On n’est pas paranos
Un homme paranoïaque, persuadé que c’est la fin du monde de prépare ; sa femem n’est pas du même avis.
Lire le texte intégral
ACTE 1
Scène 1 : Edgar, Marina
On sonne plusieurs fois à la porte. Enfin, Edgard entre.
Edgard / On ne peut jamais être tranquille. .. Qui c’est ?
Voix de Marina / (Derrière la porte) C’est moi !
Edgard / Qui ça, moi ?
Voix de Marina / Votre épouse ! Qu’attendez-vous donc pour m’ouvrir ?
Edgard / Le mot d’passe !
Voix de Marina / Edgard, vous m’agacez ! ! Je ne suis pas d’humeur !
Edgard / Je n’ouvre pas tant que vous n’avez pas donné le mot de passe !
Voix de Marina / Merde !
Edgard / C’est pas ça. .. Le mot d’passe !
Voix de Marina / Les poules n’ont plus de dentifrice !
Edgard / Ne bougez pas, je vous ouvre !
Edgard défait tous les verrous. (Plus éventuellemnt une clef) Il y en a beaucoup Marina entre. Elle est de très mauvaise humeur. (Elle porte un sac de courses)
Edgard / (Il jette un œil dehors) Vous n’avez pas été suivie ?
Marina / Ca fait longtemps que l’on ne me suit plus. Qu’est-ce que vous croyez ?
Edgard / Y’a tellement de malades dehors.
Marina / (Faisant allusion à Edgard) Pas que dehors ! Et il y’en a très peu qui exigent un mot de passe pour rentrer chez soi.
Edgard / C’est pour votre sécurité.
Marina / Ma sécurité ? Elles s’arrêteront où, vos lubies ?
Edgard / Je fais ça pour vous protéger.
Marina / Me protéger ? C’est de vous que l’on devrait se protéger ! Vous êtes.. Comment disent-ils déjà, les gens.. ? .. Ah oui ! A la masse ! Vous êtes complètement à la masse !
Edgard / Au contraire ! Je n’ai jamais été aussi lucide.
Marina / Lucide ? Vous me faîtes dire des horreurs. Tout à l’heure, j’ai dit merde. Jamais je n’avais prononcé une telle insanité ! Et cela à cause de vous Edgard ! A cause de vous !
Edgard / Un jour vous comprendrez.
Marina / Cela fait longtemps que j’ai compris.
Edgard / Vous ne vous rendez pas compte.
Marina / Ah mais si ! Je me rends compte.
Edgard / Vous étiez où ?
Marina / En plus, vous êtes jaloux. Décidément, vous êtes d’un vulgaire. Et bien, si cela peut vous rassurer, j’ai flâné.
Edgard / Où ça ?
Marina / Ma parole, c’est un interrogatoire. Faut un bon de sortie ? J’ai fait quelques emplettes chez mon petit épicier du carrefour.
Edgard / Chez l’épicier ! Je vous l’ai dit cent fois ! Jamais chez lui.
Marina / Et pourquoi ? Puis-je savoir ?
Edgard / Vous me demandez pourquoi ?
Marina / C’est cela, je vous le demande.
Edgard / Il a un accent
Marina / C’est normal, il n’est pas d’ici. Mais il est très attentionné.
Edgard / Évidemment ! Il va pas vous gueuler dessus quand il vend ses saloperies !
Marina / Edgard ! Surveillez votre langage !
Edgard / S’il a son magasin dans l’carrefour, c’est sûrement pas par hasard.
Marina / Ah bon ? Et pourquoi cela, je vous prie ?
Edgard / Dans le carrefour, il voit tout c’qui s’passe. C’est stratégique.
Marina / Edgard, vous divaguez ! A la télévision, ils n’ont jamais évoqué vos espions de carrefour.
Edgard / Evidemment ! Faut arrêter la télé ! La télé, ça rend con.
Marine / Alors comment cela se fait-il ? Vous ne la regardez jamais.
Edgard / A cause des ondes ! Y’a des ondes qui s’attaquent au cerveau.
Marina / Y’a des ondes qui s’attaquent au cerveau ? Mon pauvre ami.. Vous souffrez ?
Edgard / Vous pouvez rire, mais vous n’êtes pas à l’abri. Des ondes invisibles ! D’ailleurs, je vais mettre de l’aluminium sur les murs.
Marina / De l’aluminium ? (Dédaigneuse) Et pourquoi pas du jus d’fraise ?
Edgard / Si vous vouliez vous renseigner davantage, vous sauriez que l’aluminium empêche les ondes de passer à travers.
Marine / On en apprend tous les jours.
Edgard / Maintenant vous le savez. Je vous aurai prévenue.
Marina / J’en suis toute chamboulée.
Edgard / Votre épicier, il travaille pour qui, à votre avis ?
Marine / Pour sa famille, je suppose. Et c’est tout à fait louable.
Edgard / Et voilà ! Comme d’habitude, vous tombez dans le panneau ! Sa famille, c’est une couverture ! A tous les coups, il travaille pour une puissance étrangère. Ou une secte ! Qui fait des lavages de cerveau.
Marina / Des lavages d’estomac, ce serait plus indiqué.
Edgard / Mais allez-y ! Continuez ! Faites moi passer pour un abruti !
Marina / Pour cela, vous n’avez guère besoin de mon aide.
Edgard / Moquez vous ! Mais un jour, vous me remercierez. .. Vous lui avez acheté quoi, à votre épicier ?
Marina / (Elle le sort de son sac) Du savon de Marseille.
Edgard / (Il prend le savon et le met à la poubelle) Hop ! Poubelle !
Marina / Vous êtes malade ! (Elle récupère le savon dans la poubelle)
Edgard / Vous avez vu l’étiquette ? Ils ne marquent que des conneries sur les étiquettes ! Votre savon, il s’attaque à la peau. Ils l’ont dit à la radio. Les savons ne sont pas tous bons. (Il sort une bouteille du sac) Et ça, c’est quoi ?
Marina / (Moqueuse) Une grenade peut-être ?
Edgard / (Il débouche la bouteille et sent). Ca doit être plein de machins chimiques. (Il la met à la poubelle) Avec ça, vous pouvez attraper des maladies rares.
Marina / Mon Dieu. Une bouteille de vieux pape.
Edgard / Ma pauvre fille..
Marina / (Elle récupère la bouteille. Très sèchement) Pardon ?
Edgard / Vous ne voyez pas ce qu’il se passe ?
Marina / (Très perplexe en le regardant) Si si.. Je vois très bien.
Edgard / On nous surveille ! On nous observe ! On nous épie !
Marina / On nous épie ? Mais qui donc ?
Edgard / Les autres ! On n’les voit pas, on les entend pas, mais ils sont là.
Marina / (Moqueuse) On peut les sentir ?
Edgard / Ils sont là.. Dans l’ombre.. Ils guettent..
Marina / Et pour quoi faire ?
Edgard / Pour prendre notre place.
Marina / Les martiens ?
Edgard / Les martiens n’ont jamais existé.
Marina / Non ? Et moi qui croyais ! Décidément, il faut que je me renseigne.
Edgard / Vous êtes sûre que la planète Mars existe ?
Marina / J’ai vu des photos.
Edgard / Et voilà ! C’est pas des vraies photos ! En fait, vous gobez tout.
Marina / Je gobe ? Me prendriez-vous pour une nigaude ?
Edgard / Excusez moi de vous l’dire, mais on peut profiter de votre naïveté..
Marina / Parce que je suis naïve ? Et vous, bien sûr, vous, vous ne doutez de rien.
Edgard / Moi, je vérifie. Je n’ai pas envie de me faire avoir.
Marina / Moi, il y’a longtemps que je me suis faite avoir.
Edgard / Mais ouvrez les yeux ! On veut nous envahir ! Des êtres qui viennent de très très loin. A des milliards de kilomètres.
Marina / Ah ben dîtes donc. J’espère qu’ils ne sont pas venus à pied. (Elle rit) Et à quoi ressemblent-ils ?
Edgard / Ils peuvent ressembler à n’importe quoi. Et si ça s’trouve, ils n’ont pas besoin de respirer ou alors ils peuvent respirer, mais pas forcément par la bouche.
Marina / Ah bon ? Et par où ?
Edgard / Tout est possible.
Marina / Non ? Ben dîtes donc, j’aimerais bien voir ça.
Edgard / Ils se cachent ! Ils se fondent dans la masse ! Ils changent d’apparence ! Ils nous ressemblent.
Marina / (En riant) Ils vous ressemblent ? Quelle horreur !
Edgard / Vous pouvez rire, mais un jour, vous vous direz : «Si j’avais su..»
Marina / Oh oui.. Si j’avais su.
On sonne à la porte.
Edgard / Vous attendez quelqu’un ?
Marina / Pourquoi ? Il faut que l’on prenne rendez-vous pour que l’on nous visite ? (Elle va voir à la porte). C’est la concierge.
Edgard / Je n’suis pas là.
Marina / Vous vous dérobez !
Edgard / Je n’suis pas là !
Edgard va dans la pièce
Marina / (Crié) Mon cher ! Un de ces jours, il faudra que vous vous fassiez soigner ! Vous m’inquiétez, Edgard. Vous m’inquiétez !
Scène 2 : Marina, Concierge
Marina ouvre. La Concierge entre
Concierge / Bonjour. Je.. Je vous ai entendue crier. Ca va bien ?
Marina / Oui oui. C’est gentil de vous inquiéter.
Concierge / C’est normal. C’est un peu mon travail Quand on est concierge, faut s’inquiéter pour tout. Sinon à quoi qu’on sert ?
Marina / C’est très gentil, mais ne vous inquiétez pas ; tout va bien.
Concierge / Oh ben j’aime mieux...