Sur scène, une table, un repas et 4 convives :

Monsieur, Madame

Léa et Léo ou Léo et Léa

 

Un temps.

 

Ils mangent.

 

Madame à Léo

Vous êtes plutôt pour ou contre ?

 

Léo

Je suis plutôt pour et parfois contre.

 

Madame

Moi, c’est le contraire.

 

Un temps

 

Madame

Vous avez un vélo ?

 

Léo

Non.

 

Un temps

 

Madame

Moi, avant j’étais plus jeune. Enfin, c’est ce qu’on dit.

 

Léo

Si on le dit, c’est que ce doit être vrai.

 

Madame

Ou faux…Comment savoir ?

 

Un temps

 

Madame

Vous avez un cancer ?

 

Léo

Non, je ne crois pas.

 

Un temps

 

Madame

Je suis assez douée pour les imitations en tout genre. Si vous voulez, je peux  imiter un tournevis ?

 

Léo

Pourquoi pas.

 

Elle imite un tournevis.

 

Madame

Ca demande beaucoup d’entraînement.

 

Léo

J’imagine.

 

Un temps

 

Madame

Vous avez un ouvre-boite ?

 

Léo

Oui

 

Un temps

 

Madame

Vous me voyez ?

 

Léo

Oui

 

Madame

Vous avez une bonne vue.

 

Léo

Merci

 

Un temps

 

Madame

Vous avez un boomerang ?

 

Léo

Non

 

Madame

Pas de vélo, pas de boomerang. C’est étrange.

 

Léo

L’important, ce sont les pieds.

 

Madame

C’est bien vrai.

 

Un temps

 

Madame

Vous avez une fiancée ?

 

Léo

Oui. Votre fille.

 

Madame

C’est donc vous !

 

Léa

C’est donc lui.

 

Madame et Monsieur

Ah !

 

Un temps

 

Monsieur

Très bonne cette macédoine.

 

Madame

Oui, c’est une bonne macédoine, n’est ce pas chéri ?

 

Monsieur

Ah oui, très bonne.

 

Léa

C’est vrai qu’elle est bonne, cette macédoine.

 

Léo

Oui vraiment, une bonne macédoine.

 

Monsieur

Je dirai même très bonne en anglais dans le texte.

 

Léa

Je crois que je n’ai jamais mangé une si bonne macédoine.

 

Léo

Pareillement. Mais qu’est ce que c’est au juste ?

 

Madame

Une macédoine.

 

Léo

Ah ? C’est délicieux.

 

Léa

J’allais le dire.

 

Monsieur

Moi aussi.  D’ailleurs, je le dis :  elle est vraiment délicieuse cette macédoine.

 

Madame

J’ai hésité. Tout le monde n’apprécie pas la macédoine. En général, les carottes râpées passent mieux surtout que que me. Moi, je n’ai jamais aimé me faire sodomiser, n’est ce pas chéri ?

 

Monsieur

Je confirme, c’est presque phobique chez toi. Alors que moi, j’en raffole. D’ailleurs, jeune homme entre la macédoine et l’osso bucco, que diriez-vous de m’emmancher un bon coup ? En toute amitié, bien entendu.

Madame

Quelle bonne idée ! Nous pourrions en profiter avec Léa pour papoter entre filles comme autrefois avant moins le quart.

 

Léa

Allez mon amour, ne te fais pas prier.

 

Léo

Je finis mon assiette et je suis en vous monsieur.

 

Monsieur

Parfait, je vous attends à la bibliothèque.

 

Il sort.

 

Léo

Très bonne cette macédoine.

 

Léa

C’est vrai qu’elle est bonne.

 

Léo

Moi, je la trouve vraiment bonne. Et toi ma chérie ?

 

Léa

Exquise. Et toi ? Tu ne dis rien.

 

Léo

Un vrai délice.

 

Madame

Vous allez me faire rougir, ce n’est qu’une macédoine après tout. Il ne faut pas beurrer l’oignon quand il est mou surtout comment. Excusez-moi Léo, j’ai oublié votre prénom ?

 

Léo

Léo mais tout le monde m’appelle Léo.

 

Madame

Ecoutez, Léo,  ne faites pas attendre mon mari, il va s’impatienter et lorsqu’il s’impatiente, il devient cheuteupe, vraiment cheuteupe.

 

Léa

Elle a raison, il n’y a pas plus cheuteupe que lui lorsqu’il s’impatiente. C’est au bout du couloir.

 

Léo se levant

Oh j’ai eu si peur, je pensais avoir oublié mes jambes. Si chemin faisant, je croise quelques iris, je t’en rapporterai un bouquet.

 

Léa

Oh non pas de bouquet ! Rien que des iris, darling.

 

Madame

Et pour moi quelques sardines.

 

Léo

J’avons pas quoi ou pourquoi quoi qu’est dit ?

 

Madame rire de convention

Oh ! Oh ! Oh

 

Léo sort.

 

Madame

Le voilà enfin parti. Léa, peux-tu me dire qui est ce jeune homme si discourtois ?

 

Léa

Léo, mon fiancé.

 

Madame

Tu aurais pu me le présenter, vilaine cachotière !

 

Léa

Mais je le connais à peine et tu ne m’en as pas laissé le temps.J’a pas la main verte, je te rappelle.

 

Madame

Imagine ma confusion, un jeune inconnu à notre table. J’ai cru me sentir mal.

 

Léa

Désolé, maman, je pensais que…

 

Madame

Non, n’en dis pas pas plus, tout cela est suffisamment cococoque. Tu ne termines pas ton assiette?

 

Léa

Non, la macédoine, ce n’est pas mon truc.

 

Madame

Je voulais faire des friands à la saucisse mais impossible de trouver des saucisses encore moins des friands et puis je n’ai pas que ça à foutre, bordel de merde ! En parlant de ça, ton Léo a l’air charmant. Ton père semble l’apprécier. Que font ses parents ?

 

Léa

Ils sont morts. Un accident de voiture.

 

Madame

Oh c’est terrible !  Je ne pleure pas mais c’est tout comme. On devrait interdire les accidents ! J’espère au moins qu’ils lui ont laissé quelques biens ?

 

Léa

Une collection de bottes en caoutchouc, c’est tout. Son père était haltérophile.

 

Madame

Un brave homme, si délicat et si poilu. Oh le pauvre garçon ! Si jeune et déjà orphelin. Je serai une mère pour lui. Tu me passes l’assiette de ton père ?

 

Léa

Maman, je peux te confier quelque chose ?

 

Madame

Bien sûr, ma chérie. Je suis ta mère, tu peux tout me dire sauf miko mika et miki miki.

 

Léa

Rassure-toi, je ne comptais pas raviver cette blessure qui je le sais te tourmente nuit et jour. Je voulais juste partager avec toi un moment d’égarement, une évasion furtive. Tu vois, je me promène parfois mais juste un moment alors en disant cela. La fille de Mme Green est revenue mais je n’ai pas voulu refermer la fenêtre de la chambre sans compter que nous ne reverrons jamais le printemps dernier à moins qu’ils augmentent le prix du parking.

 

Madame

Mais c’est formidable, il faut absolument l’annoncer à ton père.

 

Léa

Non, pas maintenant. C’est trop tôt, il pourrait mal le prendre.

 

Madame

Tu as raison. Je vais chercher la suite.

 

Léa

Tu ne veux pas que je t’aide ?

 

Madame

Non. A ton âge, on doit se reposer. Et puis, je voudrais me retrouver seule un instant.Ta compagnie me pèse. Tu m’emmerdes. J’ai besoin de faire un break ou du moins un steak…un steakyky…Oh je mouille !

 

Léa

Je comprends.

 

Madame

Non, tu ne comprends pas! Tu n’as jamais rien compris d’ailleurs ! Jamais rien !!! Si tu étais morte toi aussi, j'aurais pu vivre !

 

Elle sort en larmes.

Léa prend son téléphone.

 

Léa

Allo ! C’est moi. Je ne pouvais pas, impossible d’être seule dans cette maison…Moi aussi, tu me manques…Je ne pense qu’à toi, je ne vois que toi, je ne suis qu’en toi...Non, c’est pas possible…Parle-moi encore, j’ai besoin de caresses…Parle-moi partout…Partout…Laisse descendre tes mots le long de mon dos…le long de mes reins….Oui parfait, juste là et dis-moi tes lèvres maintenant…Oui voilà, tes lèvres...Non pas celles- ci, toutes les autres, je veux toutes tes lèvres...

 

Madame revient avec un plat. Léa raccroche.

 

Madame

A qui parlais-tu ?

 

Léa

Un passant qui cherchait sa route.

 

Madame

Tu ne devrais pas parler aux inconnus, on finit par les connaître…Lui passe le plat Attention, c’est chaud. Ils n’en ont pas encore fini ?

 

Léa

Non. La première fois, c’est toujours délicat.

 

Madame

S’ils tardent de trop, j’irai les  kerker. L’Osso Bucco se mange chaud voire brûlant. Il faut que je te raconte : je rentre dans la cuisine, je dépose les assiettes sales sur la paillasse et là, j’aperçois par la fenêtre Nancy Boodoo.

 

Léa

Nancy Boodoo ?

 

 

Madame

Nancy Boodoo, tu ne te souviens pas de Nancy Boodoo?

 

Léa

Non, ce nom ne me dit rien.

 

Madame

C’est saisissant. Dans le quartier, tout le monde l’appelait Nancy Boodoo. Elle tenait la boulangerie au coin de la rue qu’est bien. Avec ton frère, je vous emmenais tous les jeudis acheter quelques bonbons pour vous récompenser d'avoir vécu une semaine de plus.

Léa

Avec mon frère ?

 

Madame

Oui parfaitement,  avec ton frère…Quel gourmand celui-là !

 

Léa

Mais maman, je n’ai pas de frère.

 

Madame

Qu'est ce que tu racontes? Bien sûr que tu as un frère. Il est chirurgien dentiste dans l’Ohio, coiffeur pour dame à ses heures perdues.

 

Léa

Tu ne m’en avais jamais parlé.

 

Madame

Mais enfin Léa, il a partagé ta vie jusqu’à l’âge de 8 ans. Vous étiez inséparables. Tu ne peux pas l’avoir déjà oublié.

 

Léa

Maman, je t’assure que je n’ai jamais vu ce frère. Je m’en souviendrais tout de même.

 

Madame

Helmut. Tu l’appelais Moumoute. Il avait un cheveu sur la langue. Nous l’avons abandonné sur une aire d’autoroute, l’année de ton appendicite.

 

Léa

Non vraiment, je n’ai aucun souvenir. Et tu es sûre que je suis sa sœur.

 

Madame

Mais enfin Léa, je n’ai jamais dit que tu étais sa sœur. Je te dis qu’Helmut est ton frère, rien d’autre. Il faut toujours que tu pinoses, que tu ondules ! C’est harassant ! A cause de toi, je palpite des lobes.

 

Léa

Excuse-moi maman, je ne sais pas ce qui m’a pris.

 

Madame

Tu es toute pardonnée…Et puis, je ne vois ce que ton frère vient...

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Connectez-vous pour lire la fin de ce texte gratuitement.



error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut