— Comédie philosophique —
Bernard CLÉMENT
Résumé : Un 31 décembre, une dizaine de personnages se retrouvent dans une petite gare. Ils attendent un train et font connaissance au Café de la gare. Mais la soirée ne va pas se passer comme prévu...
Personnages
par ordre d'apparition
- Lecteur + Lectrice (en voix off)
- Carlo : récitant, chef de gare
- Estelle : voyageuse, sœur de Marie-Odile, un peu autoritaire
- Marie-Odile : voyageuse, sœur d'Estelle, sensible
- Marguerite : serveuse du bar
- Luna : voyageuse, fan de Harry Potter
- Axelle : voyageuse, schizophrène (double personnalité)
- Bleuette : voyageuse, un peu perdue
- Roméo : voyageur, jeune étudiant, amateur de poésie
- Sergio : voyageur, plutôt entreprenant
- Ella : voyageuse, a des problèmes de mémoire
- Barbara : voyageuse, sensible à la poésie
Décor
Le café d'une petite gare : plusieurs petites tables rondes, une dizaine de chaises. Éléments de décor.
Musique
Si possible un piano – certains peuvent y jouer, pour passer le temps. Un musicien, par exemple un violoniste, intervient à plusieurs reprises pour créer une ambiance ou une transition.
Plusieurs fois, on entend le passage d’un train.
ACTE I
NOIR
Lu en voix off par 2 personnes :
« Une petite étoile, qu'elle aperçut à travers la fenêtre, clignota faiblement, comme un signal, un nouvel appel à la pensée… C'est comme si elle lui disait qu'elle ne devait pas passer à côté de sa vie, ne pas renoncer à l'étincelle qui était prête à l'embraser, à l'illuminer toute entière, ne pas passer à côté de ses rêves, de ses espérances les plus intimes. Elle avait fait partie de ces gens qui n'osent pas, qui n'osent plus parce qu'ils ont peur… peur de briser leurs rêves… »
« Et pourtant, le rêve, c'est ce qui rend l'homme plus grand, plus beau… c'est ce qui rapproche des étoiles et du divin. On ne peut pas se contenter de la réalité du quotidien, sinon on devient comme des fleurs sans pétales, des montagnes sans neiges éternelles, des arbres sans feuilles… C'est à travers le rêve que se glisse la grandeur de l'homme et que respire son âme. »
On entend le démarrage d'un train – puis LUMIÈRE et un air de violon gai (style cabaret)
VIOLON 1 (30 s - 1 mn maxi)
PROLOGUE DU CHEF DE GARE
CARLO (s'adressant au public, ponctuant ses mots) :
Bienvenue Mesdames et Messieurs, welcome ladies and gentlemen, bienvenue dans le grand Cabaret de l'Illusion ! Vous avez bien fait de venir ! Vous allez, j'en suis sûr, passer une excellente soirée...
Vous n'ignorez pas que nous sommes le 31 décembre... Bien sûr, puisque vous avez eu l'excellente idée de passer une soirée pas comme les autres. Aller au théâtre le 31 décembre, franchement, c'est une idée originale ! Déjà vous ne serez pas seuls – que dis-je, vous n'êtes pas seuls, puisque nous sommes tous là, ensemble, pour franchir le portail de la nouvelle année...
Nous ne sommes pas seuls non plus, parce que d'autres, justement, ont eu la même idée. Enfin, presque... Ils se sont dit : ce soir, je vais prendre le train et aller à la rencontre de mes rêves, à la rencontre des autres, à la rencontre de moi-même... Mais cela, c'est leur âme qui le sait... eux ne le savent pas. Ils veulent seulement prendre le train, pour une destination bien précise - qu'ils se sont fixée... et qu'ils atteindront, ou pas. La vie correspond-elle à ce qu'on prévoit ? Obéit-elle à nos désirs ? Sans doute avez-vous une opinion là-dessus...
Ah ! Oui, que je vous dise... Pour eux, je serai le chef de gare. Pour vous aussi, sûrement... Car cet espace, n'est-ce pas, c'est un café. Oh ! C'est modeste, quelques tables seulement, quelques chaises, mais c'est la brasserie de la gare et, ensemble, nous allons attendre le train, le passage du train....
(Il sort)
SCÈNE 1
On entend Estelle et Marie-Odile qui arrivent par le public
ESTELLE : Ah, vraiment, je suis très heureuse à l'idée de ces retrouvailles.
MARIE-ODILE : Oh oui, ça fait bien longtemps qu'on n'a pas vu la famille…
ESTELLE : Tu comprends, on va voir l'oncle Alphonse, savoir s'il a enfin acheté une voiture…
MARIE-ODILE : Oui, et cousine Bette, a-t-elle fait des progrès, a-t-elle grandi ?
ESTELLE : Ben évidemment qu'elle a grandi… Tu poses de ces questions…
Elles entrent sur scène, côté jardin, dans le café
ESTELLE : Ah, enfin la gare… C'est pas mal, assez bien éclairé…
MARIE-ODILE : Oui oh… ça a l'air quand même un peu abandonné…
ESTELLE : Bon, j'espère qu'on est à l'heure… (Elle regarde sa montre) Oui, un quart d'heure d'avance. Eh bien, on va s'asseoir.
La serveuse va sur le devant de la scène et s'adresse au public :
MARGUERITE : Moi, j'suis la serveuse. Toujours là pour rendre...