Tableau Noir

Myriam, enseignante de CM2 à la cité du Beau Soleil sera remplacée par Brigitte en reconversion professionnelle.
L’enthousiasme initial de Brigitte est vite mis à mal par les difficultés du métier traités avec humour. Entre ses collègues, la conseillère scolaire et son verbiage pédagogique, les parents en perdition et un mari de moins en moins compréhensif, Brigitte se retrouve bien seule.

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Tableau 1

Une fête de fin d’année d’une école primaire.

Le directeur, s’adressant au public : Bonsoir chers parents ! Merci d'être venus si nombreux à la fête de l'école ! Nous allons, pour commencer, vous présenter le travail vocal des élèves de l’école sous la direction de Myriam enseignante de CM2 qui nous a rejoints cette année.  Elle va vous expliquer la démarche pédagogique transversale qu'elle a menée tout au long de l'année avec les élèves, pour préparer ce tour de chants. Myriam, s'il vous plaît...

 

Myriam (d'une petite voix timide et stressée) : Merci Monsieur le Directeur. Hem, heu... et bien les élèves ont commencé par une séquence de production d'écrits (au public) Assieds-toi Kimberley.

Les apprenants ont été placés au centre du processus cognitif. Ils ont atteint leur zone proximale de développement. Kévin, calme-toi ! … Ce qui leur a permis d'acquérir de nouvelles compétences...enfin pas tous....  Ils ont appréhendé de nouveaux morphèmes et phonèmes, maîtrisé leur graphie et phonologie, sans oublier l'élargissement du champ lexical.

 

Voix off : Je t'avais bien dit qu'il ne fallait pas le mettre dans cette école, même les professeurs ne parlent pas français !

 

Myriam : Les productions réalisées ont été mises en harmonie par le PVP éducation musicale

 

Le directeur (qui traduit) : Professeur de la Ville de Paris…

 

Myriam : en réseau avec l'IEN…

 

Le directeur : Inspecteur de l’Education Nationale…

 

Myriam : Le CPC…

 

Le Directeur : Conseiller Pédagogique de Circonscription….

 

Myriam : le RASED…

 

Le directeur : Réseau d’Aide Spécialisé aux Elèves en Difficulté…

 

Myriam : le maître E et le maître G

 

 

(Bruit de chahut de plus en plus fort)

 

Myriam (un peu plus fort) : Les enfants, calmez-vous maintenant, nous allons commencer.

Ce serait bien maintenant d'enlever vos capuches et vos écouteurs, et d'éteindre vos portables, pour chanter tous ensemble. Allons, en place ! (plus fort) Brian, lâche le cou de ton professeur de musique s'il-te-plaît, il ne pourra pas nous accompagner au piano si tu continues tes petites plaisanteries.

(Elle montre un carton rouge et reprend  plus fort)

Arrête Brian, ce n’est pas drôle. (Bruit de rire).Ca suffit maintenant, (elle montre un autre carton rouge) Carton rouge à toute la classe !!!

 

(Un ballon est lancé sur scène des coulisses)

Myriam qui prend le ballon : Ce  référentiel bondissant n’a rien à faire au milieu de notre chorale. La séance d’EPS aura lieu mardi prochain. Là nous sommes en musique, enfin nous essayons, enfin j’essaie… (Bruit de chahut de plus en plus fort, elle commence à craquer)

J’essaie mais j’y arrive pas, j’y arrive pas !!! Et  me regardez  pas comme ça parce que

J'en peux plus de vous, de vos parents, de l'inspecteur, des apprenants, des référentiels bondissants !!! Vous comprenez  … j’en peux plus …Je veux du silence !!!  Non pas du silence, je sais que c’est pas possible Je veux juste de la musique, de la vraie musique !!! C’est tellement beau la musique, tellement plus beau que tout ça  !!!  (elle craque complétement , puis plus calmement mais comme hébétée) Oh, je l’entends. J’entends la musique. Elle résonne, elle résonne de plus en plus fort dans ma tête ! de plus en plus fort !!!!

(Le Directeur intervient.)

 

Le directeur au public : Ne vous inquiétez pas. Ce n’est qu’une petite crise passagère, un médecin va  arriver ! Le spectacle reprendra plus tard !  Ne vous approchez pas les enfants. ! Il n'y a rien à voir ! Tout va rentrer dans l'ordre. Myriam est un peu fatiguée aujourd’hui...

 

(On entend le bruit d’une ambulance, Myriam est emmenée par un infirmier.)

 

Noir.

 

 

Tableau 2

La salle des maîtres.

Anne est en train de corriger des cahiers.

Lucie : Qu’est-ce que tu fais encore à corriger des cahiers, à trois jours des vacances ? Détends-toi et prends un morceau de gâteau. Il  est excellent.

Franck : C’est celui de Mme Dubart.

Anne  (la bouche pleine) : C’est vrai, il est drôlement bon.

Lucie : Elle cuisine bien mme Dubart !

Franck : Faut bien quelques compensations, parce que ses gosses, ce ne sont pas des lumières. !

Anne : Il reste plein de choses  à manger. On n’arrivera pas à tout finir avant les vacances.

Lucie : C’est scandaleux de jeter toute cette nourriture. Quand je pense à tous les oubliés de la mondialisation qui n’ont pas de quoi vivre !!! Ça me rend malade de voir ce gâchis !

Anne : Va distribuer ce qui reste, si  tu veux !

Lucie : J’aimerais bien, mais je pars après demain en Bretagne et j’ai tous les  bagages à faire.

Franck : Alors tais-toi et mange !

Lucie : Ce que tu peux être individualiste et désagréable !

Anne: Franck ne va pas nous voir pendant 2 mois. Alors, il stresse et il devient désagréable.

Lucie : A moins que ce ne soit la perspective de ne pas avoir d’élèves, pendant 60 jours...

Franck : Ce qu’il ne faut pas entendre !!!

Lucie : Ca va faire du bien de lâcher prise  !!!! Vous avez vu dans quel état ils ont mis la pauvre Myriam  !!! Elle a complètement craqué.

Anne : L’arrivée des urgences en pleine fête d’école, la camisole  de force, c’était très impressionnant. Je n’ai rien pu avaler de toute la soirée.

Franck : Elle a complètement gâché l’ambiance !!!

Lucie  (la bouche pleine) : Ah ouiche, c’est sûr la pauvre. Elle a coupé l’appétit de tout le monde.

(Le directeur entre)

Anne : Monsieur le directeur, vous voulez une part de gâteau ?

Le directeur : Merci, je veux bien. Un peu de sucre me fera du bien. J’ai encore dans les oreilles, les hurlements de votre malheureuse collègue. Cette crise de nerf était très impressionnante. J’espère que vos élèves, et surtout les parents n’ont pas été trop choqués. . Avez-vous eu des retours à ce sujet ?

Lucie : Nous en avons parlé en classe ce matin. Certains ont été marqués par les tremblements, les hurlements stridents...

Franck : Pourtant, ils s’y connaissent en matière de hurlement. Ça n’a pas l’air de les perturber d’habitude !

Anne : J’ai  eu un mot de Monsieur Clément-Valloire, dans le cahier de correspondance. Il souhaite me rencontrer. Il veut sans doute me parler de cet incident.

Directeur : Monsieur Clément-Valloire ? C’est ennuyeux, très ennuyeux. Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de votre collègue, pour faire un tel esclandre, en pleine fête de fin d’année.

Lucie : Les élèves l’ont poussé à bout. Elle a craqué, c’est humain.

Franck : Et presque normal après ce qu’ils lui ont fait subir toute l’année.

Lucie : Elle ne pouvait pas y arriver.  On ne peut pas s’en sortir si on ne nous donne pas plus de moyens !  C’est pour ça qu’il faut manifester, qu’il faut faire grève !!

Le directeur : Je vous propose de manifester à la rentrée. Il nous reste trois jours de classes et  j’ai quelque chose d’important à vous dire. Arrêtez cinq minutes de manger s’il vous plaît. Je vous entends mastiquer, c’est très désagréable …. Merci.  Eh bien, après ce malheureux incident, il faut avant tout maintenir la confiance des parents. Dans l’école de la république, un enseignant ne peut pas craquer devant une assemblée d’élèves et de parents. Il attend d’être chez lui ou il fait ça pendant les vacances !!

Lucie : Je ne pense pas que Myriam ait vraiment choisi son moment !

Le directeur : Elle n’a peut-être pas choisi, mais le moment  n’était pas du tout adapté ! Maintenant, il faut minimiser… vous m’avez compris ? Minimiser ! Monsieur l’inspecteur a été formel.

Franck : Les parents étaient là comme nous. Ils ont tout vu, tout entendu, l’ambulance, la camisole, tout. Je ne vois pas comment leur faire croire que rien ne s’est passé.

Le directeur : Dites ce que vous voulez mais pas de vague, surtout pas de vague.

Le téléphone sonne (le directeur décroche)

Le directeur : Allô, bonjour Monsieur l’inspecteur. Oui, oui très choqués, ... Nous étions en train d’en parler avec l’équipe enseignante. Je leur rappelais vos conseils pour …. Non pas cacher bien entendu, mais pour minimiser ce regrettable incident. Ne vous inquiétez pas, l’équipe éducative est très soudée pour faire face. (Un temps). Oui, pas de Vague, nous avons bien compris. Et pour notre collègue ?  (Temps) Ah tout de même !! A ce point !!! Internée !!! (Un temps) Mais pour combien de temps ? Ah quand même! Et pour la rentrée ?.. Oui tout  à fait.. les parents auront davantage confiance si une nouvelle  collègue prend le poste. Oui, c’est certain. Peut-être faudrait-il éviter les débutants ? Oui .... Je vous rappelle de mon bureau, oui, tout de suite… (il sort)

Lucie : Ça a l’air grave !

Franck : Craquer à 3 jours des vacances, quel manque de chance !!! Elle les avait supportés toute l’année !

Anne : D’après ce que j’ai cru comprendre, vous allez avoir un nouveau pour le CM2 C l’année prochaine.

Franck : Ou une nouvelle !!

Lucie : On ne te suffit pas ?

Franck : J’ai un grand cœur, j’accueille  tout le monde.

Anne : Arrête de dire des bêtises. On ne peut jamais parler sérieusement avec toi. Pour en revenir au nouveau ou à la nouvelle, ce  ne devrait pas être un T1 ou un PES, cette fois.

Franck : Tu peux me rappeler ce qu’est un T1 et un PES, brièvement ?

Anne : T1 : Titulaire première année ou PES : Professeur des Ecoles  Stagiaire. Tu as déjà oublié !!!

Franck : Eh bien, ce  serait normal que ce soit un T  avec de la bouteille.  J’en ai assez de prendre tous les cas dans ma classe pour ménager les débutants !!!

Lucie : Et moi donc !!! On a beau se sacrifier, Ils ne s’en sortent jamais.

Franck : Sans parler de toute l’aide qu’on leur apporte

Lucie : De l’aide non rémunérée, bien entendu. Voilà  comme on nous exploite !!

Franck : Pour une fois, je suis d’accord avec toi !

Lucie : Sauf que toi, tu avais quelques compensations, il me semble. J’ai du mal à croire que vous passiez votre temps à  bosser quand vous vous enfermiez le soir dans sa classe ! (Anne rit sous cape)

Franck : Tu ne serais pas jalouse par hasard ?

Lucie : Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !!

Anne : A votre place, au lieu de perdre mon temps à plaisanter, je profiterai de l’occasion pour modifier la répartition des CM2.

Franck : Qu’est-ce que tu veux dire ?

Anne : Si l’inspecteur trouve une remplaçante pleine d’expérience, il n’y a aucune raison de prendre tous les élèves difficiles ?

Franck : Tu as raison . Il n’y a plus aucune raison d’alléger le CM2 C ! J’entends le directeur qui revient.  Il ne faut pas rater une occasion pareille.

(Le directeur entre)

Franck : Monsieur le directeur, durant votre absence, nous avons un peu discuté entre nous de la nouvelle…

Lucie : Ou du nouveau.

Franck : Qui va arriver pour...

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