Le 20ème Convoi
Cette histoire est tirée de faits réels.
Youra et Choura sont deux frères juifs. La Belgique est envahie et les lois contre les Juifs se succèdent. Les premiers convois partent vers une destination inconnue à l’Est. Face à cette injustice, une idée folle naît : celle d’arrêter un convoi de déportés.
De l’idée, à sa mise en œuvre et jusqu’aux conséquences, c’est l’histoire de quelques héros qui décidèrent d’agir pour changer le cours de l’Histoire.
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Préambule
Un officier SS arrête un juif dans le public qui patiente avant l’ouverture de la salle.
Voix off. – L’histoire qui vous est présentée ce soir est tirée de faits réels. Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé est purement souhaité et ne peut pas être le fruit d’une pure coïncidence. Je le sais. J’en ai été le témoin !
Scène 1 - Les lettres
Rachel Livchitz vieille, puis Choura, puis Youra puis Youra, Jean, Robert, Jacqueline.
Juillet 1964 puis 1944 – Appartement de Rachel puis prison, puis bureau du CDJ. Elle prend un livre, laissant apparaître des lettres qu’elle regarde fixement, puis les prend.
Rachel. – Ces lettres, mes lettres, sont les choses les plus précieuses qu’il me reste au monde. Elles racontent, à elles seules, les cicatrices non refermées de ma vie ; la blessure la plus profonde que peut avoir une mère. Ces lettres m’accompagneront jusqu’à ma dernière respiration. Ce sont celles de mes 2 fils, Alexandre Livchitz surnommé Choura et de mon petit dernier Youra Livchitz. Choura a écrit cette lettre, il y a 20 ans, le 9 février 1944 en prison.
Choura([1]). – Saps([2]) ma chère mère, frérot, ma tendre Willy, mes amis, depuis deux heures, j’ai la certitude d’être exécuté demain à huit heures. Encore un tour de cadran par la petite aiguille et je serai enfin libre. Je suis calme, et quand on m’a lu la confirmation de ma condamnation ainsi que le rejet de mon recours en grâce, je n’ai pas bronché. Et je crois même que dans la chambre, où cette cérémonie a eu lieu, ces messieurs se sont sentis les vrais coupables… Je suis ému, mais moins que le jour où l’on est venu chercher Youra sans savoir que je n’allais plus le revoir. Je serai fusillé, c’est quand même plus beau que d’être pendu, mais j’irai au poteau la tête haute, sans regret, si ce n’est d’avoir causé
Rachel et Choura. – L’arrestation de personnes que j’ai aimées. J’ai la conscience tranquille
Rachel. – d’avoir essayé de faire de mon mieux pour lutter pour une vie meilleure… Demain, je passerai par la grande porte, on verra après… Willy, je crois que finalement je ne découvrirai jamais New York avec toi. Saps, Youra, Willy, prenez soin de vous. Je vous embrasse de tout mon cœur. (Au public) Ces lettres me replongent inexorablement au 247 avenue de Brugmann à Bruxelles, en 1943…
Scène 2 - Les Livchitz
Rachel, Youra, Choura.
11 avril 1943([3]), appartement de Rachel.
Rachel, chantant – J'ai deux amours.
Mon pays et Paris([4])
Par eux toujours
Mon cœur est ravi. (Youra surprend sa mère) Youra ! Un jour, tu feras sauter mon cœur.
Youra. – Saps, tu chantes toujours !
Rachel. – Je chantais, ne vous déplaise.
Youra. – Vous chantiez ? j'en suis fort aise : et bien ! dansez maintenant.
Rachel. – Tu es fou mon fils ! Mon fils est fou !
Youra. – En réalité, je suis juste heureux. Qui comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Rachel. – Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Youra. – Vivre avec sa daronne…
Rachel. – Youra !
Youra. – le reste de son âge ! Je sais que tu détestes que j’apporte ma touche personnelle aux textes originels.
Rachel. – « Vivre entre ses parents le reste de son âge ! » Ne pas respecter le texte originel, c’est ne pas rendre…
Youra. – Hommage aux auteurs de ces proses.
Rachel. – Je radote tant que ça ? Toi ! Si tu rentres seulement, c’est que Jacqueline était présente ?
Youra. – Comment es-tu au courant ?
Rachel. – Il n’y a qu’à voir tes yeux qui pétillent quand tu entends son nom.
Youra. – Tu serais une espionne parfaite.
Rachel. – Il est si doux de te voir rieur et rêveur.
Youra. – Toi aussi tu l’es non ?
Rachel. – Pour moi, les rêves se sont évanouis et les rires se sont tus.
Youra. – On rit toujours !
Rachel. – Ce n’est plus la même chose.
Youra. – On rêve toujours !
Rachel. – Ce n’est plus la même chose.
Youra. – Tu es bien sombre maman, cela te ressemble si peu.
Rachel. – J’ai peur pour vous deux, même si vous aimer c’est aussi l’accepter.
Youra. – Qu’est-ce qui te tourmente à ce point ?
Rachel. – Hier soir, deux amis de ton frère se sont faits arrêter.
Youra. – Par les SS ou la gestapo ? Maman, par les SS ou la gestapo ?
Rachel. – La gestapo.
Youra. – Bon sang, leur torture délie n’importe quelle langue !
Choura. – Vous en faites un boucan !
Youra. – Choura ! La gestapo va te chercher ! Il faut que tu te caches !
Choura. – Justement, je me planquais super bien dans le fond de mon paddock. Ça sent bon !
Youra. – C’est quoi cette histoire d’arrestation ?
Choura. – Des macaronis à la sauce tomate ! Hier, deux de mes amis avec qui j’ai attaqué le poste de police de Molenbeek([5]) se sont fait arrêter.
Youra. – S’ils te dénoncent ?
Rachel. – Choura m’a certifié qu’on ne connaît ni son vrai nom, ni notre adresse.
Youra. – J’espère…
On frappe à la porte.
Choura. – Tu attends quelqu’un ?
Rachel. – Ne bouge pas, ne te montre pas. Oui, oui, j’arrive. Je dois m’occuper du petit David. A tout à l’heure les enfants, je tâche de faire vite.
Scène 3 – Youra & Choura
Youra, Choura.
Appartement de Rachel.
Choura. – C’était quoi ça ?
Youra. – On confie à Saps des enfants juifs. Elle les prend en charge pour leur trouver de nouvelles familles belges, principalement à la campagne([6]).
Choura. – Comment sais-tu ça ?
Youra. – Je vis encore ici au cas où cela t’aurait échappé.
Choura. – Elle est incroyable !
Youra. – Ce que tu fais aussi Choura.
Choura. – Prendre les armes ne demande pas tant de courage.
Youra. – Que comptes-tu faire maintenant ?
Choura. – Je ne sais pas. Rester ici quelques jours et après je verrai. Et toi ?
Youra. – J’ai prévu de rencontrer le Comité de Défense des Juifs demain.
Choura. – A propos de ta théorie sur les convois ? (Youra fait signe que oui) Tu penses qu’ils te croiront ?
Youra. – Je ne sais pas. Je me dis que si j’ai réussi à te convaincre…
Choura. – Tu les vois à quelle heure ?
Youra. – A 18h dans les bureaux du CDJ.
Choura. – Je serai là mon frère. Avec toi.
Scène 4 – Le CDJ
Youra, Hertz, Yvonne, Mauritz.
Bureau du CDJ([7]), le 12 avril 1943.
Youra Livchitz écoute la radio russe. Il prend quelques notes sur un petit calepin qu’il sort de sa poche.
Youra. – Bonjour Yvonne, Hertz.
Hertz. – Youra. Tu as voulu rencontrer le comité de défense des Juifs, je me suis permis d’inviter un 3ième membre que je vais te présenter…
Youra. – Mauritz ! Comment va ta fille ?
Mauritz. – Bien, je te remercie.
Hertz. – Vous vous connaissez ?
Mauritz. – Youra a fait ses études de médecine avec ma fille.
Youra regarde par la fenêtre.
Yvonne. – Ça ne va pas ?
Youra. – Pardon. Choura devait m’accompagner et il n’est pas là.
Yvonne. – Il est certainement en retard.
Youra. – Choura est toujours ponctuel.
Yvonne. – Ne t’inquiète pas, son retard doit s’expliquer. Ils ont intensifié les contrôles ces derniers temps.
Hertz. – Cela ne te ressemble pas de nous demander un entretien formel.
Youra. – Je voulais une rencontre solennelle. Ce que j’ai à vous dire est de la plus haute importance.
Hertz. – De quoi s’agit-il ?
Youra. – Je ne sais pas par où commencer sans que vous ne me preniez pour un fou.
Yvonne. – Tu peux tout nous dire tu sais.
Mauritz. – On aime les choses directes.
Youra. – Pour faire bref, je pense que les Allemands sont en train de nous exterminer.
Mauritz, moqueur. – Ah oui, en effet c’est direct ! Mais, je ne comprends pas ce que tu veux dire.
Yvonne. – Qu’entends-tu...