Patrick lit le journal, arrivée de Suzanne.
SUZANNE- Patrick ! Patrick ! Tu as entendu ? Ils viennent de le dire à la radio… Ils en parlent dans le journal ?
PATRICK- De quoi ? Des championnats du monde d’athlétisme ? Oui, ils en parlent. Pourquoi tu t’intéresses à la course à pied maintenant ? A la bonne heure ! Tu vas pouvoir m’accompagner lorsque j’irai faire mon footing.
SUZANNE- Tu fais bien de t’entrainer parce s’il te rattrape, je ne donne pas cher de ta peau, ni de la mienne d’ailleurs.
PATRICK- Mais de quoi parles-tu ?
SUZANNE- Je parle de l’évasion de Marius Caloni. Il s’est évadé ! Tu te rends compte ! E-va-dé ! Marius Caloni !
PATRICK- Ca ne m’étonne pas, nos prisons sont devenues de vraies passoires, on y entre et on y sort comme dans un moulin.
SUZANNE- Et c’est tout l’effet que cela te fait ?
PATRICK- Dois-je te rappeler que cela fait maintenant exactement 9 jours, 12 heures et 14 secondes que je suis officiellement retraité de la police nationale, alors les histoires de truands, d’évasion, de banditisme, pour parler poliment, vois-tu ma chère, je m’en tamponne le coquillard … Je laisse cela à d’autres… Moi maintenant (Il sépare les pages du journal, gardant quelques pages et donnant le reste à Suzanne) Ce sont les pages sportives, la météo et le programme télé qui m’intéressent... Voilà ! Garde le reste !
SUZANNE- Enfin Patrick ! Tu ne peux pas faire l’autruche ! C’est toi qui as appréhendé Marius Caloni et en plus, cela s’est passé ici chez nous.
PATRICK- Oui, et nous n’avons toujours pas compris pourquoi cet imbécile en cavale est venu se planquer ici.
SUZANNE- Il voulait probablement prendre un flic en otage pour monnayer je ne sais quoi.
PATRICK- Drôle de raisonnement. Il n’a pas choisi la facilité, la preuve, je n’ai eu aucun mal à le désarmer lorsque je l’ai surpris dans ce salon.
SUZANNE- Tu as surtout eu de la chance mon chéri.
PATRICK- Oui la chance de tomber sur le couteau qui n’était pas le plus aiguisé du tiroir.
SUZANNE- Que veux-tu dire ?
PATRICK- Je veux dire que Marius et son intelligence n’ont pas dû monter dans le même bus parce que, lui et elle ne se sont jamais rencontrés. Ton Marius Caloni n’a pas réfléchi plus loin que le bout de son nez, c’est pourquoi je ne suis pas inquiet, ce genre de gazier ne reste pas longtemps en cavale, il sera vite repris.
SUZANNE- Oui mais avant qu’il ne soit repris, il peut très bien avoir le temps de tous nous trucider. Oh Patrick ! J’ai peur ! Je ne veux pas mourir ! (Elle commence à pleurnicher.) Tu m’entends ? Je ne veux pas me faire assassiner… Demande une protection policière.
PATRICK- Certainement pas ! Je n’ai pas quitté la maison poulagas pour côtoyer encore du poulet pendant ma retraite, merci bien !
SUZANNE- Tu n’es qu’un égoïste ! Tu ne penses qu’à toi ! Et moi alors ? Ça t’est égal de me savoir en danger ? Je ne suis donc rien pour toi ? Après plus de trente ans de mariage, merci ! Je pourrais me faire découper en morceaux et Mossieur ne bougerait pas le petit doigt sous prétexte qu’il est maintenant en retraite ? Belle mentalité ! Oh ! Comme tu peux être décevant mon pauvre Patrick ! Ma mère m’avait pourtant prévenue : « N’épouse pas cet homme, il est complètement insensible. »
PATRICK- Mais cesse donc de faire ta parano ! Que viendrait faire Marius Caloni sur les lieux de son arrestation ? Je te l’ai dit, je sais bien qu’il n’est pas très fute-fute mais il doit bien savoir que chat échaudé craint l’eau froide. Tu peux dormir tranquille, je te le répète, tu ne risques rien.
SUZANNE- Hurlant- Et moi je te dis que je n’ai pas envie de me faire découper en morceaux dans MA maison à cause d’un retraité irresponsable. (Elle repleurniche.)
PATRICK- Je constate que tu n’es pas capable de te calmer, je vais donc me retirer, le temps que tu reprennes tes esprits. Il ne sert à rien de s’énerver pour si peu, tu vois, moi je suis pour la paix des ménages.
Il se lève de son fauteuil.
SUZANNE- Moi aussi, je suis pour la paix, déménage !
Patrick quitte la pièce sous le regard furieux de Suzanne. Elle se dirige alors vers le téléphone et compose un numéro.
SUZANNE- Allo ! Je souhaiterais parler au commissaire Bourdieux… Oui, Je sais qu’il est bientôt 19 heures… C’est de la part de Suzanne Lenoir, oui l’épouse de Patrick Lenoir… Oui, je ne quitte pas… Allo ! Bonjour Commissaire, Suzanne Lenoir à l’appareil… Vous connaissez la nouvelle … Oui, à propos de Marius Caloni… Oui… Ecoutez, je vais être franche, ce criminel connait notre adresse et je crains qu’il ne cherche à se venger… Oh commissaire, j’ai peur ! Oui, j’ai très peur ! (Elle repleurniche.) … Je ne vous cache pas qu’une protection policière pourrait me rassurer mais le problème, c’est que mon têtu de mari ne veut rien entendre… Oui je suis d’accord, une présence policière ne sera pas facile à faire accepter…Vous connaissez Patrick… Il faudra marcher sur un fil, être un peu funambule… Comment ? Pour être funambule, il faut être un peu déséquilibré ? Et vous avez justement un stagiaire qui pourrait faire l’affaire ? Vous êtes certain que… ? Vous êtes en sous-effectif ? Bon… Si nous n’avons pas le choix, va pour le stagiaire. C’est ça… A plus tard Commissaire.
Elle raccroche tandis qu’on sonne à la porte.
SUZANNE- Oh ! Mon Dieu ! J’espère que ce n’est pas Marius Caloni.
Dans un premier temps, affolée, elle cherche à se cacher dans la pièce puis devant l’insistance des coups de sonnette, elle se dirige prudemment vers la fenêtre, côté jardin qui donne sur la porte d’entrée. Après avoir regardé, elle s’empresse d’ouvrir.
SUZANNE- Entrez, entrez ! Madame De Florimont ! Je vous en prie ! Entrez vite ! Oh ! Vous m’avez fait peur.
Après avoir fait entrer Mme De Fleurimont, Suzanne referme la porte à clé.
Mme DE FLORIMONT - Que de précautions, ma chère ! Que craigniez-vous donc à ce point ?
SUZANNE- Vous ne connaissez pas la nouvelle ? Marius Caloni s’est évadé. J’ai cru que c’était lui qui sonnait à la porte.
Mme DE FLORIMONT- Pardonnez-moi, ma chère… Mais quel est donc ce quidam ? De qui parlez-vous ?
SUZANNE- Marius Caloni ! Vous savez bien, ce voleur qui avait fait un casse au Musée de la ville … Celui qui avait volé le bracelet de l’impératrice. Les caméras de surveillance l’avaient identifié et finalement il avait été arrêté ici, dans cette maison… Vous vous rappelez ?
Mme DE FLORIMONT- Ouiii ! Je m’en souviens ! J’étais stupéfaite, littéralement stupéfaite ! Comment avait-t-on pu s’introduire aussi facilement dans notre beau musée pour en dérober, ce joyau qui faisait la fierté de notre ville : le bracelet de l’impératrice. Un bracelet en or, serti de diamants et d’émeraudes, une merveille d’orfèvrerie !
SUZANNE- Un bracelet qui n’a jamais été retrouvé, du reste… A se demander où ce diable de Canoli a bien pu le fourrer.
Mme DE FLORIMONT- Il n’a donc jamais avoué ? Vous en êtes certaine ?
SUZANNE- Absolument ! Mon mari qui a interpellé l’individu a suivi l’affaire de près… Malgré des heures d’interrogatoire, le bougre n’a jamais craché le morceau. Muet comme une tombe, le Caloni.
Mme DE FLORIMONT- J’espère simplement qu’il n’aura pas eu la mauvaise idée de le jeter n’importe où, ou pire de vouloir le faire fondre, ce serait alors une perte irrémédiable. Je n’ose y penser, ce serait affreux, horriblement affreux !
SUZANNE- Il est vrai qu’en tant qu’antiquaire, vous êtes attachée à ces objets du patrimoine.
Mme DE FLORIMONT- Ce ne sont pas des objets, ce sont de véritables témoins de l’histoire. Rendez-vous compte, ce bracelet a appartenu à la grande Catherine, la plus célèbre impératrice que l’humanité a connue. Catherine de Russie ! Vous entendez Madame Lenoir, je vous parle de Catherine, la grande Catherine. Vous comprenez !
SUZANNE- Oui, je comprends.
Mme DE FLORIMONT- Je vous assure Madame Lenoir, si j’apprenais que ce paltoquet a endommagé ou détruit ce joyau… Oh ! Rien que d’y penser...Je sens que je serais capable de l’ébouillanter, de l’écarteler, de le décapiter…
SUZANNE- Comme au bon vieux temps de vos ancêtres, n’est-ce pas Madame de Florimont ? Une bonne petite décapitation, rien de tel pour calmer les gueux, pas vrai ? Ne faites pas cette tête-là, je plaisante.
Mme DE FLORIMONT- air pincé- Ce n’est pas drôle.
SUZANNE- C’est vrai, ce n’est pas drôle… Je vous prie de m’excuser mais je suis tellement nerveuse depuis l’annonce de l’évasion de ce bandit que cela me fait dire n’importe quoi…J’espère qu’il ne viendra pas rôder dans le quartier. Rien que d’y penser ! (Elle ravale un sanglot.)
Mme DE FLORIMONT- Comptez sur moi pour ouvrir l’œil, Madame Lenoir et croyez-moi, si ce triste sire s’avise de mettre les pieds par ici, je saurai lui faire avouer la cachette du bracelet de l’impératrice… Mais parlons d’autre chose… Et c’est là, l’objet de ma visite. Je vous ai dégotté le secrétaire ancien de style Louis xv que vous recherchez…. Je vous ai apporté quelques photos.
Elle sort des photos de son cartable.
SUZANNE- Oh mais c’est ravissant ! Madame De Florimont, je vous félicite ! Comment faites-vous pour dénicher de telles merveilles ! Celui-ci est splendide. Et ce chiffre- là ? C’est la hauteur en millimètres ?
Mme DE FLORIMONT- Ah non, chère Madame, cela, c’est le prix.
SUZANNE- Ah oui ! Tout de même !
Mme DE FLORIMONT- C’est de l’acajou et les serrures sont en bronze.
SUZANNE- Heureusement qu’elles ne sont pas en or.
Mme DE FLORIMONT- Comme nous sommes voisines et que de plus, vous êtes une fidèle cliente, je pense pouvoir faire un geste commercial en votre faveur … Cela vous irait Madame Lenoir ?
SUZANNE- Ecoutez Madame De Florimont, c’est très gentil de votre part… Je vais prendre le temps de la réflexion, c’est vrai qu’avec cette histoire de Marius Caloni… J’avoue que tout cela m’a perturbé. Imaginer un seul instant qu’il puisse revenir par ici me fiche la chair de poule.
Mme DE FLORIMONT- Madame Lenoir, je serai, je vous l’ai dit extrêmement vigilante... Au moindre comportement suspect, je viendrai vous prévenir.
SUZANNE-...