SCÈNE I
(Sont en scène Jeanne d’Arc en Ciel, Guilhem, le sergent, le gendarme écrivant)
Jeanne : (criant) Mais puisque je vous dis, sergent, qu’on a volé nos deux chevaux
Le sergent : (criant) Pas si fort. Pas si fort ! (au gendarme) Je suis bien obligé de respecter le protocole. (Il crie) Je tiens à vous souhaiter la bienvenue dans les locaux de la Maréchaussée du royaume de Patelin sur mer.
Jeanne et Guilhem : Merci, merci.
Le sergent : Reprenons depuis le début et dans le calme. Je vous signale que pour une déclaration de vol de bestiaux il faut décliner vos noms, prénoms et profession
Jeanne : Guilhem, je sens que ça risque d’être long avec l’administration. Je dois rester calme. Je dois rester calme
Guilhem : Oui, oui, calmez vous, chevaleresse.
Jeanne : Nom : D’arc en Ciel. Prénom : Jeanne. Jeanne d’Arc en Ciel. Profession : chevaleresse.
Le gendarme : Eh, doucement je ne peux pas suivre et j’ai une plume d’oie qui est ébréchée. On a beau demander du matériel neuf à notre hiérarchie, ils nous font attendre sous prétexte qu’avec la guerre de cent ans il y a eu des perturbations pour obtenir du matériel de bureau. Admettons, mais quand même les plumes d’oie ils peuvent en trouver ou alors ils ont qu’à nous donner des plumes de canard. Elles sont moins fines, d’accord, mais elles sont aussi efficaces.
Le sergent : Bon ça suffit les récriminations, gendarme, pour l’instant vous notez ce que l’on vous dicte.
Le gendarme : J’espère qu’un de ces jours nous aurons des machines à écrire. Vivement la fin du moyen-âge !
Jeanne : ( tendant au sergent des feuilles de papier) Voici les parchemins certifiant que j’ai été adoubée en tant que chevaleresse par mon seigneur le duc de La Molinière
Le sergent : Une chevaleresse ! (au gendarme) Tu te rends compte. On aura tout vu en cette fin de moyen âge. Les femmes veulent devenir militaires. Tu crois que c’est un métier d’avenir ?
Le gendarme : Un métier d’avenir, pourquoi pas … sauf si on se fait trucider. Alors l’avenir sera plus restreint. (Ils rient)
Le sergent : (à Jeanne) Dernier domicile connu.
Jeanne : Eh bien…je suis une chevaleresse errante en quête du saint Graal je n’ai donc pas de domicile fixe.
Le sergent : Je m’en doutais. Non seulement cette personne est une chevaleresse, mais qui plus est, c’est une chevaleresse errante. On devrait vous coffrer, Messire damoiselle, pour errance caractérisée, car on ne sait pas si, invitée par un seigneur dans son château, vous ne seriez pas capable avec votre complice de le trucider dans la nuit pour lui voler ses biens.
Jeanne : Dites donc je ne vous permets pas. Si vous continuez à m’injurier mon épée pourrait bien vous caresser le côtes.
Guilhem : Calmez vous, chevaleresse.
Le sergent : Sachez, chevaleresse, que je peux vous retirer votre arme, car cela pourrait vous coûter cher d’agresser un gendarme de la maréchaussée. Nous avons des ordres de notre royal souverain : nous devons nous méfier de tous les migrants qu’ils soient gens du voyage ou chevaliers et, s’il le faut, les mettre en cellule. De toute façon il faut bien que vous compreniez que les chevaliers errants comme vous sont en voie de disparition, car l’artillerie et les armes à feu remplacent de plus en plus les armes blanches sur le champ de bataille.
Le gendarme : Et il sera plus difficile de se servir d’une arme à feu quand on est à cheval. (à Guilhem) Et vous, vous êtes aussi un chevalier errant ?
Guilhem : Non, gendarme, je suis troubadour. Je m’appelle Guilhem de Massiac, j’accompagne la chevaleresse Jeanne d’Arc en Ciel pour narrer ses aventures épiques et réaliser une chanson de geste à sa gloire.
Le gendarme : Un traine savate en quelque sorte.
Guilhem : Je ne vous permets pas ! Je suis un artiste et vous devriez respecter la poésie et ceux qui la transmette, espèce de rustre analphabète.
Le gendarme : (criant) Qu’est ce que t’as dit ? Dis, qu’est ce que t’as dit ? Vas y répète. Moi un aphalnabète. Répète.
Le sergent : (criant) Allons, Thomas, calme toi (à Guilhem) Et vous aussi. Je sais fort bien que Thomas, mon gendarme, n’est pas …abalnaphète, comme vous dites. C’est moi qui l’ai formé.
Guilhem : (ironique) Evidemment. J’aurais dû m’en douter.
Le sergent : Bien. Nous allons rechercher vos chevaux. Quels sont leurs signes particuliers.
Jeanne : Le mien est un alezan qui a un triangle sur le front
Guilhem : Et moi un cheval bai avec une patte noire
Le sergent : Je vais demander à nos services de renseignements de faire des enquêtes de voisinage. Mais je ne vous promets rien, car nous manquons d’effectif en ce moment.
L’agent : Oh oui. Moi, je suis obligé de faire des heures de guet supplémentaires, sans avoir de deniers en plus car il y a de plus en plus de vanupieds ou de … traine savates qui courent les rues et qui peuvent être dangereux.
Le sergent : (criant) Thomas !
Guilhem : Je n’ai rien entendu !
Le sergent : Sachez qu’en plus de nos activités quotidiennes on nous confie des missions importantes. Par exemple des disparitions. Regardez cette affiche. (s’adressant à Jeanne) Que lisez vous ?
Jeanne : Euh …je n’ai pas mes lunettes.
Le sergent : Des lunettes ?
Guilhem : C’est nouveau, c’est moderne. En fait il s’agit de deux verres convexes ronds enchâssés dans des cercles attachés individuellement à des manchons reliés entre eux à l’aide d’un clou. (au public) Cependant la chevalière a un peu de mal avec la lecture.
Jeanne : Pas du tout c’est parce que c’est écrit avec des petites lettres. Lis donc, toi le littéraire.
Guilhem : (lisant) « Recherchons un individu de type occidental aux cheveux blonds bouclés et aux yeux bleus. Il porte un costume de couleur verte, ainsi qu’une longue écharpe jaune. Si vous l’avez vu ou rencontré avertissez la Maréchaussée »
Donc vous avez vu cet individu. Vous connaissez son nom ?
Le sergent : Quand nous lui avons demandé, il nous a répondu que (il fait un geste vague) là-bas on l’appelait « Le petit prince »
Guilhem : Qui est ce on et d’où vient-il ?
Le sergent : Il pourrait venir de l’étranger. Peut-être un prince anglais.
Jeanne : Un prince anglais se serait installé sur notre terre ! Incroyable ! Moi, Jeanne d’Arc en ciel, qui avais pour mission divine de bouter les anglais hors de notre beau pays, qu’est ce que je découvre : les rosbifs sont maintenant établis ici et jouissent de tous les honneurs. Je suis sûre qu’il habite un beau château qu’il a conquis pendant la guerre de cent ans et qu’il y mène une vie princière aux frais de la princesse, c’est-à-dire grâce à nos impôts.
Guilhem : Du calme, chevaleresse ! Du calme ! Je vous rappelle que la guerre avec les anglais est terminée, que la paix a été signée… Maintenant c’est l’entente cordiale.
Jeanne : L’entente cordiale. Pauvres innocents ! Les angliches attendent que vous vous retourniez pour vous planter un poignard dans le dos.
Le sergent : Il est nécessaire que nous vivions en paix, chevalière, la guerre est une mangeuse d’hommes. C’est vrai que certains anglais se sont installés par ici, mais ce ne sont plus des hommes d’armes. Ils sont commerçants, tisserands, restaurateurs…
Jeanne : Restaurateurs ! Ils restaurent les châteaux qu’ils ont détruits.
Le sergent : Non, non je parle de la restauration culinaire.
Jeanne : Vous...