Requiem pour un Stradivarius

Clara est une jeune violoniste virtuose au sommet de sa gloire, tandis que la carrière de pianiste de Léo, un peu plus âgé qu’elle, est déjà derrière lui. Il a été autrefois son Pygmalion, il est maintenant surtout son accompagnateur et son impresario. Aujourd’hui, le couple qu’ils forment à la scène comme à la ville est en crise. Une dispute éclate alors qu’ils s’apprêtent à partir donner un concert. Pour l’occasion, un mécène a accepté de prêter à Clara un Stradivarius d’une valeur inestimable. C’est alors que débarque dans leur salon un couple de braqueurs pour un home-jacking…

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Liste des personnages (4)

Léo Homme • Adulte • 170 répliques
Clara Femme • Adulte • 208 répliques
Kevin Homme • Jeune • 94 répliques
Cindy Femme • Jeune • 103 répliques

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Acte 1

Scène 1

Le salon de la maison bourgeoise d’un couple d’artistes musiciens. Les meubles et la décoration suggèrent une atmosphère bohème, teintée d’un raffinement étudié sous des airs de décontraction. Une table basse est disposée au centre, devant un paravent sur lequel est posée une robe de soirée. Un tableau abstrait orne le mur du fond. Dans un coin un pupitre avec des partitions. Clara, trentenaire, en peignoir, est au téléphone. Elle semble un peu embarrassée et s’efforce d’être discrète.

Clara – Non, je n’ai pas encore eu le temps de lui en parler... Oui, je sais... Disons que ce n’était pas le bon moment... Je te le promets, mais j’ai un concert ce soir, et je suis déjà horriblement en retard... Oui, un gala de charité organisé par la fondation qui nous prête le Stradivarius. Je leur dois bien ça... Je sais... Oui, moi aussi... Bien sûr, mais là je ne peux vraiment pas te parler... C’est ça, je te rappelle... Moi aussi, je t’embrasse...

Elle range son téléphone juste au moment où Léo, son mari, entre dans la pièce. C’est un homme un peu plus âgé qu’elle, d’une élégance sophistiquée.

Léo – Tu es prête ?

Clara – Comme tu vois...

Léo – On n’est pas en avance...

Clara – Non, c’est justement ce que j’étais en train de dire.

Léo – À qui...?

Légère hésitation de Clara.

Clara – Stanislas. Il vient de m’appeler...

Léo – Ce vieux Stan...

Clara – Vieux ? Il est plus jeune que moi. Et donc beaucoup plus jeune que toi. Je crois même que c’était ton élève au conservatoire, non ?

Léo – C’était ironique... Je crois qu’en rhétorique, on appelle ça une antiphrase. Tu sais : « Va, je ne te hais point »... pour dire je t’aime.

Clara – Ça, c’est plutôt une litote, si je ne m’abuse...

Léo – Une litote...? Tu es sûre ?

Clara – Comme quand tu dis « on n’est pas très en avance » pour dire qu’on est épouvantablement en retard...

Léo – Et qu’est-ce qu’il voulait... ce vieux Stan ?

Clara – Me parler d’un projet...

Léo – Un projet ? Quel genre de projet ?

Clara – Écoute... On a un concert dans quelques heures, et je ne suis pas du tout prête. On parlera de ça une autre fois, d’accord ?

Léo – C’est ton amant ?

Elle met un temps à répondre.

Clara – Tu ne manques pas de culot... Tu m’as trompée une bonne dizaine de fois, principalement avec tes étudiantes, et tu oses me demander si j’ai un amant ?

Léo – C’était avant qu’on se marie... Juridiquement, on ne peut pas vraiment parler d’adultère.

Clara – On n’est mariés que depuis deux ans.

Léo – Mais je ne t’ai jamais trompée depuis.

Clara – Parce que tu n’as plus autant de succès ?

Léo – On parle toujours de mon pouvoir de séduction... ou de ma carrière de pianiste, que j’ai mise entre parenthèses pour faire de toi la violoniste la plus demandée de sa génération ?

Clara – Donc tu trouves que le moment est bien choisi pour une scène ?

Léo – Donc tu préfères ne pas me répondre à propos de Stan.

Clara – Je ne peux te laisser dire que tu as sacrifié ta carrière pour me permettre de réussir la mienne, Léo. Ta carrière, elle était déjà derrière toi quand tu as décidé de devenir mon accompagnateur et mon impresario.

Léo – C’est très délicat de ta part de me le rappeler.

Clara – On sait tous que dans notre métier, le succès n’est pas éternel. La roue tourne. Tu as eu ton heure de gloire, maintenant c’est mon tour. Et c’est assez insultant de me dire que c’est uniquement à toi que je le dois. Je n’y suis pas pour rien non plus, figure-toi.

Léo – Bien sûr...

Clara – Je sais très bien que le jour viendra où je ne serai plus à la mode, mais pour le moment, j’ai envie de profiter de ce succès pour relever de nouveaux défis.

Léo – Relever de nouveaux défis... Tu parles comme un buteur du PSG en mal de transfert... De quels défis parles-tu exactement ?

Clara – J’ai presque tout obtenu en France, c’est vrai. Mais je pense avoir encore des choses à prouver à l’international.

Léo – Et tu crois que c’est avec un de mes anciens élèves que tu vas y arriver ?

Clara – Il est jeune. Il a passé beaucoup de temps aux États-Unis. Il a une autre façon de voir les choses.

Léo – Tandis que moi je suis déjà un vieux con, qui ne te sert plus à rien et qui t’empêche de devenir une star internationale...

Clara – Je n’ai pas dit ça.

Léo – Alors où tu veux en venir ? Vas-y, je t’écoute...

Clara – Je fais trop de concerts, Léo. Seulement pour les cachets. Je n’ai plus le temps de travailler. D’expérimenter. De réfléchir à ce que je veux vraiment faire de ma carrière pendant que j’ai encore les faveurs de la presse et du public.

Léo – Ces cachets, c’est grâce à eux qu’on a cette maison. Cette vie. Jusque-là tu ne t’en plaignais pas... Tu veux retourner jouer dans le métro ?

Clara – Je n’ai jamais joué dans le métro. Mais pourquoi pas ? À condition que ce soit le métro de New-York ou de Tokyo.

Léo – Tu plaisantes, j’imagine... ?

Clara – Je veux avoir le temps d’explorer d’autres répertoires, de rencontrer d’autres gens, d’essayer d’autres collaborations... Et oui, pourquoi pas de jouer dans les plus grandes salles du monde.

Léo – Ah oui, on est loin de « La Bohème » comme l’a chantée Aznavour... Moi qui te prenais pour une artiste complètement détachée des contingences matérielles...

Clara – J’ai encore des envies, Léo....

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