I.
John est assis sur un rocher. Il pêche.
Jeanne allongée, patauge au ras du sable.
JEANNE. – Bonsoir.
JOHN. – Bonsoir.
Silence.
JEANNE. – Vous avez vu le chat, là-bas ?
JOHN. – Où ça ?
JEANNE. – Là-haut. Regardez comme il est digne.
Silence.
JEANNE. – Bon, j’imagine que vous ne pouvez pas trop regarder, il faut se concentrer pour pêcher, non ?
JOHN. – Oui.
Un temps.
JEANNE. – Ouais.
La terre tremble.
JEANNE. – Oulala.
JOHN. – Ah ouais vous l’avez dit. Tremblement de terre.
JEANNE. – Ça arrive souvent, par chez vous ?
JOHN. – Je suis pas du coin.
JEANNE. – Non non mais même, vous connaissez un peu ?
JOHN. – Oui, ça arrive parfois. Mais on s’en remet.
JEANNE. (inspirant) – D’un coup j’ai froid, moi.
John arrête de pêcher.
Jeanne sort de l’eau, va jusqu’à sa serviette et se sèche.
John sort son portable.
JEANNE. – Le tuyau là-bas, il est relié aux égoûts ?
JOHN. – Il me semble, oui. Enfin, je vois pas ce que ça peut être d’autre.
Jeanne a un petit rire gêné.
JOHN. – Pourquoi vous riez ?
JEANNE. – Oh, non, mais vous avez sûrement raison. Loin de moi l’idée de ne pas trop vous croire.
JOHN. – Pas trop ?
JEANNE. – Attendez, je reviens.
Elle attrape son sac et se cache derrière un rocher. John met une musique avec son portable et regarde la baie.
Jeanne revient. Elle porte un kimono noir et une perruque grise. Elle s’installe sur sa serviette. John finit par tourner la tête.
JOHN. – Oh my god !
JEANNE. – Quoi ?
JOHN. – Vous parlez anglais ?
JEANNE. – Non, non, juste quelques mots mais pas beaucoup plus. Ouais.
JOHN. – You’re kidding.
JEANNE. – Pardon ?
John se tait.
JEANNE. – Vous n’auriez pas vu traîner une épée quelque part ?
John se tait à nouveau.
JEANNE – Non parce qu’elle était sur la plage avant que j’aille me baigner donc bon, j’aimerais bien la retrouver. Etant donné qu’il n’y a que nous par ici, j’imagine que vous me l’avez volé, lorsque je suis allé me changer.
Silence.
JEANNE. – Vous n’allez tout de même pas envisager l’idée selon laquelle, euh, que ce soit ce chat qui me l’ait volé ?
Elle lève la tête.
JEANNE. – D’ailleurs, il n’est pas là. Ah !
John éteint sa musique et rassemble ses affaires.
JEANNE. – Ah non non non.
Elle s’approche du rocher, pieds nus.
JEANNE. – Aie, coquillages.
JOHN. – Vous faites quoi, là ?
JEANNE. – Je viens récupérer mon épée.
JOHN. – Mais je l’ai pas, moi, votre putain d’épée !
JEANNE. – C’est ce qu’on va voir, montrez-moi immédiatement le contenu de votre sac.
Il le fait. Il n’y a pas d’épée.
Silence.
JEANNE. – Ouais.
JOHN. – Ben ouais comme vous dîtes. Bon. Vous allez me laisser gentillement partir. Vous commencez à m’inquiéter.
Jeanne se tait. Elle retourne s’assoir sur sa serviette. Elle pleure.
JOHN. – Faut pas vous mettre dans un état pareil, madame.
Elle continue à pleurer. Timidement.
John sort une bière de son sac et la lui tend. Elle l’attrape très vite.
JEANNE. – Merci.
Elle sort un briquet de sous son kimono et décapsule la bouteille.
JEANNE. – Vous n’en buvez pas une ?
JOHN. – Bon, allez.
Il s’assoit à côté d’elle et sort une bière de son propre sac. Jeanne lui passe le briquet. John ouvre la bouteille et rend le briquet.
JEANNE. – Merci.
JOHN. – De rien.
Elle range le briquet sous son kimono.
JEANNE. – J’ai entendu dire qu’il y avait un grand gala déguisé sur l’île Tristan. J’ai décidé de venir avec les quelques déguisements présents dans l’armoire de la personne chez qui je loge en ce moment.
JOHN. – Et du coup vous avez trouvé ce… magnifique kimono et cette incroyable perruque grise.
JEANNE. – Tout à fait.
Silence.
JEANNE. – Mais il y avait aussi une épée.
Silence.
Jeanne soupire et s’allonge.
JOHN. – Qu’est-ce que vous faites ?
JEANNE. – Je bronze.
JOHN. – C’est ça.
JEANNE. – Ah oui, mince.
Elle se relève et regarde dans son panier. Elle sort une crème et s’en met sur le visage.