Le coq ne chante plus

Dans un monde en ruine, entre faim, folie et fantômes du passé, Sigué et Manie tentent de survivre. Hantés par des souvenirs traumatiques et des secrets de famille, révélations et traditions ancestrales vont ébranler leurs certitudes et les confronter à un choix impossible : sombrer dans le désespoir ou se battre pour un avenir incertain. Une pièce bouleversante sur la mémoire, la filiation et la quête de sens.

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Personnages : deux rescapés, un homme et une femme, Sigué et Manie.

Lieu : Un endroit indéterminé, possiblement un champ ou un coin désert; les vestiges d’un village où il s’est passé quelque chose…

SCÈNE 1

SIGUÉ : Le coq ne chante plus.

MANIE : Il chantera encore.

SIGUÉ : Le coq ne chante plus !

MANIE : Il chantera encore !

SIGUÉ : À quoi nous sert un coq qui ne chante plus ?

MANIE : À féconder les poules qui nous feront des œufs.

SIGUÉ : Quelles poules ? Ils nous ont tout pris.

MANIE : Et bien nous en trouverons !

SIGUÉ : J’ai faim.

MANIE : Moi aussi Sigué !

SIGUÉ : Qu’allons-nous faire ? Nous n’avons plus rien.

MANIE : Il nous reste le coq.

SIGUÉ : Mangeons-le !

MANIE : Non.

SIGUÉ : Qu’est-ce qu’on va manger Manie ?

MANIE : Nous mangerons les œufs.

SIGUÉ : Tu es folle.

MANIE : Arrête de te plaindre. C’en est trop. Oui, nous n’avons plus rien, mais il nous reste le coq. Si tu le manges, que ferons-nous demain ?

SIGUÉ : Demain ? Encore faut-il que nous passions la nuit.

MANIE : Je te l’ai dit. Nous trouverons des poules et nous mangerons des œufs. Calme-toi. Laissons passer la nuit.

SIGUÉ : Sans le chant du coq, la nuit paraitra longue.

MANIE : Alors dansons jusqu’à l’aube !

SIGUÉ : Ventre affamé n’a point de pieds !

MANIE : (Rire) Ventre affamé n’a point d’oreilles ! Allé, viens !

SCÈNE 2

Sigué fixe le vide, les poings serrés, le front fermé. Manie, observatrice et inquiète rompt le silence.

MANIE : Qu'y a-t-il ? Sigué! Que regardes-tu ?

SIGUÉ : L’horizon.

MANIE : Ne laisse pas la folie te prendre, je n'ai plus que toi.

SIGUÉ : Ils sont arrivés par bateaux avec des fusils. Ils ont tiré à gauche puis sont allés à droite et ont fait feu ! Sur tout le monde ! Ordre de Sa Majesté le roi ! Pan pan pan !

MANIE : Arrête, tu me fais peur.

SIGUÉ : Pan à gauche, et puis pan pan et encore pan à droite !

MANIE : Arrête Sigué !

SIGUÉ : C’est eux qu’il fallait arrêter ! Ils ont tout ravagé. Et nos marabouts avec leurs cache-sexes n’ont rien vu venir.

MANIE : Tu es fou de dire ça !

SIGUÉ : Je n’ai pas peur d’eux. Ils prédisent l’avenir et n’ont rien vu venir.

MANIE : Ne refais pas l’histoire.

SIGUÉ : Je la refais si je veux. Mère serait encore en vie.

MANIE : Les autres aussi.

SIGUÉ : Je parle de ma mère.

MANIE : Sigué arrête de te tourmenter. Tu ne les feras pas revenir. Pas avec tes souvenirs.

SIGUÉ : Je les revois. Le vieux avec son odeur de tabac froid, la vieille qui sentait le citron.

MANIE : Grand-mère aussi sentait le citron.

SIGUÉ : Oui, c’est vrai. Je n’ai jamais su pourquoi…

MANIE : C’est un truc de filles ! Toutes les filles font leur toilette intime avec du citron ça enlève les mauvaises odeurs. Ma mère aussi faisait ça.

SIGUÉ : Dommage que la tante Berta n’ait pas été au courant ! Elle ne sentait pas vraiment le citron !

MANIE : T’es dur ! C’était la plus gentille des épouses de papa !

SIGUÉ : Bah, la gentillesse ne fait pas l’odeur. De toute façon, je n’en aimais aucune. Aucune n’était digne de lui. Aucune ne savait lui parler. Aucune d’elles n’avait ce truc…

MANIE : Aucune à part ta mère ?

SIGUÉ : Je n’ai pas dit ça.

MANIE : Ma mère était encore jeune quand il l’a prise pour femme. C’est elle qui me l’a dit. Sigué, où sont-ils tous passés ?

SIGUÉ : Tu l’as dit : ça ne les fera pas revenir.

MANIE : Je ne parle pas de grand-mère Sola. Ni de grand-père Jo. Je sais qu’ils ne reviendront pas. Je parle de tous les autres.

SIGUÉ : Je ne sais pas.

SCÈNE 3

Sigué est raide comme un piquet. Manie se crispe et tente de se réchauffer le corps frénétiquement avec ses mains.

MANIE : J’ai froid.

SIGUÉ : Et moi, j’ai faim.

MANIE : Essaie de dormir. Je vais faire le guet.

SIGUÉ : Toi le guet ? Je préfère passer une nuit blanche !

MANIE : Alors soit ! Bonne nuit.

SIGUÉ : Il m’avait dit trois pas à gauche puis deux pas à droite. Non, trois...

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