SOPHIE SCHOLL ET LA ROSE BLANCHE

Le dernier tract

 

 

Par

Didier Chauvet

 

 

Pièce de théâtre (drame historique) : 1 acte et épilogue

Durée approximative : 1 heure

 

 

 

Résumé : La veille de la distribution de leur dernier tract, les membres de la Rose Blanche se retrouvent pour partager convictions, doutes et courage. À travers leurs échanges sur la liberté, la littérature et la résistance, la pièce explore l’intime de leur engagement extraordinaire face à l’oppression, où chaque mot devient un acte de lutte et d’espoir.

 

 

 

 

 

Coordonnées de l’auteur :

Didier Chauvet : d.chauvet1@yahoo.fr

 

PERSONNAGES

 

SOPHIE SCHOLL, 21 ans – Étudiante en biologie et philosophie, membre active de la Rose Blanche.

 

HANS SCHOLL, 24 ans – Étudiant en médecine, figure centrale du mouvement, frère de Sophie.

 

CHRISTOPH PROBST, 23 ans – Étudiant en médecine, père de famille, membre du groupe.

 

ALEXANDER SCHMORELL, 25 ans – Étudiant en médecine, cofondateur du mouvement.

 

WILLI GRAF, 24 ans – Étudiant en médecine, membre du groupe.

 

TRAUTE LAFRENZ, 24 ans – Étudiante en médecine, membre du groupe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Acte I

Munich, le 17 février 1943 — le soir

Une salle de l’atelier de l’architecte Manfred Eickemeyer.

Sophie Scholl et son frère Hans attendent l’arrivée de leurs amis, membres comme eux de la Rose Blanche.

Des tracts fraichement imprimés sont posés sur une longue table à côté de journaux, de livres, d’une radio et d’une carafe d’eau entourée de quelques verres. Plusieurs chaises disparates sont installées à côté de la table.

Sophie et Hans Scholl sont seuls dans la pièce. Ils sont debout de chaque côté de la table. Ils ont chacun un exemplaire de l’ultime tract entre les mains.

SOPHIE. Je crois, Hans, que notre tract va beaucoup plaire au docteur Goebbels. Lui qui aime tant les textes profonds, ça va l’enchanter.

HANS. Oui, Sophie ! Il va faire un discours demain soir au Palais des sports de Berlin. Ça va encore être du grand spectacle !

SOPHIE. Ça va être retransmis à la radio. Des millions d’auditeurs.

HANS. Oui. Il va parler de Stalingrad.

SOPHIE. En invoquant l’héroïsme alors qu’il s’agit surtout d’horreur. Une horreur dont ils sont tous responsables au gouvernement… Le professeur Huber a parfaitement su écrire ce que nous voulons exprimer. Ce tract est parfait.

HANS. Oui, le texte est fort, percutant.

SOPHIE. (Hésitante) Tu sais, Hans…

HANS. Qu’y a-t-il ?

SOPHIE. J’ai repensé à notre dernière conversation avec le professeur Huber.
Il avait ce regard… calme, presque triste, mais d’une clarté incroyable. Comme s’il voyait plus loin que nous.

HANS. Oui. Il savait ce que cela nous coûterait. Mais il ne nous a pas retenus. Il a seulement    dit : « L’esprit doit parler, même quand la bouche tremble. » Je crois que c’est la phrase la plus courageuse que j’aie jamais entendue.

SOPHIE. Il m’impressionne. Il n’élève jamais la voix, et pourtant, quand il parle, tout s’arrête autour de lui. Il a cette autorité qui ne vient pas du pouvoir, mais de la vérité.
Un vrai professeur, pas seulement d’université… un professeur d’âme.

HANS. (Il sourit légèrement) Tu as raison. Et dire qu’il aurait pu se taire, continuer à enseigner tranquillement, écrire des articles neutres, parler de philosophie sans déranger personne… Mais il a choisi de penser jusqu’au bout. Et penser, dans ce pays, c’est déjà un crime.

SOPHIE. Tu te souviens, quand il a dit que la liberté n’est pas une invention de l’Occident, mais une condition du cœur humain ? J’ai compris ce jour-là que notre combat n’était pas seulement politique. C’est pour cela qu’il a accepté de relire nos tracts : pas comme un militant, mais comme un homme libre.

HANS. Oui. Et quand il a ajouté sa voix à la nôtre, c’est tout le poids de la raison qui s’est joint à notre jeunesse. Il a donné au mot « résistance » une dignité que nous seuls n’aurions pas eue.

SOPHIE. Il a hésité à rejoindre notre action au début, non pas par peur, par lâcheté ou désintérêt, mais parce qu’il ne croyait pas en sa réelle efficacité. J’ai compris ça avec le temps. Il pensait que nos tracts passeraient trop inaperçus, un coup d’épée dans l’eau. Mais il a vu qu’ils étaient solides et nous suffisamment actifs pour leur donner un écho. Lorsqu’il s’est rendu compte que la ville avait été secouée par leur lecture, que la Gestapo les prenait au sérieux, il a estimé que c’était finalement assez solide.

HANS. Il a su saisir l’impact que nous avions réussi à déclencher, oui, c’est pour ça qu’il est revenu vers nous.

SOPHIE. (Pensivement) Tu crois qu’il ne regrette pas de s’être engagé avec nous ?
Il a une famille… des enfants.

HANS. (Avec gravité) Je crois qu’il a fait son choix depuis longtemps. Chez un homme comme lui, la conscience parle plus fort que la peur. Et puis… il sait que son enseignement n’aurait eu aucun sens s’il s’était tu maintenant.

Un silence. Sophie fixe la pile de tracts sur la table.

SOPHIE. C’est étrange, tu vois… J’ai toujours cru que les maîtres étaient là pour nous apprendre à vivre. Mais lui, il nous apprend peut-être à mourir sans trahir ce qu’on est.

HANS. (Avec douceur) Non, Sophie. Il nous apprend à vivre pour de vrai, même au seuil de la mort.

Ils se regardent longuement. Alexander Schmorell et Willy Graf entrent dans la pièce. Ils embrassent Sophie et serrent la main de Hans puis ils s’assoient. Sophie et Hans restent debout.

ALEXANDER. (Désignant les tracts et saisissant un exemplaire). C’est le tract du professeur ?

SOPHIE. Oui, Alexander.

Willy prend un tract à son tour.

WILLY. Combien d’exemplaires ont été imprimés ?

HANS. (Il sourit) Un peu plus de deux mille mon cher Willy…

ALEXANDER. Ça me donne des frissons.

Traute Lafrenz et Christoph Probst entrent un peu précipitamment dans la pièce.

TRAUTE. (Essoufflée) Vous n’imaginez pas ce que j’ai vu tout à l’heure à l’université. Le grand amphithéâtre était plein. Des drapeaux, des brassards, des cris. Des étudiants nazis distribuaient des tracts pour annoncer le grand discours de Goebbels demain soir, à Berlin. Ils disaient : « Enfin, le ministre va parler vrai ! L’Allemagne se relève ! » C’était un délire.

CHRISTOPH. Ils appellent ça « le réveil du peuple ». Ils promettent que Goebbels va « rallumer la flamme » après Stalingrad. J’ai même entendu un professeur crier : « Nous devons nous battre jusqu’à la dernière goutte de...

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