Un Mémorable Anniversaire
Une vieille dame est assise à une table, en train de regarder de vieilles photos. Elle semble nostalgique. Sa fille Elisabeth rentre avec des courses.
Elisabeth – Bah, Maman ! Qu’est-ce que tu fais ? Je t’avais dit d’aller te préparer, ils vont bientôt arriver.
Maman – Qui ça ?
Elisabeth – Tes enfants, Maman, ma sœur et mon cher frère, Margareth et Philippe !
Maman – Qu’est-ce qu’ils viennent faire ?
Elisabeth – On fête ton anniversaire ! Je te l’ai dit tout à l’heure.
Maman – Ah ! Je ne me souviens pas. Ca me fait quel âge ?
Elisabeth – 134 ans, Maman !
Maman – Ah ! Je croyais que j’étais plus vieille que ça !
Elisabeth – 134 ans ! Tu réalises ce que tu dis ? Tu serais plus vieille que Jeanne Calment, notre française qui a été la doyenne de l’humanité. 134 ans, tu serais née au XIXème siècle, en… (elle réfléchit) 1890, la même année que De Gaulle.
Maman – Il a 134 ans De Gaulle ?
Elisabeth – Non, Maman ! Il est mort en 1970.
Maman – Je ne me souviens pas. Mais alors pourquoi tu me dis que j’ai 134 ans ?
Elisabeth – C’était pour te faire réagir, c’était pour rire.
Maman – C’est pas drôle, je l’aimais bien, moi, De Gaulle.
Elisabeth – Oui, d’accord ! Bon, Maman, qui est le Président de la République, en ce moment ?
Maman – Je ne sais pas, si c’est plus De Gaulle, c’est… (elle réfléchit).
Elisabeth – Bien après De Gaulle !
Maman – Je sais, je sais… Pompidou !
Elisabeth – Ca c’était juste après De Gaulle, après il y a eu Giscard.
Maman – Ah oui ! Celui qui se prenait pour un monarque !
Elisabeth – Toi qui est une fan de la monarchie anglaise, tu devais bien l’aimer Giscard, non ?
Maman – Ah non ! Moi j’aime les authentiques, pas les ersatz !
Elisabeth – Bon ! Après Giscard, il y a eu… ?
Maman – Bokassa !
Elisabeth – Mais non, Maman, tu mélanges tout ! Ca c’était le Président de Centrafrique dont on dit a dit qu’il avait offert des diamants à Giscard. Non, après Giscard, c’était, Mi, Mi… ?
Maman (elle rit) – Michou !
Elisabeth – Concentre-toi, un peu ! Mitterand !
Maman – Ah, non ! Celui-là, je ne peux pas le voir, ce Machiavel !
Elisabeth – Peut-être, mais on l’a eu pendant 14 ans. Ensuite, le grand avec un long nez ?
Maman (elle rit) – Pinocchio !
Elisabeth – Ecoute, fais un effort ! Tu l’aimais bien celui-là parce qu’il raffolait de la tête de veau comme toi, tu le trouvais chaleureux parce qu’il serrait la main à tout le monde.
Maman – Non, je ne sais plus.
Elisabeth – Chirac !
Maman – Ah ! Il aimait la tête de veau ?
Elisabeth – Oui !
Maman – Alors ça devait être un bon Président.
Elisabeth – Et après Chirac ? Celui-là, tu ne peux pas l’oublier. Le petit agité qui semblait monter sur piles, il te faisait rire.
Maman – Bernard Tapie ?
Elisabeth – Non, lui il a fait une pub pour des piles, c’est vrai, mais je te parle du petit nerveux qui s’est marié pendant son mandat avec un mannequin, chanteuse.
Maman – Danielle Darrieux ?
Elisabeth – Mais non ! Danielle Darrieux n’a jamais été mariée avec un Président de la République, elle n’a jamais été mannequin, elle a peut-être chanté un peu, c’est tout !
Maman – Je ne sais pas !
Elisabeth – Sarkozy ! Nicolas Sarkozy !
Maman – Connais pas !
Elisabeth – Bon, et maintenant ? Celui qui a succédé à Sarkozy ? L’homme normal !
Maman – John Wayne ?
Elisabeth – Mais, non Maman ! Ça c’est « L’Homme Tranquille » c’est le titre d’un film de John Ford, et John Wayne, c’est un acteur !
Maman – Et alors ! Ronald Reagan aussi il est acteur, et il a été Président de la République !
Elisabeth – Bien ! Tu as quand même quelques souvenirs. Mais John Wayne et Ronald Reagan, ils sont américains, pas français !
Maman – Ah ! Peut-être !
Elisabeth – C’est pas peut-être, c’est sûr ! Non, le Président de la République actuel, c’est Hollande.
Maman (elle rit) – Mais Hollande, c’est un pays, ma chérie ! Tu débloques, toi aussi ! Ah bah ça me fait plaisir, il n’y a pas que moi !
Elisabeth – Hollande, c’est son nom, Maman ! François Hollande.
Maman – Ah oui, celui qui va voir sa maîtresse en scooter ?
Elisabeth – Oui, c’est ça, Maman.
Maman – Elle est très mignonne sa maîtresse. J’ai vu sa photo dans « Point de Vue ». On se demande ce qu’elle lui trouve.
Elisabeth – Le pouvoir rend beau, Maman ! Et le petit nouveau qui a succédé à Hollande ?
Maman – Ah celui-là, je sais ! Macro ! Celui qui a épousé sa Maman.
Elisabeth – Macron, Maman, Macron ! Et il n'a pas épousé sa maman, il a épousé une femme plus âgée que lui, c'est tout !
Maman – 24, ans de différence d'âge, je l'ai lu dans "Point de Vue".
Elisabeth – Si c'était lui qui avait eu 24 ans de plus, personne n'aurait trouvé à redire. Leur amour doit être fort en tout cas, après tous les sarcasmes qu'ils ont dû subir. Et puis l'amour n'a pas d'âge…
Maman – Les Français sont des veaux, c’est De Gaulle qui l’a dit. Mais où va-t-on ?
Elisabeth (pensive) – Ça, je me le demande…
Maman – Tu ne m’as toujours pas dit quel âge j’avais.
Elisabeth – 88 ans. Tu es de 36, Maman ! C’est facile à se rappeler, 1936, le Front Populaire, les congés payés.
Maman – Blum !
Elisabeth – Oui, bien maman, Léon Blum, exactement !
Maman – Je l’ai bien connu.
Elisabeth – Non, tu n’as pas pu connaître Léon Blum, il était Président du Conseil quand tu es née et il a dû mourir vers 1950, tu avais 15,16 ans. Tu dois confondre avec Mr Blumenthal, le professeur de violon qui était notre voisin, rue des Pyrénées.
Maman – Ah ! On a habité dans les Pyrénées ?
Elisabeth – Non, on habite Paris, on a toujours habité Paris, on est des Parigot, pure souche !
Maman (elle rit) – Parigot, tête de veau ! Oui Mr Blumenthal, je me rappelle maintenant, ses élèves nous cassaient les oreilles.
Elisabeth – Voilà ! Eh bien, c’était rue des Pyrénées dans le 20ème. On sonne à la porte. Ça y est, les voilà ! Et tu ne t’es pas changée, tant pis maintenant, reste comme ça, c’est trop tard.
Maman – Mais je suis très bien, moi, en robe de chambre et en pantoufles.
Elisabeth – Oui, mais c’est moi qui vais me faire engueuler par Philippe, tu sais comment il est. Je vais ouvrir.
Maman – Par qui ? Elisabeth ne répond pas. Margareth entre, c’est la benjamine de la famille.
Margareth – Bonjour sœurette, bonjour ma petite Maman.
Maman – Bonjour, ma chérie, tu es toujours la plus belle, toi !
Elisabeth – Bah oui, puisque c’est moi la plus moche !
Margareth – Oh, sois pas ridicule ! A sa mère. Au fait, ça te fait quel âge ?
Maman – 134 ans ! (Margareth la regarde interloquée). Oui, je suis de 90, comme De Gaulle.
Margareth – Ah bon !
Elisabeth (imitant Margareth) – Ah bon ! Mais tu es complètement abrutie, elle a 88 ans, elle est de 36, c’est quand même pas compliqué à se rappeler !
Margareth – Excuse-moi, t’énerve pas ! Oui, c’est vrai 36, le Front Populaire, les congés payés, Léon Blum.
Maman – Oui, je l’ai bien connu.
Margareth – Ah bon !
Elisabeth (l’imitant) – Ah bon ! Mais arrête de dire « Ah bon ! » tout le temps ! Elle n’a pas pu connaître Léon Blum, elle confond avec Mr Blumenthal !
Margareth – Ah bon !
Elisabeth (se rapprochant de Margareth) – Oh, mais tu as fumé, toi ?
Margareth – Oui, je me suis pris 2 joints avant de venir, ces réunions de famille, ça me rend toujours nerveuse, j’ai besoin de me détendre avant.
Elisabeth – Je te remercie ! Je ne savais pas que l’on t’imposait un calvaire. Mais tu sais, tu n’étais pas obligée de venir si c’est trop pénible pour toi.
Margareth – Non, mais ce n’est pas ce que je voulais dire, je vous adore, mais Philippe et toi, c’est toujours un peu tendu, reconnais-le !
Elisabeth – Avec toi aussi, non ? Il t’en a balancé des vertes et des pas mûres la dernière fois.
Margareth – Oui, mais moi ça me passe au-dessus.
Elisabeth – Bah voyons, quelques joints et tout baigne ! Si c’est comme ça que tu...