Le Vieux Dans Les Cartons

Jojo est un vieux clochard qui vit dans la rue. Chaque nuit il dresse ses cartons contre les murs pour s’abriter. Il a un vieux vélo et des sacs remplis de mille choses. Une nuit il rencontre un petit garçon de dix ans, réfugié d’Afrique. Il décide de le protéger. Mais l’enfant existe-t-il vraiment ou est-ce un fantasme de Jojo ?

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Peut-être une placette.
Une façade d’immeuble, la nuit.
Appuyée contre elle, un assemblage de cartons.
On devine qu’il y a un homme dessous.

De l’eau tombe des étages et réveille l’homme.
Il est vieux, mal habillé, sale.
Il gueule.

JOJO
Oooooooh ! C’est pas fini non ? Bande de salopards ! Ça vous amuse de me balancer de la flotte ?
Et encore, là, j’ai de la chance. Parfois c’est de la pisse.
Regarde-moi ça, un coup à attraper la bronchite, la tuberculose ou un truc pneumopathique qui te fait bien souffrir avant de mourir.
Salopards ! Pouvez pas dormir à c’t heure là. C’est un immeuble de vieux alors les vieux ça se couche avec les poules ! Coat coat coat, tout le monde au poulailler ! Qu’est-ce que ça peut vous faire que je dorme au pied ? Demain matin vous retrouverez le même poulailler, aussi moche que tous les autres poulaillers de la rue. Et s’il n’y avait que dans cette rue ! Bande de vieux schnocks ! Vous avez mille ans à vous tous ! Vous allez tous crever ! Vous avez de grosses couettes pour réchauffer vos courbatures alors laissez-moi mes cartons ! Ou donnez-moi une chambre ! Je suis sûr qu’il y a plein de chambres vides dans votre poulailler.
Tous vos mioches sont partis depuis longtemps, ça sent le renfermé, la poussière, les vieux souvenirs. Filez-moi un lit et je dégage de la placette.
Mais ça…macache bono ! Préfèrent laisser le papier se décoller. Et balancer des seaux d’eau sur de pauvres types qu’ils ne connaissent pas….
Je suis peut-être votre fils, vieux kroumirs ! Celui qu’est parti en vous claquant la porte au nez ! Et qui donne plus de nouvelle depuis vingt ans. Parce que vous êtes vieux, moches et cons. Cons à savoir même pas dire pardon ou j’m’excuse ou je savais pas. Trop fiers pour l’ouvrir, la porte, et dire reviens, et le prendre dans vos bras et lui dire je t’aime. Ça vous écorcherait trop vos vieilles gueules édentées de dire je t’aime, hein ? L’amour c’est un sentiment qu’à déserté vos vieilles carcasses de cacochymes aigris. L’amour c’est juste une mèche de cheveux que vous avez enfermée dans une boite en nacre et qui se dessèche au fond d’un tiroir de cette vieille chambre où personne ne dort plus sauf la poussière et la moisissure.

Il aperçoit une silhouette qui s’approche. Il craint que ce soit un flic ou un voyou, un dealer qui l’agresse comme c’est arrivé une fois.

JOJO
Oh merde ils ont appelé les flics.
J’ai rien fait ! Je pars ! Deux secondes je décampe !...
Ah non, ça ressemble pas à représentant de la loi, plutôt à un contrevenant. Je vois pas bien.
T’es qui ? Tu veux quoi ? Tu vas pas encore m’agresser ? C’est déjà fait. Y’a tes copains qui sont passés. J’ai plus rien. Te fatigue pas dans une agression qui te rapporterait que dalle. Même pas la satisfaction de me cogner j’encaisse très bien les coups, pas un soupir, pas une plainte, c’est décevant, non ? Ce qu’est bien quand on cogne c’est d’entendre la souffrance de la victime mais moi je sais pas faire plaisir, je retiens mes cris, j’avale mes hurlements. C’est comme pour le boxeur qui frappe le sac de sable, aucune réaction…
Pourquoi s’en prendre à moi qui n’ai rien ? La seule chose qu’on peut me prendre c’est la vie. Et encore, elle ne vaut rien alors foutez-moi la paix.

Il fronce les yeux pour mieux voir, aperçoit enfin la silhouette.
C’est un gosse d’une dizaine d’années. Ce n’est pas forcément un petit comédien, ce peut n’être qu’un fantasme de Jojo. Il ne parlera jamais.

JOJO
Mais non c’est un môme. Tu m’as fait peur, p’tit con. Un môme avec une couverture sur le dos. Il en a de la chance, moi j’en ai même pas. Et puis il a des baskets neuves. On les traite mieux que les français les émigrés. On t’a pas donné des cigarettes par hasard ?  Non. Tant mieux parce que je fume pas et que toi ça te ferait du mal. Et tout l’argent que t’économise, un jour, il te servira à prendre le bateau et à foutre le camp chez toi où t’as de la famille alors qu’ici...

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