - Depuis la troisième, j’ai choppé quelques cheveux blancs. Mais toi, ils étaient pas jaunes tes cheveux…

Nadège - Non, châtains. Ils ont viré au jaune tout seuls.

Hubert - Oh ! c’est pas de bol !… Nadège Rigaud… Je me souviens, toi, t’étais plutôt bonne… euh… belle, à l’époque !

Nadège - Merci pour « à l’époque » ! Je le suis plus, maintenant ?

Hubert - Ah ! si ! C’est pas ce que je veux dire ! Au contraire !

Nadège - Juste un détail : tu sais que t’as deux chaussettes différentes ?

Hubert - Oui, je sais, mais j’ai plus une seule paire entière. C’est un truc de fou ça. Tu mets deux chaussettes dans la machine et t’en retrouves qu’une. A mon avis, y a des bonhommes qui viennent et ils piquent des chaussettes.

Nadège - T’es pas parano, toi !

Hubert - Non, c’est pas des conneries ! C’est les mêmes qui volent les petites cuillères. En début de mois, t’as dix cuillères ; à la fin du mois, y en a plus que deux. Et qu’on me dise pas que je les jette avec les yaourts, c’est des conneries…

Nadège - Tu vis des trucs, toi… C’est fou !

Hubert (mystérieux) - Et encore, je te dis pas tout…

Nadège - Je t’ai pas dit mais c’est magnifique chez toi…

Hubert (un peu surpris) - Ah !… T’aimes bien ?

Nadège - C’est divin. T’as fait appel à un décorateur ?

Hubert - Non, non, pour trois meubles j’ai pas eu besoin.

Nadège - T’as beaucoup de goût, alors. Ton canapé, il est superbe…

Hubert - Ouais, il est pas fini de payer surtout !

Nadège - T’as rien à boire ?

Hubert - Euh… si. Tu veux quoi ?

Nadège - Fais-moi un Sunrise.

Hubert - Allez, c’est parti. (Il va dans la cuisine et revient illico.) C’est quoi un Sunrise ?

Nadège - Un doigt de Ricqlès, une dose de gin, du jus de mangue, du curaçao et de la glace.

Hubert - C’est-à-dire que là, au niveau ingrédients, j’ai juste la glace. Et encore, faut que je gratte avec une fourchette dans le freezer.

Nadège -...

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