Porcelaine ou noces d’or

A l’occasion de leur anniversaire de vingt ans de mariage, un couple en crise sentimentale invite des amis qui vont raviver des souvenirs.

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ACTE 1

Scène 1 / Jean-Jacques, Clairette

La pièce este vide, on entend une radio.

Voix radio / Salut les p'tits loups. Aujourd'hui, il fait un soleil de plomb. Alors, c'est le moment de faire un petit jogging, ou pour les chanceux qui habitent au bord de la mer, d'aller piquer une tête dans la grande bleue. Et pour être en forme, un peu de gymnastique matinale ! Et un ! Et deux et trois et quatre ! Et un ! Et deux ! Et trois ! Et quatre !

Jean-Jacques entre à ce moment. Il est en robe de chambre et se traîne jusqu'au canapé.

Voix off / Et un ! Et deux ! Et trois ! Et quatre ! Allez, on y croit  ! Et un ! Et deux ! Et trois ! Et quatre !

Il éteint le poste de radio puis s'affale dans le canapé. Pendant quelques secondes, hébété, il regarde le public, comme s'il regardait dans le vide.

Jean-Jacques / Elle est où la télé.. ? Ben, elle est où ? (Il attend un peu puis crie) Elle est où, la télé ?

Sa femme, Clairette entre à ce moment

Clairette / T'as perdu quelque chose ?


Jean-Jacques / Qu'est-ce t'as fait de la télé ?

Clairette / Je l'ai planquée.

Jean-Jacques / T'as planqué la télé ? .. (En regardant le public, très décontenancé) Elle a planqué la télé. (A sa femme) T'as planqué la télé ! Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?

Clairette / Rien. T'as rien fait. D'ailleurs, tu ne fais jamais rien. Ici c'est moi qui fais tout.

Jean-Jacques / Et la télé, elle t'a rien fait ! En plus, y'a un match ce soir.

Clairette / Le foot, le foot.. T'as qu'à regarder autre chose. Le foot, c'est toujours pareil.

Jean-Jacques / Toi aussi, quand je te regarde, c'est toujours pareil.


Clairette / Comment ?

Jean-Jacques / C'est pas de ma faute si je suis sportif.

Clairette / Bonjour le sportif ! Le cent mètres assis. Le tour de France avec une bière. Le saut couché dans le canapé. Ca c'est du sport !

Jean-Jacques / Des fois, je marche.


Clairette / (Avec ironie) Mais vas-y, sors. Tiens, sors comme ça. On dirait une patate en robe de chambre.

Jean-Jacques / On ne dit pas, une patate en robe de chambre, mais une patate en robe des champs.

Clairette / C'est pas vrai, j'ai épousé un intellectuel.

Jean-Jacques / (Vers le public) On ne peut rien dire.

Clairette / Au fait ! Tu sais que demain, c'est le neuf avril.

Jean-Jacques / Ben oui. Et après-demain, on sera le dix. Pourquoi ?

Clairette / Il me demande pourquoi ? Ca ne te rappelle rien, le neuf avril.. ?

Jean-Jacques / Ah si ! C'est un le jour ou Lyon a gagné contre le PSG. Deux zéro. Deux buts dont un sur penalty.

Clairette / C'est pas ça ?

Jean-Jacques / C'était pas le PSG ?

Clairette / C'était notre mariage ! On s'est mariés le neuf avril !

Jean-Jacques / Ah oui ! Y'avait une radio dans la cuisine. J'ai pu écouter que la fin du match.

Clairette / Vingt ans de mariage ! J'en avais pris pour vingt ans.

Jean-Jacques / C'est quoi déjà, les vingts ans de mariage ?

Clairette / Ce sont les noces de porcelaine. Et c'est comment, des noces de porcelaine ?


Jean-Jacques / C'est fragile ?


Clairette / C'est quand on s'envoie des vases dans la figure !

Jean-Jacques / Mais pourquoi tu dis ça ?

Clairette / Parce que, pour notre anniversaire de mariage, j'ai décidé de faire quelque chose.

Jean-Jacques / On a va aller voir un match !

Clairette / Le foot, toujours le foot. On va refaire comme y'a vingt ans.

Jean-Jacques / On va se remarier ?

Clairette / Tu joues les idiots ou c'est naturel ? On va renouveler nos vœux !

Jean-Jacques / Ah d'accord ! Et qu'est-ce qu'il faudra qu'on dise ?

Clairette / Ce que t'as dit y'a vingt ans.

Jean-Jacques / Ah oui ! J'ai compris ! Et après on se fera des cadeaux. Qu'est-ce que tu voudrais comme cadeau ?

Clairette / (Le regardant) J'ai l'habitude de me contenter de peu.

Jean-Jacques / Je peux te choisir une robe !


Clairette / Surtout pas.

Jean-Jacques / Les habits que tu m'achètes, je les mets toujours, mais moi je ne peux jamais t'en offrir.

Clairette / C'est pas de ma faute si t'as des goûts d'chiotte !


Jean-Jacques / On pourrait repartir en voyage de noces. En Espagne. A Madrid.

Clairette / Y'a une équipe de foot à Madrid ?


Jean-Jacques / Euh.. Deux, mais des petites..


Clairette / Au point où on est, on ferait mieux d'aller à Lourdes.

Jean-Jacques / Pourquoi qu'on irait à Lourdes ?

Clairette / Paraît qu'ils y font des miracles.

Jean-Jacques / L'équipe de Lourdes ?

Clairette / Il comprend rien. Bon moi, j'y vais.

Jean-Jacques / Tu sors ?

Clairette / J'ai des trucs à faire.

Jean-Jacques / Tu vas où ?

Clairette / Je vais me taper un p'tit jeune !

Elle sort en claquant la porte

Jean-Jacques / (Il reste hébété en regardant le public, puis murmure) Mais qu'est-ce que j'ai dit ?

Scène 2 / Jean-Jacques, Jean-Paul

On sonne à la porte

Jean-Jacques / C'est ouvert.

Jean-Paul entre. il a pas mal de bedaine

Jean-Paul / Dis-donc ? Je viens de croiser ta femme. C'est à peine si elle m'a dit bonjour.

Jean-Jacques / M'en parle pas. A peine debout, madame est de mauvaise humeur. Des fois, Je me demande si elle ne se lève pas uniquement pour m'emmerder.

Jean-Paul / Qu'est-ce qu'elle a encore fait ?

Jean-Jacques / Elle a planqué la télé. A cause d'elle, je ne pourrai pas regarder la finale de la coupe.

Jean-Paul / Elle a planqué la télé ? Mais c'est dégueulasse !


Jean-Jacques / Et en plus, elle fait des réflexions. Tout ça parce que je me rappelais plus que c'est demain notre anniversaire de mariage. Vingt ans, tu t'rends compte ? Des noces de porcelaine ! Je ne tiendrai jamais jusqu'aux noces d'or.

Jean-Paul / Ah mais je suis au courant. Elle nous a invités. Vingt ans de mariage, ça s'arrose.

Jean-Jacques / Je l'arrose tous les jours.

Jean-Paul / Allons. C'est rien.

Jean-Jacques / Si t'entendais comment elle me parle !


Jean-Paul / C'est normal. les femmes, faut que ça évacue.

Jean-Jacques / Un de ces jours, c'est moi qu'elle va évacuer.

Jean-Paul / Tu sais ce que tu devrais faire, c'est avoir un chien. Un chien, c’est content quand tu rentres ; et si t'en avais un, c'est lui qui prendrait.

Jean-Jacques / Le chien boufferait avant moi.

Jean-Paul / Ma femme, elle avait voulu un hamster. Moi j'en voulais pas. J'ai quand même cédé. C'est sympa, un hamster. Ca reste dans sa cage, ça emmerde personne. Au début je l'aimais pas mais j'ai fini par m'attacher.

Ils s'assoient dans le canapé

Jean-Jacques / Après tout ce que j'ai fait pour elle. Qu'elle en trouve, des comme moi !

Jean-Paul / Les femmes ça oublie vite.

Jean-Jacques / Elle me trouve mou.

Jean-Paul / Peut-être que tu devrais essayer de changer.

Jean-Jacques / Changer de femme ? A mon âge ?

Jean-Paul / Non. Deux ou trois trucs. Par exemple, un peu de sport, ça serait bien, un peu sport.

Jean-Jacques / Je peux pas, j'ai pas l'esprit de compétition.

Jean-Paul / On te demande pas de battre des records.

Jean-Jacques / Avec ma femme ? .. Elle me fait que des réflexions ! Encore une ! Une seule ! Et là, elle va avoir du changement.

Jean-Paul / Qu'est-ce que tu vas faire ?

Jean-Jacques / Je me remets à fumer ! Et à bouffer ! Trois paquets d'clopes et deux biftecks par jour !

Jean-Paul / Tu veux te suicider ?

Jean-Jacques / Je veux lui faire peur. Comme ça, si elle tient à moi, elle m'en empêchera.. Tiens, je vais me remettre à boire.

Jean-Paul / C'est pas la peine, t'as jamais arrêté.

Jean-Jacques / Ah ben oui. A propos, t'as soif ?

Jean-Paul / Jamais pendant l'entraînement.


Jean-Jacques / Et là, tu t'entraînes ? Non. .. Alors.. Il est où, le pinard ? (Pendant la discussion, Jean-Jacques cherche le vin partout) Tu sais ce que je vais faire, je vais me remettre à courir.


Jean-Paul / Tu vas courir ?

Jean-Jacques / Après les filles ! Comme avant ! Si elle croit que j'ai perdu la main, elle se goure.

Jean-Paul / Tu f’rais ça ?

Jean-Jacques / J’y...

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Posté le 11 août 2026 par Mourice

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