Père et fille
Le spectacle Père et Fille est une succession de 13 sketches humoristiques basés sur la relation d’un père avec sa fille depuis l’enfance de celle-ci jusqu’à son mariage, en passant par l’étape douloureuse de l’adolescence (la victime n’étant pas toujours celle que l’on imagine). Quiproquos, conflits de générations, leçons de choses : voici la liste non exhaustive des ingrédients qui viennent pimenter l’existence d’un père et de sa fille.
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LA BELLE OU LA BETE
Le père est assis à son bureau, il corrige des copies (il est prof de français.) Surgit la petite fille
LA FILLE : Mon petit papa ! Fais-moi un petit câlinou ! (Elle lui saute sur les genoux.)
LE PERE (sursautant) : Mais je n’ai pas le temps voyons !
LA FILLE (minaudant) : Un petit câlinou de rien du tout, hein ?
LE PERE (pas dupe) : Allons ma petite chérie, tu es bien tendre... Qu’est-ce que tu veux ?
LA FILLE (fâchée) : T’es pas gentil ! Pourquoi tu dis ça ?
LE PERE : Parce que je connais le fonctionnement des femmes, ma chérie.
LA FILLE (stoïque) : Bon. T’as raison... (Minaudant.) T’aurais pas des bonbons dans ton tiroir là ?
LE PERE (donnant un bonbon à sa fille) : Si, tiens en voilà un, maintenant laisse-moi travailler.
LA FILLE (sautant à terre et se tournant de droite à gauche) : Dis papa, comment qu’tu m’trouves ?
LE PERE : D’abord, on ne dit pas “ comment qu’tu m’trouves ” mais “ comment me trouves-tu ”. Ensuite, qu’est-ce que tu entends par là ?
LA FILLE : Ben... ma tête et puis mon corps. (Elle prend une voix lascive et se tortille)
LE PERE (abasourdi) : Il n’y a plus d’enfant ! Bon écoute, tu n’as que huit ans, tu as le temps d’y penser !
LA FILLE : L’âge n’a rien à voir ! Si je suis un cageot à huit ans, je le serai toujours à vingt ! Des fois, on se demande si tu réfléchis !
LE PERE : Mais je suis ton père, je t’aime comme tu es !
LA FILLE (elle commence à sortir) : C’est bon, j’ai compris : j’suis moche !
LE PERE (se levant pour la rattraper) : Mais non, pas du tout ! Ah, les nanas, je vous jure ! D’abord, il n’y a pas que la beauté dans la vie, ma chérie !
LA FILLE : Oui, je sais : il y a les cageots.
LE PERE (reprenant calmement) : Il n’y a pas que la beauté dans la vie, il y a aussi les qualités de cœur et l’intelligence. Par exemple, je te trouve très mignonne... quand tu ne me déranges pas au milieu de mes corrections de copies... et par ailleurs, tu as oublié d’être idiote.
LA FILLE (fond en larmes) : Bouh ! Bouououh !
LE PERE (très surpris) : Allons bon, qu’est-ce que j’ai dit ?
LA FILLE (en larmes, consterné) : Je ne suis pas une idiote !..
LE PERE : C’était une litote ma chérie...
LA FILLE : J’aime pas les litotes !
LE PERE (embarrassé) : Voyons, ma chérie ! Ne te mets pas dans des états pareils : je voulais dire que je te trouvais intelligente, évidemment !
LA FILLE : J’veux pas !
LE PERE : Tu ne veux pas quoi ?
LA FILLE : Je n’veux pas être intelligente, je préfère être une idiote !
LE PERE (interloqué) : Je ne comprends pas !
LA FILLE : Je veux être une idiote !
LE PERE : Il faudrait savoir : il y a une seconde tu pleurais parce que tu avais compris que je te qualifiais d’idiote et à présent tu le revendiques !
LA FILLE : C’est pas vrai ! Je pleurais, passque t’as pas dit que tu m’trouvais jolie ! Les garçons, ils préfèrent les belles idiotes aux cageots intelligents ! Je veux être une belle idiote !
LE PERE (consterné) : Voyons, tu es jolie, puisque tu es ma fille !
LA FILLE : Tu parles d’un compliment !
LE PERE : Il n’y a pas de mal à être intelligente tout de même ! C’est quand même plus utile et cela dure plus longtemps !
LA FILLE : Je préfère être bête comme mes pieds et que les garçons me regardent ! Et pas que les pieds !
LE PERE : Tout de même, quelle importance ! Tu n’as que huit ans !
LA FILLE (questionnant) : Y a un âge pour être intelligente ?
LE PERE : Bien sûr que non !
LA FILLE : Alors, pourquoi y aurait un âge pour être belle ?
LE PERE (surpris) : Ca se tient ! Se ressaisissant : Bon écoute, j’ai du travail. Alors, savoir si oui ou non, tu deviendras la reine de beauté du cours élémentaire cette année !.. (Geste pour montrer qu’il s’en contrefout).
LA FILLE (mortifiée, s’en va très digne et méprisante) : Maman a bien raison, tu ne sais vraiment pas parler aux femmes !
FIN
MERCREDI ou les choses de la vie
La fille entre en trottinette, en faisant plusieurs fois le tour de son père en chantonnant, puis :
LA FILLE : Dis papa, tu joues avec moi ?
LE PERE : Allons bon, tu ne vois pas que je suis en train de lire ?
LA FILLE : Bon, je vais regarder la télé...
LE PERE : Ah, non ! Tu ne vas pas t’abrutir comme les petites voisines !
LA FILLE : Ben dis donc, quand je vais leur dire que tu les traites d’abruties, elles vont être contentes ! Et encore, t’as pas vu leur mère !
LE PERE : Tu n’es pas obligée de répéter tout ce que je dis, non plus !
LA FILLE : En plus c’est très bien la télé : on s’instruit.
LE PERE : Ca serait nouveau !
LA FILLE : J’ai vu un film animalier.
LE PERE : Les voisins remontent dans mon estime...
LA FILLE : Ben dis donc, les éléphants ya pas que la trompe qu’est énorme !
LE PERE : Comment ?
LA FILLE : Ca a une de ces zigounette !
LE PERE : Nathalie !
LA FILLE : Ben quoi ? C’est la nature ! Tu sais la reproduction, ca ne concerne pas que les photocopieuses ! C’est monsieur Bertier qui l’a dit.
LE PERE : Ah, si c’est monsieur Bertier qui l’a dit ! Bon qu’est-ce qu’ils te font voir encore comme âneries ces dégénérés ?
LA FILLE : J’ai vu un super film policier ! A la fin, le bandit fume tranquillement sa cigarette, mais il se fait descendre. Un temps. Faut dire qu’il avait la police aux fesses ! Alors il se retrouve avec deux trous de balle dans le dos.
LE PERE (atterré) : Je crois que tu vas espacer tes visites chez les Bertier ma chérie, ne serait-ce que pour le vocabulaire ! Bon laisse-moi lire !
LA FILLE : J’ai envie que tu joues avec moi !
LE PERE : Oui, mais moi, j’ai envie de lire !
LA FILLE : Bon, alors je vais m’abrutir chez les Bertier, ces dégénérés qui ont la télé...
LE PERE : Tout, mais pas ça !
LA FILLE (triomphant) : Enfin, tu deviens raisonnable ! Bon, je t’épargne la corde à sauter, t’es vraiment trop nul ! La...