ACTE I
Scène 1 : Lætitia, Emmanuel
Emmanuel, l’employé communal fait le ménage de la mairie, il est dans le secrétariat de la mairie. Il a de la musique dans les oreilles et n’entend rien et chante.
Au bout de quelques secondes, la secrétaire entre.
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Lætitia : ( voyant Emmanuel) Ah ! Bonjour Emmanuel. Déjà au travail ? Vous m’avez l’air en forme ? ( Emmanuel ne répond pas) Emmanuel, je suis là. Ouh ouh !! Il finira sourd avec sa musique. ( elle lui éteint son aspirateur, Emmanuel se retourne)
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Emmanuel: ( cri de peur) Aaaaaahhhh ! Oh Mon Dieu. Mais ça va pas de me faire de ces peurs !!
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Lætitia : Excusez-moi Emmanuel, mais depuis le temps, vous devez savoir que j’arrive tous les matins à 8h30 pétantes. Je vous ai dit bonjour, ou plutôt, je vous ai crié bonjour mais vous n’entendez rien avec vos écouteurs.
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Emmanuel : Vous allez dire que c’est de ma faute ? Je n’ai pas le droit d’écouter de la musique quand je fais le ménage ? Je n’ai pas le droit d’écouter Christophe Maé ? Vous avez quelque chose contre Christophe Maé ?
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Lætitia : Je n’ai rien contre Christophe Maé. Je m’en fous carrément pour tout vous dire.
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Emmanuel : Et oui, évidemment. Tout le monde n’est pas fan de Patrick Bruel.
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Lætitia : Emmanuel , faites gaffe . Ne me parlez pas de Patrick. Je vois où vous voulez m’emmener mais pas aujourd’hui, je suis pas en jambe. Si on pouvait arrêter de s’engueuler tous les matins à cause de Christophe Maé, ce serait sympa.
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( le téléphone sonne)
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Lætitia : Allez, c’est parti. Ça commence de bon matin.( elle décroche) Mairie de Trécon sur vilaine, bonjour…..oui...non, monsieur le maire n’est pas là pour le moment, je peux lui laisser un message ?….Il y a un coq chez votre voisin qui vous réveille tous les matins ? Que voulez-vous que Monsieur le maire fasse ? Qu’il aille tuer le coq ? Mais bien sûr ! Et ben, je vais voir si je peux caler ça dans son agenda. Merci Monsieur. Bonne journée. ( elle raccroche) Quand c’est pas le chien, c’est le coq. Non, mais on rêve ! Ils n’ont qu’à aller vivre à la ville, les gens. Ils sont chiants.
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Emmanuel : ça !
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Lætitia : Bon . Un petit café ?
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Emmanuel : Oui, je veux bien.
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Lætitia : Je vous prépare ça. ( elle sort)
Scène 2 : Emmanuel, Eric
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Emmanuel : ( il s’assoit) Elle est sympa cette Lætitia. Bon, elle n’aime pas Christophe Maé, mais bon, personne n’est parfait.
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( le maire entre, tenue débraillée et une vaporette au bec)
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Eric : Ah ! Manuel ! En plein boulot à ce que je vois
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Emmanuel : ( rectifiant) Emmanuel !!
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Eric : Oui, je me trompe à chaque fois. Je m'y fais pas à ce prénom.
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Emmanuel : Et qu'est-ce qu'il a ce prénom ?
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Eric : C'est pour les bonnes femmes.
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Emmanuel : Et non, faut évoluer un peu. En plus, c'est un très joli prénom.
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Eric : C'est ça.
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Emmanuel : Bref. Bonjour Monsieur le maire ! ( il accentue bien le bonjour)
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Eric : Ouais...Lætitia est arrivée ?
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Emmanuel: Oui, comme tous les matins à 8h30.
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Eric : Bon, vous nettoyez bien les vitres de la porte d’entrée car là, ça fait vraiment dégueulasse, ça donne pas envie d’y entrer.
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Emmanuel : ( discrètement) Il vaut mieux des fois.
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Eric : Hein ?
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Emmanuel : Comptez sur moi.
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Eric : Ouais, j’espère bien. Je vais dans mon bureau. Vous évitez de faire du bruit.
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Emmanuel : Je vais passer l’aspirateur.
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Eric : Ok mais sans bruit.
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Emmanuel: ça va pas être facile .
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Eric : Vous dîtes ?
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Emmanuel: Pas de soucis.
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Eric : Bon. ( il sort)
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Emmanuel : Connard.
( Alexandre entre)
Scène 3 : Alexandre, Emmanuel
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Alexandre : ( qui a entendu Emmanuel) Sympa l’accueil , merci.
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Emmanuel : Oh non, Monsieur Bernard, je suis désolée, ce n’est pas à vous que je parlais. Je parlais à ...à ..
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Alexandre : A Monsieur le maire, je présume ?
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Emmanuel : Ben...euh..
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Alexandre : Ne vous en faites pas, je ne dirai rien. D’ailleurs, vous n’êtes pas le seul à le traiter de connard.
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Emmanuel : Ah bon ?
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Alexandre : Moi, par exemple.
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Emmanuel : Mais, vous êtes le 2ème adjoint.
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Alexandre : Et alors, ça enlève le droit de détester Monsieur le maire ?
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Emmanuel : Non, mais ça donne le devoir de le faire discrètement.
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Alexandre : Oui, pour le moment. Mais je me connais, je ne vais pas tenir longtemps. Un jour, ça va péter. Tenez, il me fout une réunion ce matin à 8h30. Pourquoi, je vous le demande ?
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Emmanuel : Ben oui, pourquoi ?
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Alexandre : Pour me faire suer, et je reste poli.
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Emmanuel : Ah oui ?
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Alexandre : Mais oui. Il sait que je bosse, que j’ai des rendez-vous , des clients qui m’attendent, mais non. Il m’oblige à venir à cette réunion à 8h30, une réunion selon lui, importante, mais qui ne servira à rien. Il va parler, sans savoir et comprendre ce qu’il raconte et puis, il sera content, car il aura l’impression d’avoir avancé sur un dossier. Je pourrai l’envoyer bouler et ne pas venir à cette réunion, me direz-vous ?
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Emmanuel : Oui, vous pourriez .
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Alexandre : Et oui, je sais. Mais je n’y arrive pas pour le moment. Car si je lui dis, même poliment, d’aller se faire voir, il me fera un salle coup dans le dos.
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Emmanuel : Comme quoi ?
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Alexandre : Une ordure dans son genre c’est capable de tout. Il pourrait m’enlever mes délégations comme il a fait avec la 3ème adjointe.
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Emmanuel: Mais il n’a pas le droit !!
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Alexandre : Détrompez-vous Emmanuel, il a tout les droits cette enflure. Vous savez, en politique, ce sont les plus salauds qui s’en sortent le mieux. Car les autres, les gentils, ils ont la trouille. Ils se taisent, ils restent calme, et puis, au bout d’un moment, ils abandonnent .Vous allez voir, ça pue les démissions à plein nez d’ici quelques semaines.
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Emmanuel : Moi, il serait capable de me virer ...il attend que ça, je le sais.
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Alexandre : Pourquoi vous dites ça ?
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Emmanuel : Il ne peut pas encadrer mon mari. Ou plutôt c’est mon mari qui ne peut pas l’encadrer. Mais qu'il fasse gaffe monsieur le maire, mon mari, c’est une baraque...120 kilos.
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Alexandre : Oui, il est vrai que Monsieur le maire a beaucoup de mal à communiquer avec tout le monde.
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Emmanuel : C’est le moins qu’on puisse dire. Déjà, dire Bonjour, ce serait le minimum.
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Alexandre : Je me trompe où nous sommes en train de dire du mal de monsieur de maire ?
( Lætitia entre)
Scène 4 : Lætitia , Alexandre, Emmanuel
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Lætitia : Quoi ? Vous dites du mal, je continue. On sait quand monsieur le maire débarque, ça pue sa vaporette dans toute la mairie.
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Emmanuel : Vous avez remarqué aussi ? Je ne supporte pas ça. On dirait une odeur de sourie crevée.
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( le téléphone sonne)
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Lætitia : ( elle décroche) Mairie de Trécon sur vilaine, bonjour. Oui, madame. Le compte rendu du conseil ? Non, il n’est pas affiché, je n’ai pas eu le temps de le finir depuis hier soir. Oui, madame, je fais au plus vite, une fois que les gens arrêteront d’appeler pour des bêtises. Bonne journée. Au plaisir. ( elle raccroche) Pffff . Elle me fait le coup à chaque conseil.
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Alexandre : Sinon, des dossiers pour moi ?
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Lætitia : Je fais le tri et vous donne tout ça tout à l’heure, après votre réunion.
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Alexandre : Merci Lætitia.
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Lætitia : Vous êtes au courant qu’il a fait des devis pour changer tous les bureaux, placards et ordinateurs, la machine à café, mettre des nouveaux rideaux, et mettre un paillasson avec écrit dessus « Bienvenue chez moi » ? ? ?
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Lætitia : Il va bien trouver à détourner quelques sommes par-ci par-là.
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Emmanuel : Par contre, je lui demande depuis des mois de changer l’aspirateur et queu dalle. Je peux crever, quoi.
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Lætitia : Vous avez déjà vu le maire passer l’aspirateur ?
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Emmanuel : Non !!
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Lætitia : Voilà ! Donc, vous pouvez toujours attendre avant qu’il le change. En gros, il s’en fout !
Scène 5 :Eric, Alexandre, Lætitia, Emmanuel
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Eric : ( voyant Alexandre) Ah, t’es arrivé ?
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Alexandre : Bonjour Eric, comment vas-tu ?
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Eric : Ouais...bon, on y va, j’ai du boulot.
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Alexandre : Mais je suis prêt, allons-y.
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Lætitia : Bonjour monsieur le maire . ( accentue le bonjour)
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Eric : Ouais. Lætitia, donnez-moi les dossiers sur le projet « commerce ».
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Alexandre : Le projet « commerce » ? Mais tu ne voulais pas me voir pour caler le dossier « voix cyclable » ?
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Eric : J’ai changé d’avis, y’a du nouveau pour le commerce.
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Alexandre : Ok, mais je ne sais pas si..
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Eric : Ouais, c’est ça, allez, on y va, j’ai pas que ça a foutre aujourd’hui. Y’en a qui bosse. ( il sort)
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Alexandre : Il pense que je me tourne les pouces en l’attendant ? Que j’ai pas un taf? Il commence à me courir sur le haricot, ce maire. Ça va péter, je vous jure que ça va péter !! ( il sort et rejoint Eric)
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Lætitia : Encore une bonne journée qui commence. Je sors mon carnet à connerie.
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Emmanuel : Qu’est-ce que c’est ?
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Lætitia : Je note dedans toutes les conneries que Monsieur le maire peut faire ou dire.
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Emmanuel : Y’en a tant que ça ?
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Lætitia : Vous n’imaginez pas, on pourrait en faire une pièce de théâtre.
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Emmanuel : Et ben, ça promet. Bon, je vous laisse, je vais préparer la cantine.
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Lætitia : Très bien. Bonne journée Emmanuel
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( Emmanuel sort par porte d'entrée)
Scène 6 :Géraldine, Laetitia, Olivier, Eric, Alexandre
( Géraldine entre , très énervée, on l'entend en coulisses)
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Géraldine : ( off) C'est quoi ces conneries, il va m'entendre !!!!
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Lætitia : ( au public) Ah, c'est Géraldine, la 1ère adjointe. Généralement, elle débarque 2 ou 3 fois par jour à la mairie pour s'engueuler avec Monsieur le maire...attention, je sors le stylo. ( prête à remplir son carnet)
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Géraldine : Bonjour Lætitia.
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Lætitia : Bonjour Géraldine, ça va pas, on dirait ?
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Géraldine : Monsieur le maire est un con. J'en peux plus.
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Lætitia : Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
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Géraldine : Il vient de m'envoyer un texto pour me dire qu'il m'attendait à la réunion de ce matin en mairie.
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Lætitia : Oui, et alors ?
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Géraldine : Je n'ai jamais été au courant de cette réunion.
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Lætitia : Je comprends.
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Géraldine : Il me pousse à bout. C'est quoi cette nouvelle lubie de faire des réunions à 8h30 du matin. Je bosse, moi, bordel, je bosse ! Lui, il s'en fout, il branle rien dans sa boîte, mais moi, j'ai une équipe qui compte sur moi, des patrons à qui je dois rendre des comptes, une famille à nourrir...bref ! ( elle fond en larmes) Je n'en peux plus, Lætitia, j'en peux plus.
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Lætitia : Je comprends.
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Géraldine : Arrêtez de dire « je comprends », ça m'énerve.
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Lætitia : Je comprends. ( regard noir de Géraldine) Excusez-moi. Je ne sais pas si je dois vous le dire maintenant, mais monsieur le maire a laissé un post it disant que vous aviez une réunion en visio hier soir et que vous n'avez finalement donné aucune nouvelle, du coup, il a géré tout seul la visio avec le conseil départemental.
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Géraldine : Quoi ? Mais de quoi il parle, il n'y a jamais eu de rendez-vous . Je l'ai appelé et laissé un message sur son répondeur pour caler un rendez-vous visio. Pas de retour de sa part, comme d'hab. Je l'ai appelé y'a 2 jours, pas de réponse. Je lui ai envoyé 2 sms lui demandant de me rappeler rapidement. Dans sa bonté, il m'a envoyé un message mercredi soir à 22h me disant qu'il préférait échanger via skype plutôt que par téléphone. Je lui ai donc...