Touchez pas à la centenaire ! ou Germaine mène la danse

On fête les cent ans de Germaine. Aussi sa petite maison reçoit-elle des invités prestigieux : le Ministre de la Santé, le curé… et Madame le Maire élue depuis peu. Cette dernière ne vient pas pour des félicitations mais pour accuser Germaine, preuves à l’appui, d’être depuis des années une faussaire ingénieuse… Solange, la femme de ménage, défend sa maîtresse avec d’autant plus d’ardeur que c’est son mari, Anatole, gendarme de son état, qui est chargé de l’arrêter. Grâce à son grand âge Germaine restera libre car sa “mise en examen” ne peut que nuire aux ambitions politiques de nos deux élus. Restée seule, Germaine surprendra tout le monde et surtout les spectateurs.

Lire le texte intégral

 

 

 

La scène se passe dans la maison de Germaine qui vient de fêter ses 100 ans. C'est une vieille maison de village, meublée à l'ancienne. Une porte au fond donnant sur l'extérieur, une porte de chaque côté. La maison est décorée de guirlandes, de fleurs, de drapeaux. Au mur du fond, une banderole portant l'inscription "Longue vie à notre centenaire". Au centre, une longue table recouverte d'une nappe blanche sur laquelle on voit les reliefs d'un buffet qui vient de se terminer. Il reste cependant une cafetière et des tasses propres. Sur le devant de la scène, un grand fauteuil avec un gros coussin.

Au lever du rideau, Germaine, la centenaire, est installée dans le fauteuil, un verre de champagne vide à la main. Elle semble très gaie. Assis à la table, dans une tenue décontractée, portant chemisette et short bariolés, M. François Rosier de Picardie, Ministre de la Santé et Conseiller Général du canton, également un verre à la main. À l'autre bout, M. l'abbé Béghin, curé de la paroisse (en soutane et col romain) dont la tenue impeccable contraste avec celle du Ministre. Solange, la femme de ménage de Germaine, procède à quelques rangements. Passant près de Germaine, elle lui dit à l'oreille d'une voix assez forte.

SOLANGE (sur un ton protecteur) - Ben, Madame Germaine… C'est qu'vous en avez vu du monde…et du beau monde… Même notre nouveau maire qui a daigné se déplacer… (Un ton plus bas, plus pour elle-même que pour Germaine et désignant de la tête le curé et le ministre.) Y'a plus qu'ces deux-là qui s'incrustent. J'm'en vais leur faire comprendre à ma manière qu'ils ont intérêt à déguerpir. C'est qui faut qu 'je remette tout en place, moi !…

GERMAINE (la main derrière l'oreille) - Qu'est-ce que vous marmonnez, Solange ?

SOLANGE - Rien, rien… Reposez-vous, ma belle, vous l'avez bien mérité.

Elle reprend ses rangements.

GERMAINE - Me reposer ?… Mais je suis en pleine forme !… (Elle commence à fredonner.) On n'a pas tous les jours vingt ans…

Le ministre se lève en titubant légèrement, se met à chanter lui aussi tout en tournoyant comme s'il valsait. Il accroche au passage Solange qui tenait un plateau de verres vides et manque de la faire tomber.

 

SOLANGE (furieuse) - Oh oh oh, Monsieur le Ministre! C'est pas parce que vous avez mis vot'short tahitien qu'il faut vous prendre pour un gamin. Encore un peu les verres en cristal de Madame Germaine se cassaient la figure…

Germaine ne réagit pas tandis que le curé, l'air un peu pincé, déclare.

LE CURÉ - Solange a raison, Monsieur François Rosier de Picardie. Un ministre de la santé, conseiller général du canton se devrait d'être plus réservé. Si vos...

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Achetez un pass à partir de 5€ pour accéder à tous nos textes en ligne, en intégralité.


0 commentaires

Ajouter à une liste
FacebookTwitterEmail
error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut