Le Tunnel

Claude Sanquer, secrétaire d’Etat à la transition énergétique se rend à la demande du premier ministre, sur le chantier d’un futur site d’enfouissement de déchets nucléaires.
Il s’agit d’un segment du réseau de galeries ou seront testées les qualités de la roche ainsi que les protocoles de sécurité envisagés avant de recevoir les déchets radio actifs les plus virulents issus des centrales nucléaires.
Pour Claude, ces galeries, leur finalité, leur dimension anthropologique posent des problèmes ardus sur les plans : politique, écologique et existentiel.
Cette visite est pour elle une épreuve d’autant plus déstabilisante que Claude doit affronter le regard et les observations de son ex amant, député de la circonscription et surtout les questions d’une journaliste d’investigation particulièrement pénétrante.
Cette visite avec la perspective in fine, d’un face à face avec les opposants au projet s’avère, au fil du parcours une véritable épreuve de vérité pour Claude.

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Liste des personnages (5)

Claude Sanquer Homme • Adulte
Secrétaire d'Etat à la transition écologique. Cultivée, dynamique mais consciente de ses limites...et de celles du système planétaire auquel se heurte son volontarisme plus idéaliste que politique.
Nicolas Bosser Homme • Adulte
Député de la Circonscription. C'est un ami de Claude, son ex amant environ 45 ans. Plutôt carriériste et disposant d'une large capacité d'adaptation. Il a moins de scrupules que Claude pour "Collaborer" et soutenir le gouvernement dont son parti est proche.
Charles Guillot Homme • Adulte
C'est le maire de la commune du centre d'enfouissement. La soixantaine, il n'est pas particulièrement embarrassé par les questions métaphysiques...
Audrey Gallois Femme • Adulte
Journaliste d'investigation. Ne se départit jamais d'un sens de l'objectivité mais pour autant son empathie pour les personnages d'une grande sincérité tels que Claude ne cherche pas à se dissimuler.
René Pagès Homme • Adulte
C'est le Directeur de l'ANRA la cinquantaine, ingénieur et gestionnaire avisé.Aux graves questions posées par le système il s'efforce de répondre avec justesse à partir de la confiance qu'il nourrit dans les prouesses de la technologie. Personnage sympathique et rassurant.

Décor (1)

Le tunnel La scène se déroule dans un souterrain profond dans lequel seront entreposés les déchets nucléaires.

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Nicolas : ( empressé)

Tiens, on va souffler un peu…assieds toi.

 

Claude: ( agacée par son handicap)

Mais ca va, ca va…Une petite douleur au genou…

Ca va passer.

 

Nicolas : ( légèrement moqueur)

Tu as fait des folies de ton corps ou quoi ?

 

Claude : ( doublement agacée)

Même pas…

 

Nicolas :

Tu devrais te reposer un peu…A la télé on te voit partout…

Tu cherches quoi ?

 

Claude : ( riant nerveusement en se massant doucement le genou.)

Ce que je cherche ? Tu me fais rire…

 

Nicolas : ( S’est levé et fait quelques pas en observant le décor)

…Pour toi qui aime la mer, c’est sûr que c’est pas la plage de Bénodet ici !

…Mais, si on excepte la mer elle-même, et avec un rien d’imagination, qu’est-ce qui manque pour que ça ressemble à la mer ?

 

Claude : ( se détendant légèrement)

Ah ! Si tu transportes la langue de bois en poésie…ça ouvre des horizons !

 

Nicolas :

…Les bateaux oui, il manque les bateaux !

( Un temps)

Mais c’est vrai qu’il doit exister des lieux de plaisance plus exaltants à inaugurer…

 

Claude:

Tu sais, les cérémonies, quand c’est un peu ronflant, çà l’est déjà presque trop !

 

Nicolas :

Tu as raison…Là au moins, on est à l’abri de ce risque.

Et puis ça permet de nous retrouver.

 

Claude : ( rire nerveux)

Je me méfie un peu de nos rencontres.

Elles sont pas sans risques non plus !

 

Nicolas : ( souriant, séducteur)

Tu n’as pas toujours dit ça !

 

Claude : ( plus sévère)

Oh, s’il te plaît, je sais que tu es du genre masculin « plus »…Inutile de le démontrer.

 

Nicolas : ( l’interrompant d’un geste)

…Je crois qu’on a de la visite.

 

(Arrivée de Charles, le maire et de René le directeur de l’ANRA.

Charles, un peu essoufflé, jovial non sans une certaine affectation, un peu cérémonieux, empressé, flatteur… Claude s’est relevée et tâche d’oublier et de faire oublier ses douleurs.)

 

Charles : ( à Nicolas)

Ah, je vois que vous évoluez dans ces galeries comme un poisson dans l’eau mon cher député… c’est parfait.

 

Nicolas : ( Sur le ton de la plaisanterie)

Ces galeries ont quelque chose de plus labyrinthique qu’ aquatique…mais nous nous sommes déjà habitués.

 

Charles :

Parfait.

Pardonnez-nous ce léger retard dû à quelques troublions que ce chantier semble contrarier un peu au-delà du raisonnable.

( tendant la main à Claude) Mais je me présente : Charles Guillot maire de cette commune et voici monsieur Pagès directeur de l’ ANDRA – L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs comme vous le savez.

(Echange de poignées de mains puis avec une certaine emphase)

Je suis évidemment très heureux de vous accueillir et de l’honneur que vous nous faites madame, par cette visite qui va vous permettre de découvrir l’état d’avancement d’un chantier exemplaire ayant vocation, par sa  gestion innovante de hisser la France à la pointe du progrès en matière de traitement des résidus énergétiques.

Avant de laisser la responsabilité à monsieur Pagès de nous ramener  sur terre ou plutôt sous terre, permettez-moi au nom de toute notre communauté de remercier très chaleureusement  à travers vous le gouvernement qui a su inscrire son action dans la continuité de ses prédécesseurs et tout particulièrement de prêter une oreille attentive à notre commune  et à l’avenir de ses citoyens…

Un pays destiné à se faire désormais un nom dans l’histoire.

 

Claude:

Je vous remercie monsieur le maire.

 

Nicolas : ( s’adressant à René Pagès)

Soyez gentil monsieur  de nous expliquer en termes simples ou nous sommes et ce que sera dans le futur cette galerie.

 

René :

Bien volontiers.

Vous êtes passés par le bâtiment accessible au public et ou nous nous efforçons de communiquer le plus clairement et le plus agréablement possible sur ce chantier.

J’espère que vous avez pris le temps de voir la scénographie et qu’elle vous a permis d’avoir un bon aperçu tant technique qu’historique de ce qui se passe ici.

 

Nicolas :

Oui. La présentation, les explications, les technologies utilisées pour visualiser, faire comprendre, tout est remarquable.

 

René :

Bien.

Pour répondre à votre question, nous nous trouvons ici à 490 mètres sous la surface du sol, au cœur d’une couche d’argilites, mélange d’argile et de quartz du Callovo-Oxfordien jurassique de plus de 100 mètres d’épaisseur possédant à priori les caractéristiques physico-chimiques permettant de limiter la migration des radionucléides.

 

Claude :

A priori ?

 

René :

Cette galerie est en fait le laboratoire de recherche souterrain dont l’objet est précisément de déterminer si, concrètement cette fois, les caractéristiques de la couche sont cohérentes avec les objectifs de sûreté d’un centre de stockage ou d’enfouissement si vous préférez…

Dans le futur, si les résultats des recherches approfondies sont satisfaisants, cette galerie fera partie du réseau souterrain ou seront entreposés de façon réversible les paquets vitrifiés de déchets radioactifs de haute activité et à vie longue…

 

Nicolas :

Entreposés combien de temps,

 

René :

Dans un premier temps environ une centaine d’années puis, si rien ne semble s’y opposer aux yeux  des générations qui viennent, de façon définitive.

 

Claude: ( Avec une pointe d’ironie…ou d’auto dérision)

C’est ce qu’on appelle la gestion durable de nos… déjections ?

 

Charles : ( gros rire vite étouffé)

Ah ah ah !!!

 

Nicolas : ( souriant légèrement)

C’est de l’humour ?

 

Claude :

Pas le moins du monde…pourquoi ?

 

René :

Sur le plan des idées, Madame la secrétaire d’Etat n’a pas tors…je ne vois pas en effet de qualification plus réaliste.

 

Nicolas :

Je crains tout de même que les états d’âme soient un peu courts face à la virulence des déchets radioactifs à vie longue…

 

Claude :

C’est un combat inégal c’est vrai et…très, trop tardif, mais c’est peut-être le seul qui restera possible un jour…Mais passons.…

( toujours avec une pointe d’ironie un peu acide)

Mon arrière grand-mère étant originaire de cette commune, toute ma famille est sensible à l’honneur qui lui est fait de la distinguer parmi les 36000 que compte ce beau pays…Mais je crois savoir que d’autres communes ont pu un moment et pour une partie de leur population espérer pouvoir jouir de ce privilège…

Sur quels critères a-t-on finalement ôté cet espoir aux dernières candidates ?

 

René :

Cet espoir…ou cette chance, pour rester sur votre registre…

Les études ont porté essentiellement sur la migration des radionucléides à l’intérieur des différents types de roche.

Sur ce plan la roche la plus performante s’est avéré être les argilites devant le granite.

Un certain nombre de sites ont donc été pressentis en fonction de ce donné puis en 1994 trois d’entre eux ont été retenus pour étude poussée, Marcoule dans le Gard, site argileux, un site granitique dans la Vienne et le site ou nous trouvons ici entre Meuse et Haute Marne finalement choisi en 1998 en vertu de ses caractéristiques plus favorables.

 

Claude.

OK.

J’entends tout de même dans vos explications un certain nombre d’incertitudes quant à la fiabilité dans la durée de ce projet de confinement.

 

René :

En matière technologique le risque zéro n’existe pas Madame…

 

Nicolas :

Comment en effet pourrait-on le garantir à échéance de plusieurs millénaires ou davantage.

 

Claude :

J’aimerais tout de même que vous me disiez ce qui selon vous manque à ce site pour être, je vais être compréhensive, pour être raisonnablement satisfaisant ?

 

René : (léger rire...

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